Littérature étrangère - Page 4

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    L'échappée belle du bibliobus – David Whitehouse

     L'échappée belle du bibliobus, David Whitehouse, Presses de la Cité, livre, roman, blog littéraire, littérature, carnet de lecture, avis lecture, bibliobus, aventure, enfant, lire, lecture, familleÀ douze ans, Bobby passe ses nuits à répertorier cheveux, vêtements et autres traces de la vie de sa mère en attendant son retour... qui ne viendra pas. Cette dernière est morte brutalement, et le jeune garçon n'est pas prêt à l'accepter. Battu par son père, Bobby se croit seul au monde jusqu'au jour où il rencontre Valérie et sa fille handicapée, Rosa. Tous trois nouent des liens très forts et passent un été magique parmi les livres du bibliobus où Val est femme de ménage. Mais, bientôt, une rumeur sur la nature de la relation entre la mère célibataire et l'adolescent se propage dans la ville. Contraints de s'enfuir à bord de la bibliothèque ambulante, ces êtres égratignés par la vie vont s'embarquer dans une aventure pleine de rebondissements, digne des « classiques » qu'ils ont pris l'habitude de dévorer...

    Je me suis rapidement attachée à Bobby, ce petit bout d'homme que la vie n'épargne pas. Livré à lui-même depuis le décès de sa mère, il est le souffre-douleur de sa classe et n'a qu'un seul ami. Rêveur et ingénieux, il vit dans un monde imaginaire, peuplé de cyborgs et d'autres créatures fantastiques. La rencontre avec Valérie et Rosa va lui permettre de découvrir le monde merveilleux des livres et des histoires qu'ils renferment. Loin des coups de son père alcoolique et des remarques cinglantes de sa belle-mère, Bobby va se trouver une nouvelle famille aimante.

    Par contre, j'ai eu plus de mal avec le personnage de Valérie. D'une part en raison de son comportement peu responsable mais aussi parce qu'elle noue une relation étrange avec Bobby, qui m'a dérangée.

    En dehors de cet aspect, David Whitehouse a une écriture tellement fluide qu'il nous emporte sans difficulté dans cette expédition à bord d'un semi-remorque rempli de bouquins. L'échappée belle du bibliobus est une lecture agréable et divertissante, idéale pour l'été. Les livres y occupent une grande place et nourrissent l'imagination de Bobby, que cette grande aventure fera gagner en maturité.

    Remerciement aux Presses de la Cité pour cette lecture.

    L'échappée belle du bibliobus – David Whitehouse – Editions Presses de la Cité – 2016

     

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    Voici venir les rêveurs – Imbolo Mbue

     Voici venir les rêveurs, Imbolo Mbue, Editions Belfond, livre, roman, blog littéraire, littérature, carnet de lecture, avis lecture, rentrée littéraire 2016, coup de coeur, Etats-Unis, Amérique, économie, immigrationNous sommes à l’automne 2007 à New York et Jende Jonga, un immigrant illégal d’origine camerounaise, est en passe de réaliser son rêve : il vient de décrocher un emploi de chauffeur pour Clark Edwards, riche banquier à la Lehman Brothers. Pour Jende, tout est désormais possible : il va enfin pouvoir offrir à Neni, son amoureuse, les études de pharmacienne dont elle rêve. Et surtout, pour les Jonga, le Graal est en vue : obtenir leur carte verte et devenir enfin des Américains. Mais rien n’est simple au pays de l’American Dream et malgré la complicité qui unit Jende et son patron Clark, l’épée de Damoclès de l’expulsion pèse sur la famille Jonga.

    Les personnages de Jende et de sa femme Neni sont particulièrement attachants. Ce sont des gens simples, sensibles, serviables, ouverts et fidèles. Débarqués aux Etats-Unis, ils découvrent avec une naïveté touchante le monde de l'entreprise et de Wall Street en particulier. Venus d'un village pauvre du Cameroun, ils espèrent avoir une petite part du rêve américain. Non pas pour faire fortune mais, simplement, pour pouvoir vivre dignement et donner un meilleur avenir à leur jeune fils.

    Mais dans cette Amérique de tous les possibles, il y a peu de place pour Jende et sa famille. Entre la discrimination raciale, les emplois précaires et la lutte acharnée pour obtenir la Green Card qui donnera le statut de résident permanent, la vie quotidienne est bien difficile. La famille vit dans le stress et la peur permanente d'être expulsée sans préavis.

    À travers le regard de Jende, le lecteur assiste en direct à l'effondrement de Lehman Brothers, à la faillite et aux pertes d'emplois qui s'ensuivront. J'ai trouvé qu'il s'agissait d'une façon originale de revenir sur ces événements qui ont touchés l'économie mondiale, tout en leur donnant un visage humain à travers le personnage de Clarck Edwards. En abordant les choses de cette façon, Imbolo Mbue nous invite à porter un regard différent sur notre société et à s'interroger sur les valeurs qu'elle véhicule.

    Voici venir les rêveurs est un roman profondément humain et qui met en scène des personnages touchants et bouleversants. Il traite à la fois des traditions (les valeurs familiales, du travail, de l'honneur) et de l'actualité, en nous montrant deux univers qui tentent de se rapprocher mais qui ne font que se croiser.

    L'écriture est agréable et nous place au plus près de ce que vivent les personnages. Malgré une réalité crue et difficile, ça reste un roman positif et rempli d'espoir. Un très beau roman à lire absolument !

    Remerciement aux Editions Belfond pour cette lecture coup de cœur.

    Voici venir les rêveurs – Imbolo Mbue – Editions Belfond – 2016

     

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    A l'ombre des cerisiers – Dörte Hansen

     A l'ombre des cerisiers, Dörte Hansen, Editions Kero, livre, roman, blog littéraire, littérature, carnet de lecture, avis lecture, littérature étrangère, Allemagne, cerisier, familleC'est au printemps 1945 que la petite Vera voit pour la première fois la vieille ferme perdue au cœur d'un immense verger. Sa mère et elles viennent de traverser à pied une Allemagne en ruines. Soixante-dix ans plus tard, Vera, qui occupe toujours la maison, voit débarquer à son tour sa nièce, Anne, en pleine rupture amoureuse, et son jeune fils Leon. Les deux femmes, fortes têtes et solitaires, vont affronter ensemble une histoire familiale traversée de secrets et de non-dits. Sauront-elles redonner vie à ces murs hantés par les chimères du passé? Pour cela, il faudra d'abord apprivoiser les habitants du village qui ne manquent ni de caractère ni d'originalité...

    Premier roman de l’auteure allemande Dörte Hansen, A l'ombre des cerisiers immerge le lecteur dans la rudesse de la vie à la campagne.

    Ce n’est pas un roman à intrigue, où il faudrait trouver une solution à un problème. Il s’agit plutôt de suivre le quotidien de plusieurs générations de femmes au sein d’une même famille. Les dialogues ne sont pas nombreux et tout passe par le ressenti des personnages.

    En donnant la parole à ces personnages tourmentés, l'auteure nous permet de comprendre les circonstances dans lesquelles certaines décisions ont été prises, qui pourraient paraitre étranges vu de l’extérieur. En levant le voile sur ces femmes et leur histoire, on s’y attache et on entre en empathie avec elles.

    Le petit village d’agriculteurs où tout le monde se connait, s’épie et colporte des ragots rend l’ambiance générale du roman légèrement oppressante. Pourtant, à l'abri de leur ferme délabrée, Vera et Anne vont apprendre à se connaitre, à s'apprécier et vont construire un nouveau pan de l'histoire familiale.

    Remerciement aux Editions Kero pour ce beau roman, humain et sensible.

    A l'ombre des cerisiers – Dörte Hansen – Editions Kero – 2016

     

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    En veilleuse – Matt Sumell

     En veilleuse, Matt Sumell, Plon, livre, roman, blog littéraire, littérature, carnet de lecture, famille, décès, mère, violenceAlby est en colère. En colère contre tout. Il frappe sa sœur et tous ceux qui lui barrent la route, balance des insultes aux enfants et aux vieux qui le ralentissent, et se soûle. Mais c'est avec une infinie délicatesse qu'il prend soin du plus fragile des oiseaux. D'une inaptitude étrangement touchante aux relations humaines, Alby ne se remet pas du décès de sa mère. Ce deuil est si profondément ancré dans sa personnalité qu'il pourrait bien le ronger jusqu'à la moelle. Alors Alby profite et rit de tout pour essayer d'oublier peine et chagrin. Et quand la détresse devient trop forte, il déverse son vitriol sur les hommes, les femmes, les frères et les sœurs, les grille-pain, les poubelles et sur la vie elle-même.

    En veilleuse me laisse une impression mitigée.

    Tout d’abord, parce que je n’ai pas complètement accroché au style narratif. Alby se présente à nous sur le mode de l’association de pensée. Dans un monologue un peu décousu, une idée en entraînant une autre, le lecteur se trouve embarqué dans une histoire fantasque et émaillée de nombreuses digressions. Alors que ce roman fourmille d’idées et de thématiques, j’ai trouvé qu’elles étaient trop peu approfondies, ce qui me laisse une impression générale d’abondance déstructurée.

    Par contre, j’ai trouvé que le personnage d’Alby était bien amené et sa personnalité bien décrite. Bien que le bonhomme paraisse plutôt antipathique de premier abord, on se surprend finalement à l’apprécier. C’est tout le caractère complexe de l’humain que Matt Sumell dévoile. Celui d’un trentenaire ébranlé par la mort de sa mère et qui ne trouve d’autre moyen pour exprimer son désarroi que la violence verbale et physique.

    Il faut bien avouer que je n’ai pas eu « le fou rire page après page » qui était annoncé sur la quatrième de couverture, mais En veilleuse reste un bon roman. Le ton rapide et direct nous emporte dès les premières pages et l'auteur, qui sait véritablement cerner les sentiments et les personnalités complexes, est sans aucun doute à suivre de près.

    Remerciement aux Editions Plon pour cette lecture.

    En veilleuse – Matt Sumell – Editions Plon – 2016

     

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    Au paradis des manuscrits refusés – Irving Finkel

    au paradis des manuscrits refusés,irving finkel,jc lattès,livre,roman,blog littéraire,littérature,carnet de lecture,bibliothèque,manuscrit,édition,poésie,fiction,angleterre,royaume-unis,critique,chroniqueLa Bibliothèque des Refusés est un établissement des plus singuliers : elle recueille plus encore, elle sauvegarde tout texte ayant essuyé refus sur refus de la part des éditeurs. Littérature, poésie, mémoires, récits épistolaires... tous les écrits trouvent leur place sur les étagères de la Bibliothèque des Refusés. L'arrivée impromptue d'une insupportable bibliothécaire américaine, l'imposture d'une actrice se faisant passer pour une étudiante dans l'idée de voler des idées pour son prochain film, la menace de cambrioleurs convaincus de trouver là le gros lot, sans compter l'irruption de nombreux aspirants écrivains... autant de mésaventures qui viennent perturber l'ordre tranquille de la Bibliothèque.

    Un roman sur les livres va obligatoirement attirer mon regard. Quand, en plus, la bibliothèque dont il est question sort de l'ordinaire, la lectrice qui est en moi ne peut s'empêcher de le lire.

    Et je n'ai pas été déçue car le lieu est exceptionnel à plus d'un titre. Evidemment, l'idée seule de conserver des manuscrits qui ont été refusés par les éditeurs est déjà originale en soi mais il ne faut pas perdre de vue que l'étude de ces documents est l'objectif premier de la Bibliothèque des refusés. Ainsi, le personnel utilise des techniques très élaborées pour étudier le caractère gaucher ou droitier des auteurs refusés ou leur régime alimentaire, au cas où ces particularités expliqueraient les refus successifs. L'admission de manuscrits est également régie par des critères stricts, comme la présentation de lettres de refus dénigrantes, attestant d'un réel rejet du monde de l'édition. La bibliothèque, perdue dans la campagne anglaise, a aussi la particularité de cultiver son isolement, ce qui donne lieu à des scènes mémorables qui font fuir les quelques visiteurs qui osent s'aventurer au-delà du mur d'enceinte.

    Au paradis des manuscrits refusés est un roman complètement décalé, un véritable ovni littéraire au regard des romans qui sortent habituellement. On sent qu'Irving Finkel s'est amusé en écrivant ce récit loufoque et humoristique, n'hésitant pas à pousser son originalité jusqu'au bout, de façon totalement assumée. Les personnages sont atypiques, leur dévouement à la bibliothèque force le respect et les rends sympathiques.

    Outre son coté décalé, ce roman est aussi une réflexion sur le monde de l'édition. Cette Bibliothèque des refusés défend ainsi l'idée qu'il existe une quantité de bonnes histoires qui ne rencontreront jamais les lecteurs, simplement parce que les maisons d'édition ne les ont pas considérées comme suffisamment bankables. Elles qui ont tendance à publier des romans calibrés, soutenus par une campagne marketing destinée à booster les ventes. Ce roman ne refait évidemment pas le monde littéraire mais il a le grand avantage de nous faire sourire et de ne pas se prendre au sérieux.

    C'est peu dire que je ne m'attendais pas à ce type de roman de la part d'un philologue spécialiste de l'écriture cunéiforme, à priori plus habitué aux écrits scientifiques, mais le roman fut à la hauteur de ma surprise, excellent.

    Remerciement aux Editions JC Lattès pour cette lecture.

    Au paradis des manuscrits refusés – Irving Finkel – Editions JC Lattès – 2016