des silhouettes dans le brouillard

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    Le carnet de lecture de… Cédric Lalaury

    Les carnets de lecture de... propose à un auteur de nous parler de sa bibliothèque, des livres qui l'ont marqué et de son rapport à la lecture et à l’écriture.

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    Combien de livres compte votre bibliothèque ?

    La dernière fois que je les ai comptés, il y a plusieurs années, il y en avait plus de 5 000. Je n’ai pas eu le courage de renouveler l’expérience ni d’ajouter les livres que comptent mes liseuses (j’en ai deux). Je suis littéralement envahi par les livres – et ça me comble de bonheur.

    Quels sont vos livres préférés ? Pourquoi ?

    En dehors des auteurs nombreux vers lesquels je reviens constamment (Faulkner, Proust, Virginia Woolf, Henry James, Stephen King, Joyce Carol Oates, Lovecraft, Poe,etc.), j’ai quelques titres vers lesquels je me tourne souvent : le recueil de chroniques qui sont autant de portes ouvertes sur des auteurs plus passionnants les uns que les autres, Une Passion en toutes lettres, d’Hector Bianciotti, chez Gallimard, par exemple. Aussi surprenant cela puisse paraître, Bianciotti fut la première personne à laquelle j’ai envoyé un manuscrit dans ma jeunesse (j’avais à peine 20 ans). J’admirais beaucoup cet écrivain, et il m’a répondu ! Au téléphone, son accent inimitable a résonné : « Votre livre n’est pas du tout publiable, mais plusieurs passages montrent que vous devriez continuer à écrire ! ».

    Je reviens aussi à deux ouvrages de mémoires ou d’entretiens que je trouve étonnamment proches bien que leurs auteurs soient diamétralement opposés : il s’agit de Écriture – mémoires d’un métier de Stephen King, paru au Livre de Poche, et des Conversations avec Antonio Lobo Antunes, de Maria Luisa Blanco, aux éditions Christian Bourgois. Le maître de l’horreur et l’un des artisans de la langue les plus importants de notre temps. Chacun m’a appris presque la même chose : pour écrire, il faut avoir beaucoup lu, et lire toujours plus, être très rigoureux et impitoyable avec soi-même. On est loin de l’image de l’écrivain qui attend que l’inspiration tombe sur lui un peu par hasard.

     

    Quel est votre livre de chevet actuel ?

    Je l’ai fini depuis quelque temps mais j’y reviens encore car je crois bien que c’est un grand bouquin (ça n’arrive pas si souvent !) : il s’agit de Long Island, de Christopher Bollen, paru chez Calmann-Lévy. Il y a tout, dans ce livre : l’intrigue calculée au millimètre, le suspense parfait, les personnages nombreux mais tous extrêmement bien typés et tellement vrais, et la langue, magnifiquement rendue par la traductrice Nathalie Peronny. Je suis amoureux de ce roman, vraiment.

    J’ajouterai aussi le livre de mon parrain en littérature, Nicolas Delesalle : son premier roman (et troisième livre) intitulé Mille Soleils vient juste de paraître chez Préludes. C’est un accident qui prend des allures de tragédie grecque, quelque part en Argentine. C’est humain, bouleversant, parfois drôle, et profond dans une langue tour à tour percutante et poétique. Je n’en dis pas plus car ce serait vite le trahir que d’en parler trop. Je ne le cite pas par amitié mais parce que ce livre, comme celui de Bollen, font partie de ces œuvres dont je sais que je ne les oublierai pas. J’y pense encore, des mois après ma lecture : c’est toujours un bon indice sur la qualité d’un livre, d’après moi.

     

    Comment choisissez-vous les livres que vous lisez ? Consultez-vous parfois les blogs littéraires ?

    Je choisis mes livres en fonction de l’auteur, d’une part : je guette toujours les nouvelles parutions de Joyce Carol Oates, Laura Kasischke, Antonio Lobo Antunes, etc. Et sur les réseaux sociaux, je guette les tweets, notamment : un titre ou une phrase courte de résumé, voire une petite citation m’intriguent. Je suis une abeille concernant mon rapport aux livres : en librairie ou en médiathèque, je feuillette les bouquins (sans forcément regarder le résumé) et je prends ! Je consulte très souvent les blogs littéraires mais toujours après lecture, pour voir ce que les gens auront pensé du livre que je viens de lire. C’est parfois étonnant, toujours enrichissant.

     

    À l’heure où les liseuses et les bibliothèques se côtoient, que représente le livre numérique pour vous ?

    Je n’ai jamais eu d’hostilité de principe contre les liseuses et j’en ai d’ailleurs deux ! Dans mon cas, à cause d’un souci de santé, je peux parfois avoir des difficultés à tenir un livre trop lourd. Quand je voyage, pour ne pas surcharger mes bagages, j’emporte une liseuse remplie de classiques et de romans contemporains ou auto-édité (qu’on ne trouve que sous format électronique, pour certains d’entre eux). Je ne suis pas de ceux qui pensent qu’un support de lecture chasse l’autre : ils se complètent, et c’est tant mieux. Il faut aussi préciser que certains auteurs classiques mais mal édités en raison d’un public plus rare trouvent une seconde vie grâce au numérique : je pense à Eugène Sue, Walter Scott ou Paul Féval, dont on ne trouve généralement en librairie que quelques titres pour une œuvre qui en compte souvent des dizaines.

    À titre personnel, le livre numérique est tout bêtement le support grâce auquel Il est toujours minuit quelque part est aujourd’hui en librairie en format papier : s’il n’y avait pas eu le concours d’autoédition en ligne Kobo writing life, le parcours aurait été bien plus long, et sans doute pas aussi heureux.

     

    Qu’est-ce qui vous a amené à écrire et à laisser vous-même une trace dans la bibliothèque des autres ?

    Le goût de la langue, des histoires et aussi le visage des gens lorsqu’ils lisent un livre qui leur plaît : je trouve ça tellement émouvant, quel que soit le livre qui se trouve entre leur main. Depuis le petit roman d’amour sans prétention jusqu’au pavé philosophique incompréhensible pour le commun des mortels (j’ai vu, à la fac, le visage d’un homme transfiguré durant sa lecture de Wittgenstein !). J’ai ressenti l’envie de susciter cette expression de bonheur avec des histoires pleines de mystère et parfois d’interrogations morales – c’est très orgueilleux, je sais. Je ne dis pas que j’y parviens, mais en tout cas, j’essaie. Et puis, un livre, c’est une lettre qui peut mettre longtemps à arriver au bon destinataire : certains bouquins ne sont pas empruntés pendant des années dans certaines médiathèques, et un jour, quelqu’un décide de le prendre. C’est une sorte d’éveil après un long sommeil C’est aussi une belle idée, je trouve.

     

    Quelle place occupe l’écriture dans votre vie ?

    Une place quotidienne essentielle, presque hygiénique. Chaque jour, j’écris environ 3 000 mots. C’est un sport, une façon de se maintenir en forme. Je ne pourrai pas faire sans, désormais. Étrangement, j’ai l’impression d’écrire tout le temps, même quand je en suis pas à mon bureau. De même, lorsque je lis, j’ai la sensation de poursuivre mon travail d’écriture d’une autre façon, comme l’écriture est une autre manière de lire, à mes yeux.

     

    Parlez-nous de votre dernier roman Il est toujours minuit quelque part… Comment est-il né ? Où avez-vous puisé votre inspiration ?

    Il est toujours minuit quelque part a une naissance double, d’une certaine façon. D’une part, j’avais en tête l’image d’un homme qui a peur d’un livre, même si je ne savais pas pourquoi. Après quoi j’ai écrit le prologue dans lequel on voit le personnage principal, Bill, dans un bateau, un bras dans le plâtre. Il est accompagné d’une jeune fille de 18 ans et ils se dirigent tous les deux vers une île, à cause d’un livre. À partir de là, je devais expliquer dans une sorte de long flash-back ce qui a amené Bill ici. D’autre part, un des personnages du roman est issu d’un rêve que j’ai fait au moment où l’idée de cette histoire est née dans ma tête et c’est un personnage étrange qui n’apparaît pas très souvent : il s’agit du loup. J’avais donc un homme effrayé par un livre et un loup mystérieux. Je me suis mis au travail et l’imagination a fait le reste.

    Pour l’inspiration, elle est plurielle : j’ai choisi un motif presque banal qu’on trouve dans nombre de films tels les slashers movie, à savoir, quelqu’un est au courant d’un crime commis par un ou plusieurs personnages et harcèle ces derniers. C’est comme Souviens-toi l’été dernier. Mais je ne voulais pas d’un thriller de ce type par la suite, avec beaucoup d’hémoglobine, de surprises horrifiques ou de coups de théâtre trop stupides et inattendus. Je voulais quelque chose de psychologique, surtout pas tape-à-l’œil. Je voulais mêler des motifs de littérature populaire et des références classiques (elles sont nombreuses, avec des clins d’œil rapides à Shakespeare et Henry James). Tout cela devait être le reflet des goût un peu snobs de Bill et de ceux, plus ouverts, de son étudiante, Alan.

      

    Lorsque vous entamez l’écriture d’un roman, savez-vous toujours comment il se terminera ?

    Jamais. Et quand il m’arrive d’avoir une idée de la fin, celle-ci ne se concrétise pas. Il y a autant de méthodes pour mener un roman à son terme qu’il y a d’auteurs, je crois. Certains planifient tout (c’est le cas de Zola, de Michel Tournier) d’autres avancent dans le brouillard – c’est mon cas. Je n’ai pas choisi de fonctionner comme ça, c’est mon caractère. Je vois mes intrigues comme des corps organiques que j’aide à se développer : je dois être là pour qu’elles arrivent à leur terme, mais je ne dois pas les contraindre, sinon, elles se débattront et ça ne donnera rien de bon. Je suis un peu un jardinier qui aide les plantes à pousser mais ne pourra jamais connaître à l’avance les fruits qu’elles donneront.

     

    Avez-vous d’autres projets d’écriture ?

    En pagaille ! Mon éditrice possède déjà les manuscrits de trois romans. Ils appartiennent tous à des genres différents et sont placés sous le signe d’influences variées. J’aime l’idée de reprendre des motifs de littérature populaire pour les traiter à ma façon, à la lumière des classiques. Le motif de l’enfant disparu depuis des décennies, par exemple, ou celui du tueur en série, tout comme l’erreur judiciaire. Après cela, je convoque (avec humilité, bien sûr) Dostoïevski, Dante, Virgile, Freud, Faulkner, mais aussi David Lynch et Ingmar Bergman, et je traite tout ça à ma sauce.

    Je suis actuellement au travail sur un roman qui se placera dans la lignée des thrillers domestiques, tellement en vogue. Mais à ma façon, encore une fois… Le choix des États-Unis comme cadre de mes intrigues est aussi voulu et assumé comme une sorte d’écho aux films et séries populaires produites par ce pays et que tout le monde connaît. Tout ce qui touche à la pop culture me fascine.

     

    Sur quels médias peut-on vous retrouver (site, page Facebook, blog…) ?

    J’ai une page Facebook que j’alimente trop rarement, tout comme un site personnel et j’ai aussi un fil Twitter qui reflète à la fois mon actualité et aussi mes goûts personnels. Ce dernier est une sorte d’hybride entre public et privé.

     

    Pensez-vous passer par la Belgique pour promouvoir votre dernier roman ?

    Ce n’est pas prévu pour l’instant mais si une librairie ou autre ressentait l’envie d’organiser un échange avec des lecteurs, j’accepterai sans hésiter. Là où mon roman sera appelé, j’irai !

     

    Un petit mot pour les lecteurs du blog Carnet de lecture?

    Oui : lisez, lisez, et lisez encore ! Et partagez toujours vos enthousiasmes : ils aideront les livres que vous aimez à vivre. J’ajouterai aussi : suivez les conseils de Carnet de lecture, ils sont toujours pertinents ! 

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    Il est toujours minuit quelque part - Cédric Lalaury

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    Alors que je traîne mes lectures en longueur depuis quelques semaines, j'ai dévoré Il est toujours minuit quelque part en deux soirées bien denses.

    C'est simple, j'ai tout simplement adoré!

    Ce roman est particulièrement prenant et difficile à lâcher, tant le suspense est bien dosé et vous laisse dans l'attente. Un vrai travail a été réalisé sur la personnalité des protagonistes, réaliste et complexe, ce que j'apprécie.

    On est tellement pris par l'histoire que l'on se prend à échafauder des hypothèses et à essayer de comprendre ce qui a pu se passer, comment Bill va réagir au dévoilement public d'une erreur de jeunesse.

    Un roman comme je les aime, qui nous surprend jusqu'au bout avec une fin inattendue, triste mais belle dans le pardon qu'elle évoque.

    J'avais lu le premier roman de Cédric Lalaury en 2016, Des silhouettes dans le brouillard, et ce dernier m'avait laissé un bon souvenir, j'avais vraiment apprécié le style de l'auteur. Avec Il est toujours minuit quelque part, il n'y a pas de doute, l'auteur s'est encore bonifié et livre ici un roman psychologique exceptionnel.

    Premier coup de cœur de l'année!

     

    Remerciement aux Editions Préludes pour cette lecture.

    Il est toujours minuit quelque part - Cédric Lalaury - Editions Préludes - 2018

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    Des silhouettes dans le brouillard – Cédric Lalaury

    des silhouettes dans le brouillard,cédric lalaury,mon petit editeur,livre,roman,blog littéraire,littérature,carnet de lecture,disparition,enquête,recherche,secret,famille,amitiéJe m'appelle Michael Artner. Je coulais des jours paisibles avec mon fils David et ma seconde femme, Sandra, enceinte de notre premier enfant. Jusqu'au jour où tout a basculé : quand je suis rentré chez moi, il n'y avait plus aucune trace de Sandra. Elle n'avait pas seulement disparu, tout indice de son passage sur terre avait été effacé. Elle n'avait jamais existé pour personne. Son souvenir survivait seulement dans ma mémoire. Depuis lors je n'ai eu qu'une obsession: la retrouver. Quel qu'en soit le prix.

    Quand l'auteur m'a proposé de lire son roman, j’ai été séduite par les premières pages, qui ont tout de suite attiré mon attention et m'ont donné envie d'en savoir plus. Si les disparitions ne manquent pas dans la littérature, Cédric Lalaury aborde le sujet d’une façon différente.

    Sans être un roman policier, Des silhouettes dans le brouillard place le personnage principal et son meilleur ami Henry dans des situations variées, évitant ainsi tout ennui pour le lecteur. Au cours d’une enquête à haut risque, ils vont faire d’étranges rencontres et multiplier les fausses pistes. J’ai apprécié le fait que l’on ne s'attend pas du tout aux conséquences que produiront leurs recherches ni aux informations obtenues. Mû par la volonté de retrouver sa femme, Michaël va se révéler, sortir de son apathie et secouer son petit monde pour arriver à ses fins.

    Le rythme général est soutenu, les découvertes nombreuses et les personnages atypiques bien dessinés, même si on n’évite malheureusement pas certains clichés. L’explication finale est un peu compliquée mais Des silhouettes dans le brouillard reste un très bon premier roman, bien construit et qui réserve quelques surprises.

     

    Remerciement à Cédric Lalaury pour cette lecture.

    Des silhouettes dans le brouillard – Cédric Lalaury – Editions Mon Petit Editeur - 2015

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