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    La reine des lectrices – Alan Bennett

    Cover la-reine-des-lectrices-allan-bennett.jpgLa Reine d’Angleterre découvre qu’un bibliobus s’arrête chaque semaine près du palais et décide d’emprunter un livre. Elle qui n’était pas une grande lectrice, va se prendre au jeu et se découvrir une véritable passion pour la lecture. Mais ce nouvel intérêt royal en irrite plus d’un à Buckingham Palace…

    J’ai adoré la première partie de ce roman qui fait écho à ma propre passion pour la lecture. Car, comme tous les grands lecteurs, la Reine développe des petites manies, emporte son livre partout avec elle, prétexte de se sentir mal pour pouvoir lire tranquillement dans son lit… et la voilà qui se crée une liste de lecture !

    On se délecte du remue-ménage que provoque cette nouvelle passion dans l’entourage de la Reine : tandis que l’un prend un malin plaisir à détourner les caisses de livres que son Altesse se fait livrer, l’autre, récemment promu conseiller littéraire, l’inonde de livres aux thèmes douteux. La Reine expérimente aussi une sensation que de nombreux lecteurs ressentent, celle de n’avoir pas suffisamment de temps à consacrer à la lecture. Elle ne trouve plus d’intérêt aux obligations liées à sa fonction (inaugurations, visites), leur préférant la compagnie des livres et des grands auteurs.

    J’ai par contre moins apprécié les moments où Alan Bennet s’étend sur le quotidien de la Reine, le protocole très strict qui l’entoure ou ses rencontres avec le Premier Ministre britannique… Ces passages m’ont parus plus ennuyants.

    Une histoire légère, à l’humour british, qui fait passer un bon moment de lecture.

     

    Logo LDPA.pngLa reine des lectrices – Alan Bennett – Editions Denoël – 2009

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    Insondables mystères – Sempé

    Cover Insondables mystères.jpgTant que l’on n’a pas ouvert ce petit livre, son contenu reste un mystère. Du titre à la couverture, en passant par l’absence de résumé, rien n’indique au lecteur ce qui l’attend. Pourtant, j’ai tout de suite été attirée par ce livre. Était-ce la bibliothèque bien fournie ou la présence du chat qui semble observer la foule par la fenêtre ? Cette immersion dans les mystères de Sempé a en tout cas été une bouffée d’air frais dans mes lectures estivales.

    Dans ce recueil, Jean-Jacques Sempé adopte la posture du chat de la couverture et observe le monde qui l’entoure, réalisant pour nous des instantanés de la vie de personnes ordinaires. En une succession de petits dessins, parfois agrémentés d’un texte, il nous immerge dans le monde de ses personnages avec humour et pertinence.

    Témoignant de la place privilégiée des livres dans la vie de l’auteur et en référence à la couverture, plusieurs dessins comportent des rayonnages d’ouvrages à faire rêver plus d’un lecteur. Il est aussi plusieurs fois question d’écriture, du sens donné aux mots et de l’avenir du livre.

    Evidemment, on reconnait sans mal le trait fin et précis de l’illustrateur de la série Le Petit Nicolas qui nous livre ici un très joli recueil de dessins en noir et blanc, entre détente et réflexion sur le monde qui nous entoure.

     

    Logo Challenge été 2014.jpgInsondables mystères – Sempé – Editions Denoël – 1993

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    Apologie du livre – Robert Darnton

    Cover Apologie du livre.jpgCommençons par une petite présentation de l’auteur : Robert Darnton est historien du livre et directeur de la bibliothèque universitaire de Harvard (Etats-Unis). À travers cet essai, il interroge la place du livre imprimé dans l’environnement numérique dans lequel nous évoluons aujourd’hui.

    Grand défenseur du livre papier et des bibliothèques, l’auteur nous immerge dans le passé pour mieux appréhender le présent et le futur. 

    L’exposé de Robert Darnton porte en grande partie sur le projet de numérisation des ouvrages imprimés, initié par le géant Google pour son application Google Book Search.

    D’une part, il minimise l’impact qu’aura Google Book Search en pointant ses défauts : impossibilité de numériser l’ensemble des livres existants et publiés chaque année, problème lié à la conservation des données sous format numérique, perte de qualité, absence de résistance des données au temps et à l’évolution des technologies, critères de recherche faussés, etc.

    D’autre part, il s’enflamme lorsqu’il parle du monopole que Google est en train de créer autour de lui en raison des accords qu’il a signé avec les éditeurs et auteurs américains (l’accès aux livres sous copyright sera soumis à la souscription d’une licence payante, l’absence de concurrent sérieux ayant la puissance technologique et financière suffisante pour contrer le géant…), tendant ainsi à dire que le monde entier n’aura bientôt plus le choix et se trouvera face au fait accompli.

    Il est vrai qu’imaginer le fait qu’une seule entité, en l’occurrence une entreprise commerciale, contrôlera à elle seule l’accès à l’information pose question et ouvre la porte à toutes les dérives possibles…

    Pour l’auteur, qui considère les bibliothèques comme des centres du savoir et des diffuseurs d’information au grand public, ces institutions pourraient tout à fait servir d’intermédiaires entre les modes de communication imprimés et numériques. Les bibliothèques l’ont d’ailleurs bien compris puisqu’elles sont de plus en plus nombreuses à proposer des livres numériques et audio à leurs lecteurs, manifestant ainsi leur volonté de pérenniser leurs actions dans la durée et de s’inscrire dans les nouvelles habitudes de lecture.

    Si l’essai de Robert Darnton se centre principalement sur les bibliothèques universitaires (son domaine de compétence), son discours peut tout à fait être extrapolé aux bibliothèques provinciales et communales que nous fréquentons plus régulièrement. Car elles aussi renferment une partie du savoir et ont pour objectif de le rendre accessible au plus grand nombre.

    Un essai intéressant car il nous confronte à notre quotidien de lecteur, en faisant référence aux pratiques passées, tout en ouvrant les possibilités que laisse présager le livre numérique. Très critique envers le projet de numérisation de Google, il nous confronte également à notre impuissance face à des décisions prises en hauts lieux (où les enjeux économiques ont plus de poids que les recommandations des spécialistes du livre). J’ai trouvé cette lecture intéressante sur bien des points même si je déplore l’aspect « mémoire de fin d’études » qui s’en dégage, le style étant très académique et lourd, avec un pan théorique légèrement soporifique.

    « […] je dis : consolidez les bibliothèques, approvisionnez-les en imprimés, renforcez leurs salles de lecture, mais ne les considérez pas comme de simples entrepôts ou des musées. »

     

    Apologie du livre – Robert Darnton – Editions Gallimard – 2012 

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    Les souvenirs – David Foenkinos

    Cover Les souvenirs.jpgLe narrateur, dont nous ne connaîtrons pas le nom, nous fait vivre son quotidien de jeune homme confronté aux épreuves de la vie. La mort de son grand-père, l’entrée de sa grand-mère en maison de retraite, la proximité de la folie, la séparation de ses parents, sans parler de sa propre incapacité à aborder les filles et à écrire (le comble pour quelqu’un qui rêve d’être écrivain).

    Dès les premières pages, j’ai été séduite par l’écriture fluide et sensible de David Foenkinos. Il arrive à aborder des sujets délicats avec humour et simplicité, avec cette capacité rare à nous renvoyer à nos propres sentiments ou comportements. Car, qui ne s’est jamais senti désemparé en visitant un parent âgé dans une maison de retraite, ne sachant quoi lui dire ni quoi faire pour occuper le temps ?

    Les souvenirs questionne les relations familiales et intergénérationnelles, avec des personnages maladroits qui ont du mal à exprimer leurs sentiments et qui s’interrogent sur la définition du bonheur. Comment l’atteindre ? La réponse est peut-être dans la prise de conscience du caractère éphémère de la vie et de la nécessité de profiter de chaque moment… C’est ce que fait la grand-mère du narrateur en choisissant de fuguer de sa maison de retraite pour revivre ses souvenirs d’enfance.

    Le roman est ponctué de souvenirs de personnes inconnues ou célèbres (Fitzgerald, Gainsbourg, Kawabata, Nietzsche, Van Gogh…) comme autant de petites parenthèses.

    En lisant Les souvenirs, je n’ai pas pu m’empêcher de faire le rapprochement avec Sur la pointe des mots, un autre roman qui aborde également la question de la vieillesse et des souvenirs mais sous l’angle de la personne âgée elle-même.

    Une lecture qui m’a donné envie de découvrir les autres romans de David Foenkinos, à commencer par La délicatesse qui est dans ma PAL.

    Edit: Les souvenirs a été adapté pour le cinéma en 2015 par Jean-Paul Rouve.

    Les souvenirs – David Foenkinos – Editions Gallimard – 2011

     

     

    Du même auteur : 

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    Le bonhomme de neige – Jo Nesbo

    Cover Le bonhomme de neige.jpgDepuis quelques années, on observe un phénomène étrange en Norvège : plusieurs femmes disparaissent à l’apparition des premières neiges sans que leur corps ne soit jamais retrouvé. Et à chaque fois, un bonhomme de neige apparait à proximité de leur domicile. Cette année n’échappe pas à la règle puisque Birte Becker vient de disparaitre en pleine nuit, laissant son fils de 10 ans seul à la maison. Et c’est Harry Hole, inspecteur à la brigade criminelle d’Oslo et spécialiste des tueurs en série, qui est chargé de l’enquête.

    L’auteur joue admirablement bien avec le symbole du bonhomme de neige. Traditionnellement considéré comme un personnage de jeu débonnaire et souriant, il a été détourné par le cinéma qui en a fait un être vivant et diabolique (référence à Jack Frost, film où un tueur prend la forme d’un bonhomme de neige – 1996). Et Jo Nesbo surfe constamment sur cette ambigüité, notamment lorsqu’il envisage l’affaire sous le regard du petit Jonas, nourrit par tout cet imaginaire fantastique.

    Dans ce roman policier, les meurtres se succèdent à une vitesse effrayante. Le fait de suivre certaines victimes qui tentent d’échapper à leur agresseur nous place dans une situation de stress et de tension importante. En tant que lecteur, on se sent impliqué dans l’enquête et c’est avec impatience que l’on tente de démêler les histoires de chacun et d’interpréter les indices distillés par l’auteur tout au long du roman. Et Jo Nesbo en profite pour nous emmener de fausses pistes en fausses pistes, dans lesquelles on saute à pieds joints.

    Voila donc un roman que j’ai vraiment pris plaisir à découvrir, mis à part les quelques digressions et parcours personnels trop détaillés, qui ont ralentis ma lecture et freinés mon impatience.

    Lire un roman hivernal en été a été une première expérience pour moi et je dois avouer que c’est assez particulier. Si j’ai ressenti un certain malaise face à ce bonhomme de neige annonciateur d’une mort prochaine, je pense que cette sensation aurait été plus vive encore si on avait été en plein hiver entourés de paysages blancs et de petits bonhommes blancs dans les jardins et les parcs publics. Je conseillerais donc à de futurs lecteurs de garder ce roman pour les froides soirées d’hiver, histoire de ménager ses effets.

    En bref, un très bon polar sur la célébrité, le vice, les secrets et ce que certains sont prêts à faire pour les protéger. Si vous voulez découvrir les premières pages de ce roman, c'est par ici!

    Logo Challenge Thrillers et polars.jpgLe bonhomme de neige – Jo Nesbo – Editions Gallimard – 2008 

    Du même auteur: