Essais - Page 2

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    En Amazonie – Jean-Baptiste Malet

    En Amazonie, Jean-Baptiste Malet, Librairie Arthème Fayard, livre, roman, blog littéraire, littérature, carnet de lecture, Amazon, infiltré, travail, essai, #romansété, entrepot, multinationale, enquêteSi le titre principal de ce livre pourrait porter à confusion, je remets les pendules à l'heure de suite. Non, je ne vous emmène pas découvrir la jungle tropicale, ses animaux exotiques et ses plages de sable fin. Dans ce livre, Jean-Baptiste Malet se propose de nous faire visiter les coulisses du «pays» Amazon, du nom de cette célèbre multinationale numéro 1 des ventes de produits culturels dans le monde.

    Face au succès de cette plateforme de vente en ligne, nombreux sont les personnes qui se sont interrogées sur les coulisses de cette machine de guerre, mais la communication cadenassée du géant ainsi que l'impossibilité d'obtenir des informations sur les conditions de travail en ont dissuadé plus d'un. Jean-Baptiste Malet, journaliste de profession, a choisi une approche moins réglementaire pour obtenir ses données. Il a suivi le parcours habituel de recrutement et s'est fait engager dans un entrepot logistique implanté en France. Son travail  ? Arpenter inlassablement les immenses rayonnages à la recherche des articles commandés par les clients. En Amazonie est donc présenté comme le compte rendu de ses observations, lors de cette expérience de travail.

    Dès le départ, j'ai eu l'impression d'être face à un témoignage à charge, avec des mises en scène exagérées et un manque d'objectivité pour ce qui est présenté comme une enquête journalistique. Certes, Jean-Baptiste Malet étaye ses propos par toute une série de chiffres mais, à aucun moment il ne compare le fonctionnement d'Amazon à celui d'autres multinationales implantées sur le territoire français. Pourtant, de ce qu'en présente l'auteur, les conditions de travail ne sont pas foncièrement différentes de ce qui avait été mis en place dès les années 1880 dans le cadre du taylorisme et beaucoup d'entreprises modernes travaillent encore sur ce modèle. Dans ce contexte, pourquoi cibler Amazon en particulier?

    L'aspect intéressant de ce livre est qu'il met en évidence les conditions de travail désastreuses d'une partie de la population, qui n'a d'autre choix que d'accepter ce type d'emploi. Et qui doit supporter un rythme de travail infernal, des objectifs de production en augmentation constante, une forte concurrence entre travailleurs, des contrats précaires, avec peu de perspectives d'avenir. L'auteur pointe également du doigt la responsabilité des hommes politiques français qui ont soutenu le développement de ce type d'entreprises, bradant par la même occasion la valeur du travail.

    Lorsqu'il commande des produits culturels en ligne, le client participe-t-il activement à cet appauvrissement des conditions de travail? Doit-il se sentir responsable? C'est en tout cas ce que semble penser l'auteur.

    En Amazonie. Infiltré dans le «  meilleur des mondes  » – Jean-Baptiste Malet – Librairie Arthème Fayard – 2013

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    L’âge d'or de la bande dessinée belge – Thierry Bellefroid

    Cover L'age d'or de la bande dessinée belge.jpgLe Musée des Beaux-Arts de Liège possède une collection de planches originales de bande dessinée recelant quelques trésors exceptionnels. José-Louis Bocquet replace cette collection dans l’histoire de la bande dessinée belge, Didier Pasamonik se penche sur la marchandisation des originaux et Thierry Bellefroid s’interroge sur le devenir de la planche lorsqu’on l’expose. Enfin, une vingtaine d’auteurs belges contemporains s’approprient la collection, jetant un regard personnel sur l’un de ces trésors.

    Grâce à cet ouvrage, Thierry Bellefroid partage sa passion pour la bande dessinée à travers la découverte des planches originales conservées au Musée des Beaux-Arts de la Ville de Liège (Belgique), dont le Fonds a été créé dans les années 1970.

    On y retrouve des dessinateurs bien connus du 9e art, de ceux qui ont bercés notre enfance avec leurs personnages emblématiques (Spirou et Fantasio, Tintin, Buck Danny, Lycky Luke, Boule et Bill, Les Schtroumpfs, etc.).

    J’y ai découvert que la paternité de la bande dessinée européenne était attribuée à Hergé, qui est l'un des premiers auteurs francophones à reprendre le style américain de la bande dessinée à bulles. Ainsi, son personnage de Tintin apparaît pour la première fois dans un supplément pour enfants en 1929, suivi l’année suivante par la publication de l’album Tintin chez les Soviets, en noir et blanc. Contrairement à ce qui se fait actuellement, les planches étaient tout d’abord publiées dans des magazines spécialisés pour ensuite être éditées sous la forme d’albums. Ce n’est que dans les années 1970 que la bande dessinée a été envisagée comme un moyen d’expression à destination des adultes.

    Pour moi qui n’ai pas une culture BD très développée, ce livre a été l’occasion d’en apprendre plus sur la bande dessinée belge, ses acteurs importants, les techniques utilisées par les dessinateurs et l’évolution de cet art. Intéressée par la culture au sens large, j’ai aussi apprécié toute la réflexion sur la bande dessinée comme objet d’art et, donc, de spéculation financière.

    Un dialogue entre passé et présent, parsemé de nombreuses planches colorées ou noir et blanc, qui permet de (re)découvrir la bande dessinée belge sous un angle historique intéressant. Un ouvrage qui m’a donné envie de découvrir la collection du Musée des Beaux-Arts de Liège. Si la bande dessinée vous intéresse et que vous êtes de passage dans la capitale belge, ne manquez pas le Parcours BD, une autre façon de visiter Bruxelles !

    Remerciement aux Impressions nouvelles et à Babelio pour cette lecture.

    L’âge d’or de la bande dessinée belge – Sous la direction de Thierry Bellefroid – Les Impressions nouvelles – 2015

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    Sept génies – Vincent Laisney

    Cover Sept génies.jpgSi leurs noms sont familiers du grand public, les grands créateurs littéraires de l'Europe sont en réalité très mal connus. Intimidés ou rebutés par la difficulté, la plupart des lecteurs se satisfont d'adaptations fades et tronquées. Faute de lire l'Iliade, on regarde Troie. Cet ouvrage se donne pour but de réconcilier tous les lecteurs avec les grands classiques de la littérature européenne en levant les barrières qui lui en barrent l'accès. Chaque chapitre est consacré à un « génie » : Homère, Dante, Cervantès, Shakespeare, Goethe, Hugo et Joyce. Leur portrait est suivi d'une présentation de leurs œuvres majeures.

    Sur base d’une recherche documentaire très précise, Vincent Laisney nous plonge dans la vie de ces auteurs. Il explique dans quel contexte leurs récits ont été rédigés et analyse ces textes classiques tant au niveau du style que du contenu, ce qui nous permet de mieux les appréhender. En revenant sur le contexte historique et le processus de création littéraire, il nous livre les explications nécessaires à une meilleure compréhension de ces grandes œuvres et des particularités qui pourraient interpeller le lecteur contemporain.

    Alors que le sujet n’est, à priori, pas évident à traiter, Vincent Laisney arrive, grâce à une écriture fluide, à nous transmettre les informations essentielles. Tout est fait pour faciliter la compréhension du lecteur, jusqu’aux photos et extraits de textes qui agrémentent le récit et illustrent les propos.

    Cependant, même si le ton se veut pédagogue, je ne suis pas sure que les personnes qui préfèrent regarder le film Troie plutôt que de lire Homère se précipiteront sur les textes de ce dernier après avoir lu Sept génies, s’ils le lisent… De mon côté, j’ai lu cet essai en pointillé, alternant ma lecture avec des œuvres de fiction, ce qui me donnait ainsi envie de revenir régulièrement vers Sept génies pour l’apprécier à sa juste valeur.

    Un livre très bien construit, qui m’a appris beaucoup de choses que je ne soupçonnais absolument pas sur ces auteurs et textes que j’ai moi-même abandonné prématurément. Sept génies donne envie de redécouvrir ces auteurs classiques tant Vincent Laisney laisse transparaître son propre plaisir. Une analyse intéressante et détaillée réalisée dans un style fluide, qui met les grands textes classiques à la portée du néophyte.

    Lecture réalisée en partenariat avec Libfly et Les impressions nouvelles dans le cadre de l’opération La voie des indés.

    Sept génies, voyage au centre de la littérature – Vincent Laisney – Editions Les impressions nouvelles – 2014

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    Lire, écrire ou comment je suis devenu collectionneur de bibliothèques – Jacques Roubaud

    Cover Lire, ecrire, bibliothèque.jpgCe tout petit livre renferme un témoignage précieux, celui d’un lecteur qui partage son usage, son expérience et sa passion des bibliothèques, en tant que lieux de la transmission du savoir.

    Mathématicien de formation, Jacques Roubaud n’en est pas moins un amoureux des belles lettres puisqu’il est aussi poète et romancier. Membre de l’Oulipo depuis 1966, il s’est investi dans ce groupe international qui a pour objectif d’encourager la création à travers des contraintes littéraires (il est lui-même l’inventeur de la contrainte du baobab). Intéressé par des sujets très variés (poésie, religion…), ses recherches professionnelles et personnelles l’ont amené à se rendre dans de nombreuses bibliothèques à travers le monde, raison pour laquelle il se qualifie de collectionneur de bibliothèques.

    Maniant le verbe et l’humour avec brio, il nous livre son expérience de lecteur, tournant en dérision les classements compliqués de certaines bibliothèques et les entrées ultra sécurisées dignes des plus grandes banques. J’ai particulièrement apprécié ces petites anecdotes qui rendent la lecture vivante et font écho à un vécu personnel.

    Pour les générations actuelles, connectées en permanence et pour qui Google est le premier réflexe de recherche, le comportement de l’auteur semble relever de pratiques moyenâgeuses mais il est bon de se rappeler que le temps où il fallait se déplacer pour obtenir un livre rare ou ancien n’est pas si éloigné, alors qu’il suffit d’un clic pour l’obtenir actuellement.

    Jacques Roubaud nous livre donc ici son expérience de lecteur et place les bibliothèques que nous connaissons dans un continuum historique, pour finir par s’interroger sur l’avenir du livre et des bibliothèques face aux potentialités des nouvelles technologies.

    Pour celles et ceux qui le souhaitent, cet essai voyagera quelques temps. Offre réservée aux personnes que je connais un minimum. Toutes les infos ici.

    Lire, écrire ou comment je suis devenu collectionneur de bibliothèques – Jacques Roubaud – Presses de l’ENSSIB – 2012

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    Journal d'un écrivain en pyjama – Dany Laferrière

    Cover Journal d'un ecrivain en pyjama.jpgFort de sa propre expérience d’écriture, Dany Laferrière s’adresse aux écrivains en devenir, espérant leur donner quelques conseils et leur éviter certaines erreurs. En fait, ce texte est surtout une base de réflexion pour les personnes qui souhaiteraient se lancer dans l’écriture. Sans donner de recette miracle, il aborde la question de la temporalité dans le roman, du juste dosage des digressions, du public auquel on s’adresse, de l’angoisse de la page blanche… Jamais condescendant, l’auteur explique ses propos en les illustrant d’exemples, d’images et autres métaphores tirés de son propre vécu.

    Les références aux grands auteurs classiques et contemporains sont constantes car l’auteur conseille de prendre exemple sur leur travail pour comprendre la construction du roman ou les procédés utilisés pour transmettre des émotions, ce que Dany Lafferière appelle le « lire en écrivain ». A ceux qui n’ont pas de velléités d’écriture, ce journal fournira une foule d’anecdotes sur ces romanciers mais aussi quantité de titres commentés par l’auteur, ce qui ne manquera pas d’alimenter leurs listes de lecture.

    Un texte qui peut se lire d’un seul trait ou se picorer au gré des intérêts et qui nous interroge sur le travail d’écriture, qui n’en reste pas moins un travail, effectué en pyjama ou non. J’ai apprécié les prises de position de Dany Laferrière, parfois virulentes, notamment lorsqu’il s’insurge contre Pennac qui conseille au lecteur d’abandonner un livre qui l’ennuie (Comme un roman). Malheureusement, l’auteur traite aussi de sujets très éloignés de l’écriture, ce qui provoque une sensation de dispersion et empêche d’avoir une vision d’ensemble de cet essai.

    Journal d’un écrivain en pyjama – Dany Laferrière – Editions Grasset & Fasquelle – 2013

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