Littérature étrangère - Page 4

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    En veilleuse – Matt Sumell

     En veilleuse, Matt Sumell, Plon, livre, roman, blog littéraire, littérature, carnet de lecture, famille, décès, mère, violenceAlby est en colère. En colère contre tout. Il frappe sa sœur et tous ceux qui lui barrent la route, balance des insultes aux enfants et aux vieux qui le ralentissent, et se soûle. Mais c'est avec une infinie délicatesse qu'il prend soin du plus fragile des oiseaux. D'une inaptitude étrangement touchante aux relations humaines, Alby ne se remet pas du décès de sa mère. Ce deuil est si profondément ancré dans sa personnalité qu'il pourrait bien le ronger jusqu'à la moelle. Alors Alby profite et rit de tout pour essayer d'oublier peine et chagrin. Et quand la détresse devient trop forte, il déverse son vitriol sur les hommes, les femmes, les frères et les sœurs, les grille-pain, les poubelles et sur la vie elle-même.

    En veilleuse me laisse une impression mitigée.

    Tout d’abord, parce que je n’ai pas complètement accroché au style narratif. Alby se présente à nous sur le mode de l’association de pensée. Dans un monologue un peu décousu, une idée en entraînant une autre, le lecteur se trouve embarqué dans une histoire fantasque et émaillée de nombreuses digressions. Alors que ce roman fourmille d’idées et de thématiques, j’ai trouvé qu’elles étaient trop peu approfondies, ce qui me laisse une impression générale d’abondance déstructurée.

    Par contre, j’ai trouvé que le personnage d’Alby était bien amené et sa personnalité bien décrite. Bien que le bonhomme paraisse plutôt antipathique de premier abord, on se surprend finalement à l’apprécier. C’est tout le caractère complexe de l’humain que Matt Sumell dévoile. Celui d’un trentenaire ébranlé par la mort de sa mère et qui ne trouve d’autre moyen pour exprimer son désarroi que la violence verbale et physique.

    Il faut bien avouer que je n’ai pas eu « le fou rire page après page » qui était annoncé sur la quatrième de couverture, mais En veilleuse reste un bon roman. Le ton rapide et direct nous emporte dès les premières pages et l'auteur, qui sait véritablement cerner les sentiments et les personnalités complexes, est sans aucun doute à suivre de près.

    Remerciement aux Editions Plon pour cette lecture.

    En veilleuse – Matt Sumell – Editions Plon – 2016

     

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    Au paradis des manuscrits refusés – Irving Finkel

    au paradis des manuscrits refusés,irving finkel,jc lattès,livre,roman,blog littéraire,littérature,carnet de lecture,bibliothèque,manuscrit,édition,poésie,fiction,angleterre,royaume-unis,critique,chroniqueLa Bibliothèque des Refusés est un établissement des plus singuliers : elle recueille plus encore, elle sauvegarde tout texte ayant essuyé refus sur refus de la part des éditeurs. Littérature, poésie, mémoires, récits épistolaires... tous les écrits trouvent leur place sur les étagères de la Bibliothèque des Refusés. L'arrivée impromptue d'une insupportable bibliothécaire américaine, l'imposture d'une actrice se faisant passer pour une étudiante dans l'idée de voler des idées pour son prochain film, la menace de cambrioleurs convaincus de trouver là le gros lot, sans compter l'irruption de nombreux aspirants écrivains... autant de mésaventures qui viennent perturber l'ordre tranquille de la Bibliothèque.

    Un roman sur les livres va obligatoirement attirer mon regard. Quand, en plus, la bibliothèque dont il est question sort de l'ordinaire, la lectrice qui est en moi ne peut s'empêcher de le lire.

    Et je n'ai pas été déçue car le lieu est exceptionnel à plus d'un titre. Evidemment, l'idée seule de conserver des manuscrits qui ont été refusés par les éditeurs est déjà originale en soi mais il ne faut pas perdre de vue que l'étude de ces documents est l'objectif premier de la Bibliothèque des refusés. Ainsi, le personnel utilise des techniques très élaborées pour étudier le caractère gaucher ou droitier des auteurs refusés ou leur régime alimentaire, au cas où ces particularités expliqueraient les refus successifs. L'admission de manuscrits est également régie par des critères stricts, comme la présentation de lettres de refus dénigrantes, attestant d'un réel rejet du monde de l'édition. La bibliothèque, perdue dans la campagne anglaise, a aussi la particularité de cultiver son isolement, ce qui donne lieu à des scènes mémorables qui font fuir les quelques visiteurs qui osent s'aventurer au-delà du mur d'enceinte.

    Au paradis des manuscrits refusés est un roman complètement décalé, un véritable ovni littéraire au regard des romans qui sortent habituellement. On sent qu'Irving Finkel s'est amusé en écrivant ce récit loufoque et humoristique, n'hésitant pas à pousser son originalité jusqu'au bout, de façon totalement assumée. Les personnages sont atypiques, leur dévouement à la bibliothèque force le respect et les rends sympathiques.

    Outre son coté décalé, ce roman est aussi une réflexion sur le monde de l'édition. Cette Bibliothèque des refusés défend ainsi l'idée qu'il existe une quantité de bonnes histoires qui ne rencontreront jamais les lecteurs, simplement parce que les maisons d'édition ne les ont pas considérées comme suffisamment bankables. Elles qui ont tendance à publier des romans calibrés, soutenus par une campagne marketing destinée à booster les ventes. Ce roman ne refait évidemment pas le monde littéraire mais il a le grand avantage de nous faire sourire et de ne pas se prendre au sérieux.

    C'est peu dire que je ne m'attendais pas à ce type de roman de la part d'un philologue spécialiste de l'écriture cunéiforme, à priori plus habitué aux écrits scientifiques, mais le roman fut à la hauteur de ma surprise, excellent.

    Remerciement aux Editions JC Lattès pour cette lecture.

    Au paradis des manuscrits refusés – Irving Finkel – Editions JC Lattès – 2016 

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    Le coeur entre les pages – Shelly King

    Le coeur entre les pages, Shelly King, Préludes, livre, roman, blog littéraire, littérature, carnet de lecture, librairie, lecture, amour, correspondance, romance, lecture communeLicenciée de l’entreprise dans laquelle elle travaillait, Maggie se réfugie dans sa librairie préférée, le Dragonfly Used Books, et dévore des romans d’amour. Lorsque son meilleur ami lui propose de participer à un club de lecture, elle décide naturellement de se procurer l’Amant de lady Chatterley au Dragonfly. Mais son ancienne édition révèle une correspondance amoureuse secrète, dont Maggie va tenter de retrouver les auteurs.

    Le monde de la littérature connait de nombreuses modes mais il en est une qui ne faiblit pas : les romans sur la thématique des livres, des librairies et autres bibliothèques. C’est ce qui m’a fait ouvrir ce livre. Et il faut bien dire que la librairie qui est au cœur de ce roman, le Dragonfly, donne envie de s’y perdre malgré le désordre ambiant et d’y découvrir une perle.

    Je n’ai pas vraiment accroché au personnage de Maggie, que j'ai trouvée hors de la réalité. Alors qu'elle se lance à la recherche des auteurs des messages, elle établit un parallèle entre sa vie et la correspondance d'Henry et Catherine. Rêvant d'un prince charmant qui prononcerait les mots d'amour d'Henry, elle perd pied avec la réalité. Ce sont ses amis et la librairie qui vont lui permettre de reprendre sa vie en main en se fixant des objectifs concrets.

    Pour ce premier roman de Shelly King, j'ai trouvé que l'histoire mettait un peu trop de temps à démarrer. Sans être d'une grande originalité, ce roman qui mêle amour, passion pour les livres et univers geek reste agréable à lire mais ne fera pas partie de mes coups de coeur. Les romances m'intéressent peu en général et Le coeur entre les pages n'a pas fait exception.

    Lecture commune avec Miss Fox and Mr Bird.

    Le coeur entre les pages Shelly KingEditions Préludes – 2015

     

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    Parmi les dix milliers de choses – Julia Pierpont

    Parmi les dix milliers de choses, Julia Pierpont, Editions Stock, livre, roman, blog littéraire, littérature, carnet de lecture, Etats-Unis, extrait, premier chapitre, famille, adultère, artiste, la cosmopoliteJack, charmeur impénitent, est un artiste reconnu ; Deb a renoncé quant à elle à une carrière de danseuse de ballet pour élever leurs deux enfants. Un appartement à Manhattan, une famille presque heureuse tant Deb s’applique à fermer les yeux sur les infidélités de son mari. Jusqu’au jour où un paquet anonyme ébranle le foyer : une simple boîte en carton, remplie d’emails chroniquant sans pudeur la vie secrète de Jack. Le paquet, adressé à Deb, tombe malencontreusement entre les mains des enfants. Rien ne sera plus comme avant…

    S’il débute par une histoire couramment rencontrée dans la littérature (la découverte d’une infidélité dans un couple), ce roman aborde la situation sous l’angle psychologique.

    Pour les enfants, c’est la confrontation brutale avec la réalité du monde des adultes où règne le mensonge et les conséquences se manifesteront de façon indirecte par de la violence ou des écrits interpellants. Alors qu’ils rejettent entièrement leur père, leur mère Déborah va plutôt tenter de minimiser la situation, ne sachant comment réagir ni comment extérioriser toute la colère qu’elle garde en elle depuis si longtemps.

    Ce roman est l’histoire d’un couple qui paraissait heureux mais qui s’est bâti sur des non-dits et dont la surface lisse se craquelle brusquement à la découverte de l’adultère du père par les enfants. Impuissant, le lecteur assiste à la déliquescence de ce couple et à l’écroulement de la vie de chacun de ses membres.

    Alors que le pitch m’avait donné envie de découvrir le premier roman de Julia Pierpont, la magie n’a malheureusement pas opéré. J’ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce livre qui commence par une première partie très lente pour ensuite alterner avec des passages ultra rapides où l’on traverse plusieurs années en quelques pages. Le fait que le narrateur changeait à chaque chapitre, donnant la parole à chaque membre de la famille, a nécessité un travail d’adaptation constant qui a plus d’une fois cassé mon rythme de lecture.

    Je vous invite néanmoins à vous faire votre propre opinion en lisant un extrait.

    Remerciement aux Editions Stock pour cette lecture.

    Parmi les dix milliers de choses – Julia Pierpont – Editions Stock – 2016

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    Dans le livre des rêves – Mikkel Birkegaard

    Dans le livre des rêves, Mikkel Birkegaard, Fleuve Editions, livre, roman, blog littéraire, littérature, carnet de lecture, 10-18, littérature danoise, Copenhague, bibliothèque, la librairie des ombresCopenhague, 1846. Tandis qu'une légende circule sur l'existence d'une mystérieuse bibliothèque où seraient conservés tous les ouvrages interdits par le Ministère du Livre, le jeune Arthur s'interroge sur le lien qui peut exister entre cette bibliothèque secrète et la mort inexpliquée de son père. Avec l'aide de Mortimer Welles, restaurateur de livres anciens et prêteur sur gages, il va tenter d'élucider ce mystère, et bien d'autres.

    En tant que lectrice passionnée, j'aime toujours les histoires où il est question de bibliothèques ou de librairies. J'avais d'ailleurs beaucoup aimé Prière d'achever de John Connolly ainsi que la série Le Cimetière des livres oubliés de Carlos Ruiz Zafon, auquel Dans le livre des rêves m'a fait penser par son aspect fantastique.

    Alors que La librairie des ombres m'avait laissé sur ma faim, je dois bien avouer que ce deuxième roman de Mikkel Birkegaard est bien meilleur. L'écriture est fluide et m'a rapidement emportée dans son sillage. Construit comme un roman policier, Dans le livre des rêves nous fait découvrir le Copenhague du 19e siècle tout en nous faisant vivre les aventures d'Arthur et Mortimer au fil de leurs découvertes et des énigmes à résoudre pour atteindre la Bibliothèque. Par l'originalité du récit, l'auteur a aussi réussi à me surprendre, ce que j'apprécie particulièrement.

    Mon seul regret est que le lecteur n'ait absolument aucune clé en sa possession pour élaborer des hypothèses et tenter de découvrir par lui-même le mystère de la bibliothèque, ce qui nous cantonne à un rôle passif.

    Une lecture qui nous immerge dans un monde où le livre est un objet précieux, vecteur d'émancipation et de démocratie, qu'il faut protéger. J'ai partagé cette lecture avec d'autres passionnées: Riz-Deux-ZzzFigaro, BooksandTeas, Karaokepda...

    Dans le livre des rêves – Mikkel Birkegaard – Fleuve Editions – 2013

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