auschwitz

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    Maus – Art Spiegelman

    Cover Maus.jpgConsidéré comme LA référence en matière de bande dessinée et de témoignage sur la Shoah, Maus est un récit autobiographique qui traite de la persécution des juifs entre 1930 et 1940. Composée de deux tomes, cette bande dessinée a valu le Prix Pulitzer à son auteur en 1992.

    Maus est une bande dessinée est originale à plus d’un titre.

    Les dessins sont en noir et blanc. Sans être particulièrement beau, le trait a toutefois le mérite de nous plonger dans le quotidien des camps de concentration nazis en nous faisant vivre l’expérience de l’intérieur.

    L’aspect autobiographique permet au lecteur de s’identifier aux personnages principaux, une famille ordinaire dont l’existence va basculer en très peu de temps. Art Spiegelman se met lui-même en scène dans ses discussions avec son père, l’interrogeant sur la vie dans les ghettos polonais et expliquant le processus de création artistique.

    Oscillant en permanence entre passé et présent, entre espoir et découragement, le lecteur assiste aux déportations successives et aux persécutions des juifs. Il partage le quotidien des protagonistes, la hantise de se faire prendre, le manque de nourriture et d’hygiène, le froid, les kapos qu’il faut payer pour obtenir une protection…

    Une des particularités de cette bande dessinée réside dans le fait que tous les personnages humains sont représentés par des animaux. Ainsi, les juifs sont figurés par des souris (maus en allemand), tandis que les allemands sont symbolisés par des chats (qui chassent les souris). Le choix des animaux est loin d’être anodin et fait référence aux stéréotypes circulant sur les différentes nationalités (« les français sont des mangeurs de grenouilles ») ou le comportement d’un peuple donné vis-à-vis des juifs (les polonais sont dessinés en cochons). Si les livres illustrés pour enfants attribuent fréquemment des caractéristiques animales aux objets, c’est la première fois que je lis une bande dessinée pour adultes qui se base sur le zoomorphisme. Et si cela peut étonner le lecteur, ce type de dessins n’entrave en rien la compréhension de l’histoire et l’empathie que l’on ressent vis-à-vis des protagonistes.

    Une bande dessinée culte, étonnante et interpellante. A lire.

     

    Maus-L’intégrale – Art Spiegelman – Editions Flammarion – 1992

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    Cent mille bouches d'ombre – Patrick Dugois ♥♥♥♥

    Cover Cent mille bouches d'ombre.jpgQuel espoir reste-t-il lorsque l’on se retrouve à Auschwitz ? Est-il possible de survivre moralement face à la machinerie allemande dont le but est de nous briser ?

    Cent mille bouches d’ombre nous plonge dans le quotidien du camp de la mort avec deux histoires qui se rejoignent. Tout d’abord, le lecteur se trouve immergé dans une chambre à gaz et assiste aux derniers instants des prisonniers, témoin de leurs ultimes pensées qui se bousculent. D’un autre côté, nous assistons à la rencontre improbable de deux hommes : un jeune polonais de 15 ans et un professeur de littérature parisien. Entre eux, les discussions portent sur la poésie. Et si cela semble incongru dans ce décor de mort, c’est que cet intérêt commun leur permet de s’évader et d’oublier les cris et la faim.

    Cent mille bouches d’ombre est un roman qui ne peut laisser indifférent. Si le fond est évidemment très difficile, il est soutenu par une écriture qui le rend plus fort encore. Les phrases courtes provoquent une sensation d’étouffement, l’impression d’être dans ce camp de concentration. Le texte, d’un seul jet, ne comprend pas de chapitres et donc, n’offre aucun répit au lecteur, aucune trêve, aucune pause lui permettant de reprendre son souffle. Au cours de la lecture, les images vues à la télévision me sont revenues en mémoire et, à plusieurs reprises, j’ai dû fermer le livre pour reprendre mes esprits et mettre de la distance entre moi et ce récit lourd mais terriblement prenant.

    Les nombreux poèmes de Baudelaire qui sont cités accentuent encore un peu plus le contraste entre la douceur de la poésie et la dureté de la vie dans les camps. En fait, ce roman mêle l’espoir, incarné par ces rencontres clandestines autour de la littérature, et le désespoir, que l’on retrouve dans l’évocation de la vie quotidienne des camps.

    Cent mille bouches d’ombre, un roman qui pousse aussi à la réflexion. Si notre génération a échappé à l’horreur, il est important de se souvenir qu’elle persiste dans certaines parties du monde marquées par les génocides. Le nazisme a pris d’autres formes mais est toujours bien présent…

    Bref, un livre court (moins de 100 pages) mais d’une intensité incroyable, qui laissera sans aucun doute des traces dans ma mémoire. Une vraie « expérience lectorielle », pour reprendre les mots de l’auteur. Gros coup de cœur !

     

    Remerciement particulier à Mon petit éditeur pour cette formidable découverte.

    Cent mille bouches d’ombre – Patrick Dugois – Mon petit éditeur – 2012

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