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    Les livres prennent soin de nous – Régine Detambel

     Les livres prennent soin de nous, Régine Detambel, Editions Actes Sud, livre, roman, blog littéraire, littérature, carnet de lecture, avis lecture, essai, bibliothérapieDans cet essai, Régine Detambel explore cette nouvelle manière de soigner les maux de l'âme qu'est la bibliothérapie. Fréquemment utilisée dans les pays anglo-saxons, cette pratique tend à s'implanter dans nos pays, raison pour laquelle j'ai voulu en savoir plus sur cette nouvelle forme de thérapie.

    Pour commencer, rappelons la définition de la bibliothérapie, datant de 1961 : « La bibliothérapie est l'utilisation d'un ensemble de lectures sélectionnées en tant qu'outils thérapeutiques en médecine et en psychiatrie. Et un moyen de résoudre des problèmes personnels par l'intermédiaire d'une lecture dirigée. »

    Concrètement, il existe deux façons d'utiliser la bibliothérapie. L'une qui consiste à lire des ouvrages de développement personnel tandis que l'autre privilégie la lecture d'oeuvres de fiction. Dans cet essai, l'auteur met l'accent sur cette deuxième méthode, qualifiée de bibliothérapie littéraire.

    Le principe de base est de considérer le livre comme un objet transitionnel entre la souffrance intérieure et le monde extérieur. Dans ce cadre, la lecture permettra à la personne souffrante de s'identifier aux personnages, de prendre conscience qu'elle n'est pas la seule à vivre des moments difficiles et de mener à une réflexion sur soi. Régine Detambel ajoute que pour être efficace, le livre doit nécessairement être fort et provoquer un choc chez le lecteur. Le choix des lectures est donc très important pour que la bibliothérapie soit efficace. Or, il est difficile de prévoir les effets qu'un texte pourrait provoquer chez une personne donnée.

    Outre la lecture, l'écriture est un autre outil utilisé en bibliothérapie dans la mesure où elle permet d'assimiler un événement douloureux. L'auteure évoque notamment les périodes de guerres où les soldats se plongeaient dans la lecture ou l'écriture pour préserver un espace de rêve et de liberté, indispensable pour supporter leur réalité quotidienne. Selon elle, la poésie peut jouer un rôle non négligeable dans la régulation de l'angoisse et de l'anxiété, par son rythme et ses sonorités.

    Les livres prennent soin de nous retrace l'histoire de la bibliothérapie à travers une revue de la littérature très complète. Régine Detambel fait de nombreuses références à des disciplines telles que la psychologie, la philosophie, l'anthropologie ou la psychanalyse. Cet essai est le résultat d'un gros travail de recherche documentaire, intéressant mais légèrement indigeste tant les références sont nombreuses et impossibles à retenir. Contrairement à certains essais qui se lisent comme des romans, j'ai eu l'impression de lire un mémoire de fin d'études. Là où j'attendais des exemples concrets de bibliothérapies réussies, j'ai été déçue par l'approche très théorique, qui ne donne aucune piste concrète permettant de s'aider ou d'aider autrui avec les livres.

    Les chapitres qui m'ont parus les plus vivants sont ceux où Régine Detambel parle de sa propre expérience du livre et de la lecture mais ils sont malheureusement noyés dans la masse de noms et de dates en tout genre.

    Le livre comme un médicament? Personnellement, je ne suis pas convaincue. Je pense que cela peut être un moyen parmi d'autres d'amener la personne à prendre du recul et à réfléchir différemment à sa situation mais tout miser sur la bibliothérapie me semble un leurre, un effet de mode.

    Les livres prennent soin de nous – Régine Detambel – Editions Actes Sud – 2015

     

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    Relire – Enquête sur une passion littéraire – Laure Murat

    Relire, Laure Murat, Flammarion, livre, roman, blog littéraire, littérature, carnet de lecture, Enquête sur une passion littéraire, essai, lecture, relecture, lire, relireVoici une singulière enquête sur une passion littéraire aussi dévorante aujourd’hui qu’hier : la relecture. Elle se fonde sur des entretiens avec nos grands auteurs contemporains, de Christine Angot à Jean Echenoz, d’Annie Ernaux à Patrick Chamoiseau. Leurs réponses convoquent les différentes facettes d’une expérience intime et le plus souvent secrète.

    En réalisant cette étude, Laure Murat, professe ur de littérature à l’Université de Californie-Los Angeles, a voulu répondre à plusieurs questions. Pour quelle raison les enfants veulent-ils entendre chaque soir la même histoire ? Que nous apprend une deuxième lecture que la première n’avait pas révélée ? Au fond, pourquoi relit-on ?

    Après un examen de la littérature scientifique, Laure Murat livre une analyse qualitative des réponses données par 200 grands lecteurs sur leur pratique de la relecture. On y apprend par exemple que la relecture est envisagée par beaucoup comme un refuge, devenant ainsi une lecture-doudou réconfortante. Mais relire peut aussi être un moyen de se retrouver soi-même et de se souvenir du lecteur que nous étions alors.

    Les éditeurs et libraires conçoivent plutôt la relecture comme un retour aux sources face à la déferlante de nouveautés qui les assaille chaque année. Certains prévoyant d’ailleurs des plages horaires précises dédiées aux relectures même si, pour la plupart, la lecture de nouveautés occupe la plus grande part de leur temps « lecture ».

    Parmi les livres les plus souvent relus, on retrouve surtout des classiques dont la lecture a été imposée à l’école mais que l’on relit par plaisir à l’âge adulte, avec une autre vision de l’histoire et une meilleure compréhension du contexte historique. L’auteur le plus souvent cité est Proust et son roman A la recherche du temps perdu, qui fait d’ailleurs l’objet d’un chapitre entier de l’analyse de Laure Murat. Personnellement, j’ai été étonnée de découvrir ce livre en première position. Avec ses sept tomes, ce n’est pas une petite affaire que de le relire !

    La seconde partie de Relire consiste en une retranscription de certains entretiens réalisés par l’auteure, présentés bruts, sans analyse.

    La structure et le style de l’ouvrage ont tout du mémoire universitaire, ce qui est un peu dommage car cela rend la lecture rébarbative et lourde là où il aurait été possible de rendre cette enquête plus vivante. Néanmoins, il s’agit d’un livre intéressant pour qui s’intéresse aux mœurs en matière de relecture. Si vous avez envie de connaitre le détail des relectures des personnalités interrogées, je vous invite à consultez la très complète présentation du site Chroniques de la rentrée littéraire.

     

    Evidemment, cet essai est l’occasion de m’interroger sur ma propre pratique de la relecture.

    Avec une centaine de livres lus chaque année (sans compter les lectures professionnelles), il reste peu de place dans mon emploi du temps pour la relecture. Néanmoins, je prends toujours plaisir à relire certains romans qui m’ont particulièrement touchée : Les cerfs-volants de Kaboul (qui me fait systématiquement pleurer mais que je trouve magnifique), Ne le dis à personne (pour ses personnages et l’histoire à rebondissements) et Neige (un tout petit livre plein de douceur et de poésie).

    Par contre, si certains livres lus dans le cadre scolaire me tentent souvent (La mort est mon métier, Germinal), je retarde toujours le moment d’ouvrir ces romans particulièrement durs. Pour ce qui est des classiques, je me suis lancée dans la relecture systématique des Agatha Christie mais je traîne toujours un peu la patte quand il s’agit de lire les « grands » auteurs, Stendhal m’ayant laissé un souvenir très moyen.

    Et puis, relire un livre, c’est prendre le risque d’être déçu. Le cas s’est produit avec l’excellent Oscar et la dame rose d’Eric-Emmanuel Schmitt, que j’avais adoré à ma première lecture mais qui m’a beaucoup moins ému ensuite.

     

    Et vous, quels sont les livres que vous relisez régulièrement ? Que vous apporte cette relecture ? Avez-vous déjà été déçu à la seconde lecture ?

    Relire – Enquête sur une passion littéraire – Laure Murat – Editions Flammarion - 2015

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    En Amazonie – Jean-Baptiste Malet

    En Amazonie, Jean-Baptiste Malet, Librairie Arthème Fayard, livre, roman, blog littéraire, littérature, carnet de lecture, Amazon, infiltré, travail, essai, #romansété, entrepot, multinationale, enquêteSi le titre principal de ce livre pourrait porter à confusion, je remets les pendules à l'heure de suite. Non, je ne vous emmène pas découvrir la jungle tropicale, ses animaux exotiques et ses plages de sable fin. Dans ce livre, Jean-Baptiste Malet se propose de nous faire visiter les coulisses du «pays» Amazon, du nom de cette célèbre multinationale numéro 1 des ventes de produits culturels dans le monde.

    Face au succès de cette plateforme de vente en ligne, nombreux sont les personnes qui se sont interrogées sur les coulisses de cette machine de guerre, mais la communication cadenassée du géant ainsi que l'impossibilité d'obtenir des informations sur les conditions de travail en ont dissuadé plus d'un. Jean-Baptiste Malet, journaliste de profession, a choisi une approche moins réglementaire pour obtenir ses données. Il a suivi le parcours habituel de recrutement et s'est fait engager dans un entrepot logistique implanté en France. Son travail  ? Arpenter inlassablement les immenses rayonnages à la recherche des articles commandés par les clients. En Amazonie est donc présenté comme le compte rendu de ses observations, lors de cette expérience de travail.

    Dès le départ, j'ai eu l'impression d'être face à un témoignage à charge, avec des mises en scène exagérées et un manque d'objectivité pour ce qui est présenté comme une enquête journalistique. Certes, Jean-Baptiste Malet étaye ses propos par toute une série de chiffres mais, à aucun moment il ne compare le fonctionnement d'Amazon à celui d'autres multinationales implantées sur le territoire français. Pourtant, de ce qu'en présente l'auteur, les conditions de travail ne sont pas foncièrement différentes de ce qui avait été mis en place dès les années 1880 dans le cadre du taylorisme et beaucoup d'entreprises modernes travaillent encore sur ce modèle. Dans ce contexte, pourquoi cibler Amazon en particulier?

    L'aspect intéressant de ce livre est qu'il met en évidence les conditions de travail désastreuses d'une partie de la population, qui n'a d'autre choix que d'accepter ce type d'emploi. Et qui doit supporter un rythme de travail infernal, des objectifs de production en augmentation constante, une forte concurrence entre travailleurs, des contrats précaires, avec peu de perspectives d'avenir. L'auteur pointe également du doigt la responsabilité des hommes politiques français qui ont soutenu le développement de ce type d'entreprises, bradant par la même occasion la valeur du travail.

    Lorsqu'il commande des produits culturels en ligne, le client participe-t-il activement à cet appauvrissement des conditions de travail? Doit-il se sentir responsable? C'est en tout cas ce que semble penser l'auteur.

    En Amazonie. Infiltré dans le «  meilleur des mondes  » – Jean-Baptiste Malet – Librairie Arthème Fayard – 2013

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    Sept génies – Vincent Laisney

    Cover Sept génies.jpgSi leurs noms sont familiers du grand public, les grands créateurs littéraires de l'Europe sont en réalité très mal connus. Intimidés ou rebutés par la difficulté, la plupart des lecteurs se satisfont d'adaptations fades et tronquées. Faute de lire l'Iliade, on regarde Troie. Cet ouvrage se donne pour but de réconcilier tous les lecteurs avec les grands classiques de la littérature européenne en levant les barrières qui lui en barrent l'accès. Chaque chapitre est consacré à un « génie » : Homère, Dante, Cervantès, Shakespeare, Goethe, Hugo et Joyce. Leur portrait est suivi d'une présentation de leurs œuvres majeures.

    Sur base d’une recherche documentaire très précise, Vincent Laisney nous plonge dans la vie de ces auteurs. Il explique dans quel contexte leurs récits ont été rédigés et analyse ces textes classiques tant au niveau du style que du contenu, ce qui nous permet de mieux les appréhender. En revenant sur le contexte historique et le processus de création littéraire, il nous livre les explications nécessaires à une meilleure compréhension de ces grandes œuvres et des particularités qui pourraient interpeller le lecteur contemporain.

    Alors que le sujet n’est, à priori, pas évident à traiter, Vincent Laisney arrive, grâce à une écriture fluide, à nous transmettre les informations essentielles. Tout est fait pour faciliter la compréhension du lecteur, jusqu’aux photos et extraits de textes qui agrémentent le récit et illustrent les propos.

    Cependant, même si le ton se veut pédagogue, je ne suis pas sure que les personnes qui préfèrent regarder le film Troie plutôt que de lire Homère se précipiteront sur les textes de ce dernier après avoir lu Sept génies, s’ils le lisent… De mon côté, j’ai lu cet essai en pointillé, alternant ma lecture avec des œuvres de fiction, ce qui me donnait ainsi envie de revenir régulièrement vers Sept génies pour l’apprécier à sa juste valeur.

    Un livre très bien construit, qui m’a appris beaucoup de choses que je ne soupçonnais absolument pas sur ces auteurs et textes que j’ai moi-même abandonné prématurément. Sept génies donne envie de redécouvrir ces auteurs classiques tant Vincent Laisney laisse transparaître son propre plaisir. Une analyse intéressante et détaillée réalisée dans un style fluide, qui met les grands textes classiques à la portée du néophyte.

    Lecture réalisée en partenariat avec Libfly et Les impressions nouvelles dans le cadre de l’opération La voie des indés.

    Sept génies, voyage au centre de la littérature – Vincent Laisney – Editions Les impressions nouvelles – 2014

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    Journal d'un écrivain en pyjama – Dany Laferrière

    Cover Journal d'un ecrivain en pyjama.jpgFort de sa propre expérience d’écriture, Dany Laferrière s’adresse aux écrivains en devenir, espérant leur donner quelques conseils et leur éviter certaines erreurs. En fait, ce texte est surtout une base de réflexion pour les personnes qui souhaiteraient se lancer dans l’écriture. Sans donner de recette miracle, il aborde la question de la temporalité dans le roman, du juste dosage des digressions, du public auquel on s’adresse, de l’angoisse de la page blanche… Jamais condescendant, l’auteur explique ses propos en les illustrant d’exemples, d’images et autres métaphores tirés de son propre vécu.

    Les références aux grands auteurs classiques et contemporains sont constantes car l’auteur conseille de prendre exemple sur leur travail pour comprendre la construction du roman ou les procédés utilisés pour transmettre des émotions, ce que Dany Lafferière appelle le « lire en écrivain ». A ceux qui n’ont pas de velléités d’écriture, ce journal fournira une foule d’anecdotes sur ces romanciers mais aussi quantité de titres commentés par l’auteur, ce qui ne manquera pas d’alimenter leurs listes de lecture.

    Un texte qui peut se lire d’un seul trait ou se picorer au gré des intérêts et qui nous interroge sur le travail d’écriture, qui n’en reste pas moins un travail, effectué en pyjama ou non. J’ai apprécié les prises de position de Dany Laferrière, parfois virulentes, notamment lorsqu’il s’insurge contre Pennac qui conseille au lecteur d’abandonner un livre qui l’ennuie (Comme un roman). Malheureusement, l’auteur traite aussi de sujets très éloignés de l’écriture, ce qui provoque une sensation de dispersion et empêche d’avoir une vision d’ensemble de cet essai.

    Journal d’un écrivain en pyjama – Dany Laferrière – Editions Grasset & Fasquelle – 2013

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