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    Art nègre – Bruno Tessarech

    Cover Art nègre.jpgEn panne d’inspiration, Louis n’arrive plus à écrire. Sa compagne l’a quitté et il se retrouve seul, errant sans but dans l’appartement. Lorsque son éditeur lui propose d’écrire la biographie d’une  personnalité connue, il n’a d’autre choix que d’accepter. Commence alors une nouvelle vie où Louis mettra sa plume au service des autres, avant, peut-être, de se consacrer à son propre roman.

    Sous le prétexte du roman, Art nègre constitue une formidable réflexion sur le travail de nègre. Peu connus mais pourtant omniprésents dans les vitrines des librairies, ces auteurs qui écrivent les confidences et autobiographies de célébrités sont souvent dévalorisés. Le terme « nègre », a lui seul, est lourd de sous-entendus puisqu’il fait référence à l’exploitation des populations noires d’Afrique, tout comme le talent de l’écrivain est exploité lorsqu’il travaille sur commande. Louis le dit d’ailleurs très bien lorsque, après avoir travaillé des mois sur la biographie d’un médecin, celui-ci annule la parution du livre : « Et moi, dans toute cette histoire, j’avais servi à qui, à quoi ? ».

    Et si l’écriture de ces récits reste un travail alimentaire pour Louis, lui permettant ensuite de se consacrer à ses propres écrits, il n’empêche qu’« écrire, c’est écrire. L’histoire d’un homme, vraie ou fausse, reste l’histoire d’un homme. On ne plaisante pas avec ces choses-là ». Parce que, tout écrivain fantôme qu’il est, il lui est impossible de ne pas s’impliquer dans l’écriture, de ne pas être à l’écoute de ces vies qui se racontent à lui. Mais, évidemment, l’éditeur n’est pas toujours de cet avis. Pour lui qui a des objectifs de ventes à atteindre, tous les moyens sont bons, y compris celui qui consiste à introduire un peu de romanesque dans la biographie de personnalités dont la vie est trop lisse.

    J’ai aimé ce roman où le narrateur écrit à la première personne, comme s’il nous parlait. En tant que lecteur, on est alors le témoin de ses doutes. Louis n’arrive plus à écrire ses propres romans, évoquant le manque de liberté d’esprit qu’entrainent les difficultés financières : « J’étais condamné à courir […] d’un texte à l’autre, incapable de savoir s’il me fallait d’abord gagner de quoi vivre pour pouvoir écrire, ou si écrire n’était pas ma vie elle-même, ma seule raison d’être, le reste n’ayant aucune importance ».

    Un thème qui a maintes fois été abordé dans la littérature ou le cinéma (souvenez-vous de Ghost writer de Roman Polanski - 2010) mais qui est ici vu de l’intérieur par un auteur qui, lui-même a été nègre… Un roman que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire.

    Je remercie les Editions Buchet-Chastel et Babelio pour cette découverte.

    Art nègre – Bruno Tessarech – Editions Buchet-Chastel– 2013

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