classique

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    La fille de Debussy – Damien Luce

    Cover La fille de Debussy.jpgUn trentenaire présente le journal intime de Claude-Emma Debussy, dite Chouchou, qu’il avait trouvé lorsqu’il était enfant. Tout commence en mars 1918, à la mort du célèbre compositeur Claude Debussy, alors que Chouchou a 12 ans. Dans ses notes, la jeune fille raconte la vie quotidienne dans cette famille d’artistes, entourée des plus grands musiciens de l’époque.

    La fille de Debussy immerge le lecteur dans la vie intime du grand compositeur mais permet également (re)découvrir son répertoire, ce qui donne envie de se plonger davantage dans ces compositions pour piano. Chaque morceau joué par Chouchou étant l’occasion de parler du compositeur et d’évoquer ses souvenirs avec lui.

    Si Internet nous permet de trouver des traces de l’existence des personnes citées dans ce récit, les nombreuses zones d’ombre laissent place à l’imagination et, en tant que lecteur, on s’interroge sur la part de vérité et de fiction de ce qui nous est raconté. Mais, au fond, peu importe car Damien Luce nous transporte sans effort dans le monde de Chouchou. Le style est fluide et l’auteur a réussi à trouver le ton juste pour exprimer les préoccupations de l’adolescente, ni trop enfantin ni trop adulte, ce qui est tout à son honneur quand on connait la difficulté de l’exercice.

    Ce roman m’a fait voir un Debussy triste, amoureux de la nature et profondément attaché à sa famille bien que discret dans l’expression de ses sentiments. Un grand compositeur qui était surtout un papa comme les autres pour sa petite fille.

    Le seul bémol, selon moi, est l’absence de musique pour accompagner la lecture. J’aurais aimé, un peu comme Eric-Emmanuel Schmitt l’avait fait pour Quand je pense que Beethoven est mort…, que le livre soit fourni avec un CD d’extraits musicaux, ce qui aurait permis de se plonger réellement dans l’univers du compositeur.

    Remerciement aux Editions Héloïse d’Ormesson pour cette découverte musicale, dont vous pouvez lire le premier chapitre ici.

    La fille de Debussy – Damien Luce – Editions Héloïse d’Ormesson – 2014

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    Coda – Marc Spaccesi

    Cover Coda.jpgLéa était âgée de 16 ans lorsqu’elle est décédée d’un accident de scooter. Il y a deux ans de cela. Mais la vie de sa mère, Mathilde, s’est arrêtée à cette date, incapable de retrouver la joie de vivre alors que tout, dans le quotidien, lui rappelle sa fille. Jusqu’au jour où l’écoute d’une symphonie de Schubert la bouleverse, la rapprochant sans le savoir de sa fille et de la vie.

    Un roman qui mêle le thème difficile de la mort d’un enfant à celui, original, de la musique. Il est connu que la musique, comme d’autres formes d’art, peut avoir un effet salvateur pour les personnes dépressives mais peut-elle provoquer de tels symptômes physiques chez un être humain ? C’est en tout cas ce que semble croire l’auteur de Coda, qui fait de la musique classique le moyen qui aidera Mathilde à sortir de la coquille dans laquelle elle s’était enfermée depuis la mort de sa fille.

    On ressent la douleur de cette mère, sa difficulté à reprendre une vie normale mais Marc Spaccesi ne tombe pas dans la facilité qui consisterait à émouvoir le lecteur par des lamentations sans fin. Ici, c’est l’espoir, le positivisme et l’envie de s’en sortir qui dominent. J’ai d’ailleurs bien aimé ces petites bouffées d’oxygène que sont les extraits de conversations fictives entre Mathilde et Léa, où elles se taquinent sur des questions de petit ami, de tatouage, etc.

    Un beau roman qui se lit avec, en fond sonore, Led Zeppelin, Neil Young et bien évidemment Schubert, pour ressentir toute l’intensité de l’histoire et s’immerger dans le monde de Mathilde, passionnée de musique.

    Remerciement aux Editions Bookstory pour cette découverte musicale.

    Coda – Marc Spaccesi – Editions Bookstory – 2012

    Du même auteur:

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    Lolita – Vladimir Nabokov

    Cover Lolita.pngPeu de temps avant son procès pour meurtre, Humbert Humbert confie son intérêt pour les jeunes filles pré-pubères et raconte sa passion dévorante pour sa belle-fille Lolita.

    A la lecture de ce roman, deux mots me viennent à l’esprit : malaise et longueur.

    Le récit nous plonge au cœur des pensées de ce pédophile puisque c’est Humbert Humbert lui-même qui nous narre son intérêt croissant pour les petites filles. Il consigne ses impressions dans un journal intime et nous fait part des fantasmes que lui inspire la vue de ces jeunes corps à peine formés. Si les scènes sexuelles sont plus ou moins explicites selon les chapitres, elles ne laissent cependant aucune place à l’interprétation et provoquent un malaise grandissant.

    À la découverte de ce penchant, il se sent d’abord coupable, montrant ainsi qu’il a bien intégré le tabou de la société sur ce sujet. Comme la plupart des pédophiles, il se défend en affirmant que ce sont ces « nymphettes » qui l’aguichent et en faisant référence aux usages d’autres pays ou de personnages historiques. Mais il va peu à peu accepter ses pulsions et tenter de les satisfaire par tous les moyens (manipulation, mariage blanc, projets de meurtre…).

    Le malaise provoqué par cette histoire tient également du fait qu’Humbert Humbert prend le lecteur à parti (« Cher lecteur »), ce qui nous implique dans le récit, nous donnant le rôle désagréable de voyeur.

    Et si le sujet provoque un malaise, l’aspect très descriptif du récit n’aide pas à entrer dans le texte. Les phrases sont très longues, marquées par de nombreuses digressions. J’avoue m’être ennuyée…

    Lolita est considéré comme un chef-d’œuvre de la littérature moderne et c’est à ce titre que sa lecture me paraissait intéressante. Bien que je pressente une lecture difficile, je n’en attendais rien de particulier. Malheureusement, ce fut une réelle déception et je n’ai qu’une envie, me lancer dans une lecture plus réjouissante pour oublier bien vite les images malsaines que ce roman a suscitées.

    Logo Challenge ABC2013.jpgVoyez aussi les avis de AmaniteBibliophile et Dareel sur ce roman.

     

    Lolita – Vladimir Nabokov – Editions Gallimard – 1959 

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    Les voix du crépuscule – Lisa Unger

    Cover Les voix du crépuscule.jpgLes Hollows, une petite ville tranquille au nord de l’Etat de New York, où les maisons sont construites en bordure des bois. Jones Cooper y était policier, jusqu’à une tragique affaire qui l’a forcé à quitter son métier et l’a plongé dans une lente dépression. Bethany Graves s’y est installée avec sa fille Willow pour tenter de reconstruire sa vie après un douloureux divorce. Quant à Michael Holt, il est de retour dans la ville de son enfance, là où sa mère a disparu quand il était adolescent. Mais un jour tout se précipite. Willow raconte qu’elle a vu un homme creuser le sol dans les bois ; une inconnue demande de l’aide à Jones… La ville bruit soudain d’étranges rumeurs, et de bien sombres mensonges refont surface…

    Entre prémonitions médiumniques, harcèlement psychologique, disparition non expliquée et légendes des bois, ce roman nous plonge dans le quotidien d’une petite ville perdue en pleine campagne et où tout le monde se connait.

    Ce roman policier met l’accent sur la psychologie des personnages, qui occupe une place importante dans l’histoire. Chacun des protagonistes a un passé douloureux qu’il peine à surmonter et qu’il a enfui bien loin en lui pour pouvoir continuer à vivre. Mais ces souvenirs et secrets remontent à la surface à l’arrivée d’un jeune homme à la recherche de sa mère, disparue des années auparavant.

    L’auteure arrive, par simples petites touches, à piquer notre curiosité et à nous mettre dans la position de l’enquêteur. Aux côtés de Jones Cooper, nous tentons de comprendre qui sont les protagonistes, ce qu’ils cachent et quels liens ils entretiennent. Démêler les nombreuses zones d’ombre de leurs histoires respectives nous emmène sur des sentiers méconnus, marqués par la manipulation des esprits et le rôle de l’inconscient, pour en arriver à un final que l’on n’imaginait pas.

    Un bon policier qui démontre, si cela était encore nécessaire, à quel point l’esprit peut occulter certains faits pour ne pas avoir à affronter la réalité.

    Logo Prix des lecteurs.pngLogo Challenge Thrillers et polars.jpgPrix des Lecteurs du Livre de poche 2013 - Catégorie Polar

    Challenge Thrillers et polars de Liliba

    Les voix du crépuscule – Lisa Unger – Editions du Toucan – 2012 

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    Une parisienne à Bruxelles – Caroline Gravière

    Cover Une parisienne à Bruxelles.jpgLydie est mariée depuis trois mois avec Alphonse Van Zee, un ingénieur belge. Elle a donc quitté sa ville natale de Paris et sa mère pour s’installer avec son époux dans notre plat pays. Après une lune de miel fabuleuse, le jeune couple se voit contraint d’emménager quelques temps dans la famille d’Alphonse le temps d’un chantier qui le retient sur Bruxelles. Mais l’ambiance est loin d’être idéale et Lydie en vient rapidement à regretter cette cohabitation forcée.

    Caroline Gravière (Estelle Crèvecoeur de son vrai nom) nous livre ici un roman léger qui caractérise bien la vie de la bourgeoisie du 19e siècle dans la capitale belge.

    L’auteure nous narre le quotidien d’une jeune mariée débarquée à Bruxelles. Contrainte de s’installer chez sa belle-mère et ses filles en raison d’un chantier qui occupe son mari sur place, la jeune parisienne en verra de toutes les couleurs ! Car Madame Van Zee a trois filles qu’elle cherche à marier à tout prix et il se trouve que Lydie, par sa beauté et son érudition, leur fait de l’ombre !

    Éloignée de sa mère restée à Paris, Lydie lui écrit une longue lettre et lui raconte son quotidien. La belle-mère qui mène sa maison à la baguette, la décoration surannée mais, surtout, les manigances mises en place pour trouver un mari. On promène et on exhibe les filles, on critique les concurrentes potentielles, on colporte des rumeurs, on s’informe sur les jeunes étalons disponibles, on tient salon et on se montre sous son plus beau jour pour attirer les portefeuilles les plus opulents. Mais de savoir-faire ménager ou culinaire il n’en est point question ! La bourgeoise de 1875 se contente de faire un bon mariage pour ensuite mener ses domestiques à la baguette.

    Par le biais de Lydie, l’auteure nous livre une vision moderne de la condition féminine, préconisant l’apprentissage d’un métier et l’accès à la culture pour favoriser l’autonomie de la femme. Pour qu’elle puisse choisir entre travail et mariage et non plus envisager les noces comme un moyen de subsistance. Lydie, par son éducation, son érudition et sa culture, porte haut les revendications féminines que défendait Estelle Crèvecoeur.

    En lisant cette longue lettre, on ne peut s’empêcher de penser au conte de Cendrillon, obligée de supporter une marâtre acariâtre et ses filles laides et méchantes.

    Une parisienne à Bruxelles est un roman un peu moqueur, qui nous présente le mode de vie du 19e siècle de façon caricaturale mais qui a l’avantage de promouvoir une vision de la femme différente de ce qui se fait à l’époque. Une belle découverte rendue possible grâce aux Editions Onlit Books, que je remercie.

     

    Une parisienne à Bruxelles – Caroline Gravière – Onlit Books – 2013