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    Enfances tunisiennes – Collectif

    Cover Enfances tunisiennes.jpgCommençons par un petit rappel historique. En 1881 et suite à une mauvaise gestion du pays par ses dirigeants, la France décide de s’implanter en Tunisie. Débute alors le protectorat français de Tunisie, aussi appelé Traité du Bardo, qui sera aboli en 1956. L’objectif est de transformer les structures politiques, sociales et économiques du pays pour le rendre à nouveau viable.

    Dans ce contexte, Enfances tunisiennes nous raconte les répercussions de la présence française dans le quotidien de la population tunisienne, et en particulier des jeunes. Vingt auteurs parlent de la cohabitation des deux cultures, de la découverte de la langue française par le biais de l’école, de la musique ou du cinéma.

    Pour beaucoup, cette enfance-là fut joyeuse et insouciante mais certains abordent aussi des évènements plus difficiles marqués par l’abandon parental ou par la guerre de 1940.

    Véritable photographie d’une époque, ces textes courts forment une sorte de recueil de nouvelles, de tranches de vie. Des parcelles d’enfances et de souvenirs souvent empreints de beaucoup de poésie.

    J’ai particulièrement apprécié la présentation originale des textes, avec un jeu de polices différentes et une mise en page recherchée. Des photos représentant les auteurs enfants dans leur lieu de vie rendent les personnages plus proches du lecteur.

    Par contre, si je devais mettre en avant un petit bémol, il serait lié à l’abondance de termes tunisiens. N’étant pas moi-même d’origine tunisienne, je devinais certains sujets de discussion plus que je ne les comprenais. Aucun mot n’est définit ou traduit, ce qui m’a donné l’impression que le livre n’était pas destiné à sortir de ses murs, qu’il était réservé aux tunisiens natifs ou d’origine. Je trouve dommage que les auteurs (ou la maison d’édition) n’aient pas réalisés ce petit travail d’ouverture aux autres alors qu’à l’opposé, certains écrivains définissent chaque petit belgicisme employé.

    Bilan mitigé donc. Historiquement intéressant, ce livre n’a cependant pas été conçu pour être accessible au plus grand nombre.

    Lecture réalisée en partenariat avec Libfly et les Editions Elyzad.

    Enfances tunisiennes – Collectif – Editions Elyzad – 2010

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    Nos silences – Wahiba Khiari

    Cover Nos silences.jpgEn 1991, l’Algérie connait une des pires périodes de son histoire. Le pays est plongé dans une guerre civile qui n’épargne personne. Les citoyens sont rapidement pris pour cible et massacrés avec toute leur famille. Seules les jeunes filles échappent à ce traitement. Pour elles, un autre sort est prévu : enlevées, séquestrées, elles sont mariées de force à leurs geôliers et deviennent leurs esclaves sexuelles. Evidemment, sans protection, ces jeunes filles tombent rapidement enceintes et n’ont d’autre choix que de mettre au monde l’enfant du viol. L’avortement ne peut être pratiqué que dans des conditions bien précises, que très peu d’entres elles sont en mesure de remplir. Mais, alors qu’elles pensaient avoir passé le pire, le gouvernement algérien les humilie une dernière fois en leur demandant de pardonner à ces hommes « égarés », qui ne savaient pas ce qu’ils faisaient.

    Nos silences est le premier roman de Wahiba Khiari. Très personnel et inspiré de sa propre vie, il nous raconte le quotidien de deux jeunes algériennes pendant la guerre civile.

    D’un coté, une jeune professeur d’anglais, qui tente de faire passer les valeurs de tolérance et d’ouverture à ses élèves mais qui baisse les bras face à la violence qui l’entoure. Elle choisit alors de quitter l’Algérie et de s’installer en Tunisie, où l’attend une vie meilleure. De l’autre coté, une jeune fille à peine pubère nous raconte l’assassinat de sa famille et le calvaire qu’elle subit dans un cachot humide. Sur le mode de la confidence, elle nous parle de sa peur, de sa colère et de la résignation qui l’envahit.

    L’auteure, qui a échappé au mal qui touchait son pays pendant la décennie noire, conçoit ce livre comme un témoignage, une parole donnée à toutes ces belles silencieuses, qui se sont tues, honteuses de ce qu’elles avaient vécu. Pour Wahiba Khiari, Nos silences est aussi un témoignage de solidarité envers ces femmes, elle qui se sent maintenant coupable d’avoir fui ces atrocités.

    De son premier texte, Wahiba Khiari dit : « Il me fallait parler, parler pour toutes celles qui ont choisi de se taire. Celles qui ont vécu l’horreur mais aussi celles qui, comme moi, ont quitté le pays.Avec un sentiment de culpabilité. On a voulu tourner la page, faire comme si… Malgré ce qui a été dit, déjà écrit sur cette tragédie, l’oubli nous guette. Je ne peux et ne veux oublier ce que nous avons traversé. Mes mots contre l'amnésie collective complice et coupable, des mots pour nous libérer. »

    Un livre poignant, qui ne tombe pas dans le pathos, mais qui interpelle. L’écriture d’une femme qui s’exprime pour toutes celles qui n’ont pas pu le faire.

    Lecture réalisée en partenariat avec Libfly et les Editions Elyzad.

    Nos Silences – Wahiba Khiari – Editions Elyzad – 2009