Les classiques

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    Une saison à Longbourn – Jo Baker

    Cover Une saison à Longbourn.jpgSur le domaine de Longbourn, le couple Bennet vit avec ses filles, en âge de convoler. La préoccupation principale du moment est donc de leur trouver un bon parti à coups de robes, de sorties et de diners. Et pendant que les jeunes filles de la maison rêvent au prince charmant, l’amour rôde aussi à l’étage des domestiques, pourtant bien occupés par tous ces préparatifs.

    Je ne sais si cela a déjà été réalisé auparavant mais je trouve que l’idée de revoir un classique de la littérature en mettant les personnages secondaires au premier plan est intéressante et originale. Dans ce cas, Jo Baker a choisi de réécrire le roman de Jane Austen Orgueil et préjugés selon le point de vue des domestiques, de leur donner une vie bien réelle alors qu’ils n’apparaissent que de façon épisodiques dans le roman original. Le tout sans dénaturer complètement l’histoire authentique puisque les deux récits se chevauchent en permanence, un évènement dans le monde de la bourgeoisie correspondant à une situation donnée pour les domestiques de la maisonnée.

    Grâce à cette auteure qui met en avant des personnages habituellement cachés, on entrevoit le dévouement dont les domestiques font preuve, la difficulté de leur quotidien, entre la cuisine, le blanchissage des vêtements, le raccommodage et les corvées diverses. Les loisirs sont quasi inexistants mais quel plaisir lorsque l’une des jeunes maitresses offre une de ses robes à sa femme de chambre ! Car si les temps sont durs, n’oublions pas que la guerre d’Espagne bat son plein et réquisitionne les jeunes hommes du pays, le sentiment général qui se dégage de ce roman est un sentiment d’humanité, on perçoit l’attachement profond qui unit ces personnes, qui les fait se comporter comme une famille, celle qu’ils n’ont jamais connus par ailleurs.

    C’est en un dimanche gris et venteux que j’ai lu Une saison à Longbourn, j’ai été emportée par cette histoire d’un autre temps, qui nous fait découvrir les coulisses d’un roman mythique et qui m’a donné envie de lire Orgueil et préjugés, présent dans ma PAL depuis trop longtemps. Une vraie lecture-plaisir.

    Remerciement à Libfly et aux Editions Stock pour cette lecture.

    Une saison à Longbourn – Jo Baker – Editions Stock – 2014

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    Lolita – Vladimir Nabokov

    Cover Lolita.pngPeu de temps avant son procès pour meurtre, Humbert Humbert confie son intérêt pour les jeunes filles pré-pubères et raconte sa passion dévorante pour sa belle-fille Lolita.

    A la lecture de ce roman, deux mots me viennent à l’esprit : malaise et longueur.

    Le récit nous plonge au cœur des pensées de ce pédophile puisque c’est Humbert Humbert lui-même qui nous narre son intérêt croissant pour les petites filles. Il consigne ses impressions dans un journal intime et nous fait part des fantasmes que lui inspire la vue de ces jeunes corps à peine formés. Si les scènes sexuelles sont plus ou moins explicites selon les chapitres, elles ne laissent cependant aucune place à l’interprétation et provoquent un malaise grandissant.

    À la découverte de ce penchant, il se sent d’abord coupable, montrant ainsi qu’il a bien intégré le tabou de la société sur ce sujet. Comme la plupart des pédophiles, il se défend en affirmant que ce sont ces « nymphettes » qui l’aguichent et en faisant référence aux usages d’autres pays ou de personnages historiques. Mais il va peu à peu accepter ses pulsions et tenter de les satisfaire par tous les moyens (manipulation, mariage blanc, projets de meurtre…).

    Le malaise provoqué par cette histoire tient également du fait qu’Humbert Humbert prend le lecteur à parti (« Cher lecteur »), ce qui nous implique dans le récit, nous donnant le rôle désagréable de voyeur.

    Et si le sujet provoque un malaise, l’aspect très descriptif du récit n’aide pas à entrer dans le texte. Les phrases sont très longues, marquées par de nombreuses digressions. J’avoue m’être ennuyée…

    Lolita est considéré comme un chef-d’œuvre de la littérature moderne et c’est à ce titre que sa lecture me paraissait intéressante. Bien que je pressente une lecture difficile, je n’en attendais rien de particulier. Malheureusement, ce fut une réelle déception et je n’ai qu’une envie, me lancer dans une lecture plus réjouissante pour oublier bien vite les images malsaines que ce roman a suscitées.

    Logo Challenge ABC2013.jpgVoyez aussi les avis de AmaniteBibliophile et Dareel sur ce roman.

     

    Lolita – Vladimir Nabokov – Editions Gallimard – 1959 

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    Une parisienne à Bruxelles – Caroline Gravière

    Cover Une parisienne à Bruxelles.jpgLydie est mariée depuis trois mois avec Alphonse Van Zee, un ingénieur belge. Elle a donc quitté sa ville natale de Paris et sa mère pour s’installer avec son époux dans notre plat pays. Après une lune de miel fabuleuse, le jeune couple se voit contraint d’emménager quelques temps dans la famille d’Alphonse le temps d’un chantier qui le retient sur Bruxelles. Mais l’ambiance est loin d’être idéale et Lydie en vient rapidement à regretter cette cohabitation forcée.

    Caroline Gravière (Estelle Crèvecoeur de son vrai nom) nous livre ici un roman léger qui caractérise bien la vie de la bourgeoisie du 19e siècle dans la capitale belge.

    L’auteure nous narre le quotidien d’une jeune mariée débarquée à Bruxelles. Contrainte de s’installer chez sa belle-mère et ses filles en raison d’un chantier qui occupe son mari sur place, la jeune parisienne en verra de toutes les couleurs ! Car Madame Van Zee a trois filles qu’elle cherche à marier à tout prix et il se trouve que Lydie, par sa beauté et son érudition, leur fait de l’ombre !

    Éloignée de sa mère restée à Paris, Lydie lui écrit une longue lettre et lui raconte son quotidien. La belle-mère qui mène sa maison à la baguette, la décoration surannée mais, surtout, les manigances mises en place pour trouver un mari. On promène et on exhibe les filles, on critique les concurrentes potentielles, on colporte des rumeurs, on s’informe sur les jeunes étalons disponibles, on tient salon et on se montre sous son plus beau jour pour attirer les portefeuilles les plus opulents. Mais de savoir-faire ménager ou culinaire il n’en est point question ! La bourgeoise de 1875 se contente de faire un bon mariage pour ensuite mener ses domestiques à la baguette.

    Par le biais de Lydie, l’auteure nous livre une vision moderne de la condition féminine, préconisant l’apprentissage d’un métier et l’accès à la culture pour favoriser l’autonomie de la femme. Pour qu’elle puisse choisir entre travail et mariage et non plus envisager les noces comme un moyen de subsistance. Lydie, par son éducation, son érudition et sa culture, porte haut les revendications féminines que défendait Estelle Crèvecoeur.

    En lisant cette longue lettre, on ne peut s’empêcher de penser au conte de Cendrillon, obligée de supporter une marâtre acariâtre et ses filles laides et méchantes.

    Une parisienne à Bruxelles est un roman un peu moqueur, qui nous présente le mode de vie du 19e siècle de façon caricaturale mais qui a l’avantage de promouvoir une vision de la femme différente de ce qui se fait à l’époque. Une belle découverte rendue possible grâce aux Editions Onlit Books, que je remercie.

     

    Une parisienne à Bruxelles – Caroline Gravière – Onlit Books – 2013 

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    Lettre d'une inconnue – Stefan Zweig

    Cover Lettre d'une inconnue.jpgAu soir de sa mort, une femme envoie une lettre à un romancier à succès. Elle y raconte l’amour inconditionnel qu’elle lui voue depuis qu’elle est âgée de 13 ans et que l’écrivain a emménagé dans son immeuble. Depuis sa rencontre avec cet homme, chaque minute de la vie de la jeune fille lui a été consacrée. Sans qu’il s’en aperçoive, elle l’a poursuivi de ses ardeurs jusqu’à l’âge adulte.

    Lettre d’une inconnue est un échange épistolaire unique.

    Le lecteur assiste à l’évolution progressive de l’admiration d’une enfant pure et sans arrière pensée à l’amour sexualisé mais idéalisé qu’elle éprouve pour cet homme, élevé au rang de dieu.

    La particularité de ce roman est qu’il est basé sur des éléments qui se répètent sans cesse et donnent du rythme au récit. Comme ces expressions, qui reviennent comme un leitmotiv « Toi qui ne m’as jamais connue », « Mon bien-aimé », « Mon enfant est mort hier »…

    Mais cela se marque aussi dans le va et vient constant entre le rêve de l’amour partagé dans lequel la narratrice se complait, elle est alors convaincue que l’écrivain pense à elle et se languit de la revoir, et le retour à la réalité qui lui fait répéter sans cesse « Tu m’as oubliée ».

    Cette lettre questionne nos relations aux autres. Est-on plutôt comme cet écrivain, tellement imbu de lui-même et si peu intéressé par les autres qu’il ne voit pas la jeune fille qui l’admire ou comme cette femme qui reste sans cesse en retrait, oubliant même de vivre pour elle-même ?

    La lettre émouvante et déchirante d’un amour absolu qui n’a même jamais été remarqué. Pour moi, cette lecture a aussi été l’occasion de découvrir l’écriture magnifique de Stefan Zweig, capable de sublimer le moindre objet ou sentiment.

    La première parution francophone de cette Lettre d’une inconnue date de 1927 aux Editions Stock. La version lue ici est celle du Livre de poche, qui a réédité l’ouvrage avec une couverture imaginée par le styliste Christian Lacroix : magnifique !

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    Lecture commune avec Vivi Potter, Alcyone et Walpurgis.

     

    Lettre d’une inconnue – Stefan Zweig – Le livre de poche – 2010

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    Les liaisons dangereuses – Pierre Choderlos de Laclos

    Cover Les liaisons dangereusesok.jpgSous titre : Lettres recueillies dans une société et publiées pour l’instruction de quelques autres

    Immersion dans les salons feutrés de la bourgeoisie française avec ce roman épistolaire considéré comme une œuvre majeure du 18e siècle. Lors de sa publication, en 1782, ce roman a pourtant provoqué un véritable scandale en mettant à nu les mœurs de l’aristocratie.

    Reflet d’une époque et d’une classe sociale vivant dans l’oisiveté, ce récit présente des personnages hauts en couleurs, qui n’ont pour seule occupation que de colporter des rumeurs et mettre sur pieds des projets indélicats pour se venger d’une offense, réelle ou imaginée. Là où les manipulateurs n’hésitent pas à utiliser les plus faibles et à jouer avec les sentiments d’autrui dans le but de servir leurs objectifs personnels, les victimes, trop naïves et confiantes, accèdent à toutes leurs demandes sans se rendre compte que l’on se moque d’eux.

    La correspondance croisée entre les différents protagonistes nous apprend énormément de choses sur les règles de bienséance en vigueur à l’époque : l’importance de la vertu, la désapprobation de la société vis-à-vis du libertinage féminin, les règles régissant les relations hommes-femmes avant le mariage, le mariage de convention ou d’intérêts… Toutes ces questions qui n’ont plus lieu d’être actuellement et qui formaient pourtant le tissu relationnel de ce siècle.

    Je me suis particulièrement attachée aux deux plus jeunes personnages du roman : Cécile Volanges et le Chevalier Danceny. Adolescents, ils tombent amoureux pour la première fois et c’est avec toute la naïveté de la jeunesse et de l’inexpérience qu’ils tentent de comprendre les bouleversements qu’ils observent en eux. Dans une société où parler de ses sentiments est déplacé (surtout s’ils concernent une autre personne que celle choisie par ses parents !), ils vont accorder leur confiance à des personnes malveillantes qui vont influer de façon irrémédiable sur leur destin.

    A l’heure où les téléphones et autres technologies de la communication n’existaient pas, c’est par courrier que les nouvelles se transmettaient et chaque épistolier est reconnaissable à son style d’écriture et à ses expressions.

    Au-delà du langage romanesque auquel il faut s’habituer, Les liaisons dangereuses est un roman facile d’accès et très plaisant à lire.

    Les liaisons dangereuses, Pierre Choderlos de Laclos, Gallimard, critique, carnet de lecture, livre, littérature, blog littéraire, roman épistolaire, classique, 18e siècle, lettres, amour, mensonge, manipulationLecture réalisée dans le cadre du challenge Livra’deux pour pal’Addict. Ma partenaire, Marion, a quant à elle lu Le gout des pépins de pomme.

    Les liaisons dangereuses – Pierre Choderlos de Laclos – Gallimard – 2006