Essais - Page 3

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    Acompte d'auteur – Marc Spaccesi

    Acompte d’auteur, Marc Spaccesi, Editions Bookstory, critique, carnet de lecture, livre, littérature, blog littéraire, écriture, écrivain, roman, édition, maison, éditeur, compte, métierMarc Spaccesi n’en est pas à son premier essai d’écriture. Auteur de plusieurs romans et d’autant de nouvelles, il choisit de s’exprimer sur ce désir étrange d’être publié, en revenant sur son parcours d’écrivain, jalonné de nombreuses difficultés.

    Tout commence par une rencontre sur un parking, deux voitures, coffres ouverts, dont on transfère le contenu. Comme une transaction illicite, un éditeur livre les 500 exemplaires du roman Marseille-Cassis à son auteur. Parce que son texte a été refusé par les maisons d’édition traditionnelles, il s’est tourné vers l’édition à compte d’auteur.

    Qui n’a jamais rêvé de vivre de sa plume ? C’était aussi le souhait de Marc Spaccesi. Et les choses s’annonçaient plutôt bien pour lui puisque plusieurs de ses nouvelles ont été récompensées et publiées sous forme de recueils. Mais lorsqu’il a voulu sortir un roman, les choses se sont corsées.

    Les maisons d’édition, saturées de manuscrits, opèrent une sélection impitoyable. Évidemment, on savait la publication à compte d’éditeur difficile d’accès, mais ce livre nous en dévoile toute l’ampleur. Pour l’auteur en herbe, qui a rarement le recul nécessaire sur ses propres écrits, l’envoi de son manuscrit à une maison d’édition est souvent la première confrontation avec le regard d’un professionnel. Et quelle déception quand celui-ci rejette un texte alors que tout l’entourage de l’auteur l’avait trouvé génial !

    Quelle solution reste-t-il à l’auteur qui croit en son texte si les éditeurs traditionnels n’en veulent pas ? L’édition à compte d’auteur pardi ! Et, malgré les multiples avertissements, ils sont de plus en plus nombreux à se laisser tenter. Marc Spaccesi n’a pas fait exception, mais il nous livre ici les dessous de ces entreprises sans aucun scrupule, ces marchands de sommeil qui profitent de la détresse des auteurs en mal de publication. Car, une fois le livre imprimé, encore faut-il le faire connaitre… Comment s’y prendre pour faire la promotion d’un livre ? A qui s’adresser ? Le marché du livre est une jungle et il y a peu (voire pas du tout) de place pour l’édition à compte d’auteur sur les étagères des librairies.

    Et puis, il y a la mauvaise réputation que traînent ces maisons d’édition, accusées de publier n’importe quoi. Pour Marc Spaccesi, malgré le succès qui arrive doucement et les signes encourageants qui se multiplient, il doit aussi faire face au regard condescendant des autres auteurs.

    Le titre, à lui seul, résume parfaitement ce texte. On y retrouve évidemment la référence à la publication à compte d’auteur mais aussi l’idée que l’écrivain place une part importante de lui-même dans son texte, en terme d’espoir, de travail mais aussi financièrement. Sans parler de l’impact que cette publication engendre sur la vie familiale, sociale et professionnelle, tendant à isoler l’écrivain.

    Un texte poignant qui inspire le respect pour ces auteurs qui ne manquent pas de motivation, d’idées et de talent.

    Remerciement à Bookstory, qui aide les auteurs à promouvoir leurs productions sur la toile avant de les proposer aux grandes maisons d’édition.

    Acompte d’auteur – Marc Spaccesi – Editions Bookstory – 2014

    Du même auteur:

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    Apologie du livre – Robert Darnton

    Cover Apologie du livre.jpgCommençons par une petite présentation de l’auteur : Robert Darnton est historien du livre et directeur de la bibliothèque universitaire de Harvard (Etats-Unis). À travers cet essai, il interroge la place du livre imprimé dans l’environnement numérique dans lequel nous évoluons aujourd’hui.

    Grand défenseur du livre papier et des bibliothèques, l’auteur nous immerge dans le passé pour mieux appréhender le présent et le futur. 

    L’exposé de Robert Darnton porte en grande partie sur le projet de numérisation des ouvrages imprimés, initié par le géant Google pour son application Google Book Search.

    D’une part, il minimise l’impact qu’aura Google Book Search en pointant ses défauts : impossibilité de numériser l’ensemble des livres existants et publiés chaque année, problème lié à la conservation des données sous format numérique, perte de qualité, absence de résistance des données au temps et à l’évolution des technologies, critères de recherche faussés, etc.

    D’autre part, il s’enflamme lorsqu’il parle du monopole que Google est en train de créer autour de lui en raison des accords qu’il a signé avec les éditeurs et auteurs américains (l’accès aux livres sous copyright sera soumis à la souscription d’une licence payante, l’absence de concurrent sérieux ayant la puissance technologique et financière suffisante pour contrer le géant…), tendant ainsi à dire que le monde entier n’aura bientôt plus le choix et se trouvera face au fait accompli.

    Il est vrai qu’imaginer le fait qu’une seule entité, en l’occurrence une entreprise commerciale, contrôlera à elle seule l’accès à l’information pose question et ouvre la porte à toutes les dérives possibles…

    Pour l’auteur, qui considère les bibliothèques comme des centres du savoir et des diffuseurs d’information au grand public, ces institutions pourraient tout à fait servir d’intermédiaires entre les modes de communication imprimés et numériques. Les bibliothèques l’ont d’ailleurs bien compris puisqu’elles sont de plus en plus nombreuses à proposer des livres numériques et audio à leurs lecteurs, manifestant ainsi leur volonté de pérenniser leurs actions dans la durée et de s’inscrire dans les nouvelles habitudes de lecture.

    Si l’essai de Robert Darnton se centre principalement sur les bibliothèques universitaires (son domaine de compétence), son discours peut tout à fait être extrapolé aux bibliothèques provinciales et communales que nous fréquentons plus régulièrement. Car elles aussi renferment une partie du savoir et ont pour objectif de le rendre accessible au plus grand nombre.

    Un essai intéressant car il nous confronte à notre quotidien de lecteur, en faisant référence aux pratiques passées, tout en ouvrant les possibilités que laisse présager le livre numérique. Très critique envers le projet de numérisation de Google, il nous confronte également à notre impuissance face à des décisions prises en hauts lieux (où les enjeux économiques ont plus de poids que les recommandations des spécialistes du livre). J’ai trouvé cette lecture intéressante sur bien des points même si je déplore l’aspect « mémoire de fin d’études » qui s’en dégage, le style étant très académique et lourd, avec un pan théorique légèrement soporifique.

    « […] je dis : consolidez les bibliothèques, approvisionnez-les en imprimés, renforcez leurs salles de lecture, mais ne les considérez pas comme de simples entrepôts ou des musées. »

     

    Apologie du livre – Robert Darnton – Editions Gallimard – 2012 

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    Dernier inventaire avant liquidation – Frédéric Beigbeder

    Cover Dernier inventaire avant liquidation.jpgEn 1999, la Fnac et Le Monde ont demandé à 6000 français de citer les 50 livres les plus marquants du XXe siècle. Dernier inventaire avant liquidation analyse ces grandes œuvres à la manière d’un top 50 musical, en partant du dernier pour en arriver au n°1, le préféré des français.

    Premier constat : pas de discrimination dans ce classement. On y retrouve aussi bien des romans français et étrangers que des essais, de la bande dessinée et même un conte.

    L’approche de Beigbeder est vraiment intéressante puisque chaque œuvre est analysée dans le détail. En trois pages, il propose un petit résumé de l’histoire, revient sur le courant littéraire dans lequel s’inscrit le roman, la vision que l’auteur a de l’écriture sans oublier le contexte de l’époque (guerres, révolutions…). À la lecture de cet inventaire, on se sent plus proche des auteurs dont on apprend beaucoup de choses (leur vie, leurs habitudes et leurs travers).

    Et, rendons à Frédéric ce qui lui appartient, sa grande culture littéraire et artistique (il fait de multiples références au cinéma et à la chanson) apporte un petit plus non négligeable à cet inventaire. Ajoutez une petite dose d’humour et des questions pertinentes auxquelles Beigbeder nous propose de réfléchir, et on se trouve face à un recueil très instructif.

    Par contre, j’ai trouvé déplacé le fait qu’il descende certains auteurs en flèche et qu’il fasse parfois preuve d’une vulgarité dont on se passerait bien. Et, tout critique littéraire qu’il est, Beigbeder ne cache pas sa frustration de ne pas apparaitre dans ce classement…

    En bref, un inventaire que j’ai pris plaisir à lire car j’y ai appris énormément de choses. Et si je n’ai pas lu la plupart des livres présentés, il m’a donné envie de lire ou de relire certains auteurs que j’avais un peu mis de coté.

    Logo Challenge ABC2013.jpgDernier inventaire avant liquidation – Frédéric Beigbeder – Editions Grasset & Fasquelle – 2001 

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