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    Monsieur Origami - Jean-Marc Ceci

    livre,roman,blog littéraire,littérature,carnet de lecture,avis lecture,jean-marc ceci,monsieur origami,origami,japon,gallimard,prix club,rentrée littéraire 2016Maître Kurogikun a quitté son Japon natal à l'âge de 20 ans pour suivre une femme qu'il avait aperçue et s'est installé en Toscane. Depuis, il vit dans une ruine abandonnée et se livre à la fabrication du washi, un papier japonais traditionnel, et au pliage d'origamis. D'où son surnom de Monsieur Origami.

    Ne tournons pas autour du pot: j'ai adoré Monsieur Origami!

    Dans ce premier roman très réussi, Jean-Marc Ceci a choisi d'adopter le style propre aux auteurs japonais. La narration est très épurée et il suffit de quelques mots bien choisis pour que l'auteur nous emporte dans un autre univers.

    La philosophie zen, pratiquée par Maître Kurogikun, est particulièrement présente et imprègne totalement le roman, laissant une grande place aux silences et à la méditation. J'ai beaucoup apprécié cette atmosphère empreinte de poésie où la solitude, la contemplation de la nature et la réflexion occupent toute la place dans une incroyable économie de mots. Là où certaines pages ne contiennent que quelques lignes, plusieurs phrases sont au contraire répétées plusieurs fois comme un mantra.

    A travers ce roman et la rencontre de Maître Kurogikun avec le jeune Casparo, ce sont aussi les traditions japonaises qui s'offrent au lecteur. En particulier, celles de l'art de plier (et de déplier) le papier et de fabriquer le washi de façon artisanale. 

    J'ai été frappée par la sérénité et la poésie qui se dégage de ce texte, nous incitant à marquer un temps d'arrêt dans nos vies mouvementées. 

    Une belle surprise que ce premier roman très abouti. A lire absolument si vous aimez les auteurs japonais. Si un petit avant-goût vous tente, téléchargez un extrait de Monsieur Origami (pdf).

    Monsieur Origami - Jean-Marc Ceci - Editions Gallimard - 2016

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    Voici venir les rêveurs – Imbolo Mbue

     Voici venir les rêveurs, Imbolo Mbue, Editions Belfond, livre, roman, blog littéraire, littérature, carnet de lecture, avis lecture, rentrée littéraire 2016, coup de coeur, Etats-Unis, Amérique, économie, immigrationNous sommes à l’automne 2007 à New York et Jende Jonga, un immigrant illégal d’origine camerounaise, est en passe de réaliser son rêve : il vient de décrocher un emploi de chauffeur pour Clark Edwards, riche banquier à la Lehman Brothers. Pour Jende, tout est désormais possible : il va enfin pouvoir offrir à Neni, son amoureuse, les études de pharmacienne dont elle rêve. Et surtout, pour les Jonga, le Graal est en vue : obtenir leur carte verte et devenir enfin des Américains. Mais rien n’est simple au pays de l’American Dream et malgré la complicité qui unit Jende et son patron Clark, l’épée de Damoclès de l’expulsion pèse sur la famille Jonga.

    Les personnages de Jende et de sa femme Neni sont particulièrement attachants. Ce sont des gens simples, sensibles, serviables, ouverts et fidèles. Débarqués aux Etats-Unis, ils découvrent avec une naïveté touchante le monde de l'entreprise et de Wall Street en particulier. Venus d'un village pauvre du Cameroun, ils espèrent avoir une petite part du rêve américain. Non pas pour faire fortune mais, simplement, pour pouvoir vivre dignement et donner un meilleur avenir à leur jeune fils.

    Mais dans cette Amérique de tous les possibles, il y a peu de place pour Jende et sa famille. Entre la discrimination raciale, les emplois précaires et la lutte acharnée pour obtenir la Green Card qui donnera le statut de résident permanent, la vie quotidienne est bien difficile. La famille vit dans le stress et la peur permanente d'être expulsée sans préavis.

    À travers le regard de Jende, le lecteur assiste en direct à l'effondrement de Lehman Brothers, à la faillite et aux pertes d'emplois qui s'ensuivront. J'ai trouvé qu'il s'agissait d'une façon originale de revenir sur ces événements qui ont touchés l'économie mondiale, tout en leur donnant un visage humain à travers le personnage de Clarck Edwards. En abordant les choses de cette façon, Imbolo Mbue nous invite à porter un regard différent sur notre société et à s'interroger sur les valeurs qu'elle véhicule.

    Voici venir les rêveurs est un roman profondément humain et qui met en scène des personnages touchants et bouleversants. Il traite à la fois des traditions (les valeurs familiales, du travail, de l'honneur) et de l'actualité, en nous montrant deux univers qui tentent de se rapprocher mais qui ne font que se croiser.

    L'écriture est agréable et nous place au plus près de ce que vivent les personnages. Malgré une réalité crue et difficile, ça reste un roman positif et rempli d'espoir. Un très beau roman à lire absolument !

    Remerciement aux Editions Belfond pour cette lecture coup de cœur.

    Voici venir les rêveurs – Imbolo Mbue – Editions Belfond – 2016

     

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    Les fauves – Ingrid Desjours

    Les fauves, Ingrid Desjours, Robert Laffont, livre, roman, blog littéraire, littérature, carnet de lecture, attentat, Paris, Bruxelles, Etat Islamique, radicalisationA la tête d’une association luttant contre le recrutement de jeunes par l’État Islamique, l’ambitieuse Haiko est devenue la cible d’une terrible fatwa. Lorsqu’elle engage Lars comme garde du corps, l’ancien militaire a un mauvais pressentiment. Sa cliente lui a-t-elle dit toute la vérité sur ses activités ? Et pourra-t-il vraiment la protéger contre des tueurs fanatiques, quand lui-même porte les séquelles d’une détention qui l’a traumatisé ? Dans cet univers où règnent paranoïa et faux-semblants, Haiko et Lars se fascinent et se défient tels deux fauves prêts à se sauter à la gorge, sans jamais baisser leur garde.

    Les fauves est un roman qui sort de l’ordinaire tant la thématique, tristement d’actualité, est parfaitement abordée par Ingrid Desjours. Si l’on devine l’importante recherche documentaire que ce livre a nécessitée, l’auteure a réussi à nous transmettre ces informations de façon tout à fait naturelle. L’écriture est fluide et directe, la justesse des mots ajoutant au réalisme qui se dégage de ce roman.

    Parce que Les fauves ne m’a pas laissée indemne. Intense et violent, ce roman addictif prend réellement aux tripes et m’a trotté dans la tête longtemps après ma lecture. J’ai aussi particulièrement apprécié le travail qui a été réalisé sur les personnages principaux et la vraisemblance de leur comportement et pensées. Lars et Haiko ont une personnalité complexe, qui ne se livre qu’au compte-goutte, laissant le lecteur dans l’interrogation quant à leurs motivations.

    Un roman noir qui nous fait découvrir deux mondes que tout oppose mais bien liés. Nous passons alternativement de Paris à la Syrie, des plateaux de télévision aux terrains minés où de jeunes shootés au Captagon se livrent une bataille qui les dépasse.

    Un roman qui fait réfléchir et donne envie de se battre pour cette jeunesse désorientée, en recherche de repères et qui se fourvoie dans des chemins de traverse.

    Un coup de cœur et une auteure que je relirai sans aucun doute.

     

    Remerciement aux Editions Robert Laffont pour cette lecture.

    Les fauves – Ingrid Desjours – Editions Robert Laffont – 2016

    Du même auteur:

     

     

     

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    Zen – Maxence Fermine

    Zen, Maxence Fermine, Michel Lafon, livre, roman, blog littéraire, littérature, carnet de lecture, rentrée littéraire, RL2015, Neige, calligraphie, Japon, bouddhisme, zen" Chaque jour, de l'aube au crépuscule, Maître Kuro pratique l'art subtil de la calligraphie. Une activité mêlant la peinture à l'écriture dont la frontière est si ténue quelle paraît invisible. " Le jour où la jeune Yuna, une calligraphe prodige, le sollicite pour apprendre à parfaire son art, Maître Kuro hésite. Celle qui se rêve son élève sera-t-telle à la hauteur de ce qu'un tel enseignement exige ? Convaincu par sa sincérité et sa motivation, il fait d'elle sa disciple, lui imposant un quotidien de sacrifices et d'exigence à la recherche de l'harmonie et de l'équilibre parfaits : la voie du zen, clef de la maîtrise de leur art. Mais au fil des saisons, la proximité des deux êtres éveille en eux une sensualité qu'ils n'osent pas s'avouer.

    Le premier roman de Maxence Fermine, Neige, fait partie de mes romans préférés, de ceux que j'aime relire de temps en temps, tant il me touche par sa poésie. Après s'être essayé à d'autres styles littéraires, l'auteur renoue avec ce qui a fait la beauté de ce premier roman.

    Il nous initie à l’art subtil de la calligraphie, dont l'apprentissage du geste parfait nécessite discipline, silence et concentration. Il nous fait découvrir les rituels qui entourent la pratique de la calligraphie, du choix du matériel adéquat au dessin proprement dit.

    Pendant ma lecture, le temps était comme suspendu, j’ai eu l’impression d’entrer pleinement dans la philosophie du bouddhisme zen, de voir Maitre Kuro ratisser son jardin de gravier blanc et d’assister à ses séances de médiation. Mais le calligraphe, s’il fait preuve d’un flegme remarquable en toute circonstance, n’en est pas moins un homme. C’est d’ailleurs Yuna, par sa présence discrète et son travail assidu, qui va faire apparaitre toute la fragilité de cet homme lié à une autre femme par un serment d'amour éternel.

    Je pourrais en dire tant encore sur ce roman que j’ai adoré mais ce serait trop vous le dévoiler. Or, Zen est de ces romans que l’on déguste, confortablement installé dans son fauteuil de lecture préféré. Il touche tant par le réalisme et la complexité des personnages que par la beauté des décors qu'il décrit et nous transporte dans un autre temps, celui de la méditation et de la contemplation du monde.

    "Maitre Kuno [...] sait désormais, comme Yuna le lui enseigne chaque jour avec tant de délicatesse, que la plus belle des calligraphies est celle qu'on écrit à l'encre de ses doigts, tel un tatouage éphèmère, sur la peau de l'être aimé."

    Remerciement aux Editions Michel Lafon pour cette lecture.

    Zen – Maxence Fermine – Editions Michel Lafon – 2015

    Du même auteur:

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    Le soleil des Scorta – Laurent Gaudé

    Le soleil des Scorta, Laurent Gaudé, Babel, livre, roman, blog littéraire, littérature, carnet de lecture, Italie, soleil, chaleur, famille, village, travail, amour, amitié, Goncourt, #romansété, étéL'origine de leur lignée condamne les Scorta à l'opprobe. A Montepuccio, leur village d'Italie du Sud, ils vivent pauvrement, et ne mourront pas riche. Mais ils ont fait voeu de se transmettre de génération en génération, le peu que la vie leur laisserait en héritage. Et en dehors du modeste bureau de tabac familial, leur richesse est aussi immatérielle qu'une expérience, un souvenir, une parcelle de sagesse, une étincelle de joie. Ou encore un secret. Comme celui que la vieille Carmela confie au curé de Montepuccio, par crainte que les mots ne viennent très vite à lui manquer.

    Laurent Gaudé réussi avec brio à immerger le lecteur dans la vie de ce petit village imaginaire du sud de l'Italie, situé entre mer et montagnes. À la lecture de ce roman, on a l'impression de faire partie intégrante du lieu et de partager les repas gargantuesques des Scorta, les fêtes traditionnelles, mais aussi de ressentir la chaleur qui brule la végétation.

    Chacun à sa manière, tous les personnages de ce roman ont une personnalité forte, sans pour autant être caricaturale. Le lecteur ne peut que s'attacher à ces personnages entiers et vrais qui tentent de transmettre leurs valeurs, à la fois importantes et élémentaires, aux générations futures. Leur comportement inspire le respect car ils ont réussis, à force de volonté et de travail, à construire la vie dont ils rêvaient malgré un départ difficile dans la vie et plusieurs expériences malheureuses.

    Un récit fort sur l'importance de la famille et de l'amitié mais aussi sur les valeurs de travail, de respect des anciens et d'honneur. Une histoire familiale faite de passion et d'attachement fraternel très fort racontée avec des mots qui touchent et qui m'ont laissée plus d'une fois avec les larmes aux yeux.

    Il est rare que j'apprécie un roman ayant reçu un prestigieux prix littéraire mais celui-ci est une exception. Je l'ai lu d'une traite, avec beaucoup de plaisir, et les images que l'auteur a suscitées  continuent de revenir régulièrement tant les valeurs qu'il défend me semblent essentielles. Une très belle expérience de lecture.

    Prix Goncourt 2004

    Le soleil des Scorta – Laurent Gaudé – Editions Babel – 2004