geisha

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    Ohan – Chiyo Uno

    Cover Ohan.jpegOhan est la confession d’un bon à rien, d’un homme qui a le diable au corps, prisonnier de ses attachements, hors d’état de choisir entre son amour pour sa femme et sa passion pour une geisha. Un homme au cœur indéchiffrable, qui s’abandonne à ses désirs comme si sa vie n’avait pas plus de consistance qu’un rêve. 

    Sur le thème du triangle amoureux, Chiyo Uno nous conte l’histoire d’un homme dont le cœur balance sans cesse entre son épouse légitime et sa maitresse geisha. Mais le talent de l’auteure japonaise tient davantage dans l’écriture de ce texte empli de gravité et de poésie que dans l’histoire en elle-même. En effet, la simplicité du récit met en exergue la complexité des tourments qui habitent le narrateur. En quelques mots et comme seuls les auteurs japonais savent le faire, Chiyo Uno nous plonge dans le cœur de Kanô que l’on a tantôt envie de plaindre tantôt envie de secouer tant il peut nous irriter par son manque de courage et son indécision.

    Ohan est le récit à la première personne de Kanô, qui nous raconte les évènements qui ont bouleversé sa vie, n’hésitant pas à interpeler directement le lecteur « Oui, vous pouvez vous moquer de moi, ne vous gênez pas ! » et à le prendre à témoin de son embarras. Se justifiant sans cesse de sa lâcheté et de son manque de courage, cet homme se laisse porter par les décisions d’autres personnes et nous prouve, si cela était encore nécessaire, son égoïsme à travers ce monologue.

    Peu d’informations nous permettent de situer le récit dans le temps et dans l’espace bien que l’on y fasse référence au quartier des geishas, Gion, déjà découvert dans le roman d’Arthur Golden. L’histoire se déroule sur une année et c’est au rythme des fêtes traditionnelles japonaises que les saisons se déploient devant nos yeux.

     

    Je souligne également le travail des traducteurs qui ont réussi le pari de nous transmettre toutes les subtilités du texte original et qui nous permettent de lire ce très beau texte, considéré comme le chef d’œuvre de Chiyo Uno et initialement paru en 1957, après dix longues années d’écriture. 

     

    Ohan – Chiyo Uno – Editions Philippe Picquier – 2014ohan,chiyo uno,editions philippe picquier,critique,carnet de lecture,livre,littérature,blog littéraire,amour,geisha,mariage,enfant,garçon,maison,homme,japon,littérature étrangère,extrait,premier chapitre,japonais

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    Geisha – Arthur Golden

    Cover Geisha.jpgGeisha est un roman magnifique.

    Tel un papillon qui s’épanouit, nous assistons à l’éclosion d’une des plus grandes geishas qu’à connu Gion (quartier de Kyoto réputé pour ses maisons de plaisirs). Tout commence par l’apprentissage du métier et de ses subtilités, jusqu’à l’adoption d’un nouveau prénom, qui marque leur entrée dans le monde très fermé des geishas. Considérées comme des artistes, elles ont pour mission de divertir les hommes qui requièrent leur présence et pratiquent les arts traditionnels japonais que sont la danse, la musique, le chant et la cérémonie du thé.

    Nous découvrons un monde sans pitié, marqué par les rivalités entre geishas et les coups bas. L’argent occupe également une place importante. Entre les dettes que la geisha doit rembourser à sa « mère », la pratique du mizuage (mise aux enchères de la chasteté d’une apprentie geisha) et la recherche d’un danna (homme riche qui assurera les dépenses de la geisha), il est sans cesse question de finances.

    Ce roman permet aussi de mieux comprendre la vie quotidienne des geishas, empreinte de traditions séculaires et de superstitions. Pour les amateurs de beaux vêtements, c’est l’occasion de se plonger dans l’art du kimono, où la soie dispute la vedette à toute sorte de tissus somptueux. De la manière de porter cet habit mythique à la signification des couleurs et des modèles, vous saurez tout de ce vêtement magnifique.

    Une des particularités du métier de geisha est qu’elles ne peuvent tomber amoureuse et se consacrer à un seul homme. Tout leur être est au service du divertissement et elles ne peuvent connaitre l’amour tel que nous l’entendons, ce qui sera source d’une grande souffrance pour l’héroïne de ce roman.

    Geisha nous emmène dans le Japon des années 1930 et l’histoire de ce pays nous est contée à travers les épisodes de la vie des personnages. Le quartier de Gion connaitra des périodes fastes marquées par le luxe, mais aussi les restrictions qu’impose la guerre. Et même si les personnalités que côtoient les geishas (artistes, politiciens, militaires) leur obtiennent protection et faveurs (thé, chocolat…), la vie en temps de guerre est difficile pour tout le monde.

    Enfin, ce roman ne serait pas ce qu’il est sans la très belle écriture d’Arthur Golden. L’auteur réussit à recréer l’ambiance de Kyoto, nous emportant sur son passage. Les belles phrases sont légion et m’ont plus d’une fois évoqué les haïkus japonais par leur poésie. Raconté à la première personne, par Sayuri elle-même, on ne peut que s’identifier à cette enfant devenue geisha car elle reste quelqu’un de profondément humain malgré le milieu privilégié dans lequel elle évolue.

    Un livre qui m’a trotté dans la tête longtemps après ma lecture, qui m’a immergé dans le monde mystérieux des geishas, sans détours mais avec beaucoup de poésie. Un vrai coup de cœur !

     

    Logo Livra'deux pour pal'addict.pngGeisha – Arthur Golden – Editions Jean-Claude Lattès - 1999