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    Lennon – David Foenkinos

    Cover Lennon.jpgJohn Lennon a décidé d'interrompre sa carrière en 1975, à l'âge de 35 ans. Pendant cinq années, il s'est retiré de la vie médiatique et a profité de sa famille. C'est pendant cette période qu'il a pris le temps de réfléchir à la folie de son parcours. Dans ce roman, Lennon se raconte à son psychanalyste au cours de séances qui se sont déroulées entre le 21 septembre 1975 et le 7 décembre 1980, veille de son assassinat par un déséquilibré. 

    Sous la forme d’un monologue, David Foenkinos nous fait découvrir « son » John Lennon. Entre références biographiques réelles et interprétation personnelle de l’auteur, le novice n’y verra pas toujours clair mais qu’importe puisque le plaisir de lecture est présent.

    La star revient sur son enfance difficile et, en particulier, sa relation avec sa mère immature et peu aimante, qui est indéniablement à l’origine de son comportement violent et autodestructeur (drogue, alcool, sexe, etc.).

    Au fil du récit, nous assistons à la création du groupe mythique des Beatles : les rencontres avec Paul McCartneyGeorge Harrison et Ringo Starr, les premiers concerts jusqu’à l’arrivée de leur manager et le début d’une aventure extraordinaire. Mais le quotidien du groupe n’est pas tout rose. Entre disputes, concurrence des autres groupes rock, hystérie des fans et mode de vie peu équilibré, les Beatles se délitent peu à peu.

    Puis, la rencontre avec Yoko Ono, qui va être à l’origine d’un grand changement de vie et va permettre à John Lennon d’enfin atteindre son rêve de sérénité. En 1975, il décide de mettre fin à sa carrière et de se consacrer à son épouse et à son fils Sean. Jusqu’à son assassinat le 8 décembre 1980.

    L’écriture de David Foenkinos est fluide, agréable et claire, ce qui permet d’avancer rapidement dans la lecture. L’écrivain s’efface presque devant le récit, plongeant réellement le lecteur dans le vécu et le quotidien de John Lennon. Une belle expérience de lecture.

    « J’ai une vie exceptionnelle, d’accord, mais c’est une vie souvent en marge des plaisirs simples ».

     

    Lennon – David Foenkinos – Editions Plon – 2010

    Du même auteur : 

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    Le poison d'amour – Eric-Emmanuel Schmitt

    Le poison d’amour, Eric-Emmanuel Schmitt, Editions Albin Michel, critique, carnet de lecture, livre, littérature, blog littéraire, amour, journal, mail, amitié, poison, mort, Shakespeare, Roméo et Juliette, élixir, adolescence, sexualité, théâtreA travers leurs journaux intimes, nous entrons dans la vie de quatre adolescentes qui voient leurs corps changer, qui découvrent la sexualité et la complexité des sentiments. Sérieuses et passionnées comme on peut l’être à cet âge, elles partagent leurs réflexions sur l’amour et l’amitié mais aussi sur le couple, dans un monde où les repères familiaux ont éclatés.

    Eric-Emmanuel Schmitt a cette capacité incroyable de se fondre dans ses personnages, aussi éloignés de lui fussent-ils. Je l’avais déjà remarqué dans Oscar et la dame rose (où il s’exprime comme un enfant de dix ans) et il le confirme dans Le poison d’amour. Le langage est frais et direct, propre aux adolescents d’aujourd’hui, mais sans vulgarité ni mièvrerie. J’ai aimé le ton et l’intelligence de ces jeunes filles qui s’interrogent sur le sentiment amoureux. L’amour prive-t-il de liberté ? Est-ce un poison qui peut détruire ?

    Le poison d’amour constitue le second volet d'un diptyque sur la passion, dont le premier tome est L’élixir d’amour. Dans les deux cas, cette exploration du sentiment amoureux s’effectue par l’intermédiaire de l’écrit (le courrier électronique dans le premier tome, les journaux intimes dans ce cas-ci) ; on retrouve également une couverture identique même si la couleur et l’orientation graphique diffère un peu.

    J’ai trouvé Le poison d’amour plus abordable, moins philosophique et j’ai pris beaucoup plus de plaisir à le lire, d’autant que les personnages sont réellement attachants. Le parallèle entre la vie des quatre adolescentes et la célèbre pièce Roméo et Juliette de Shakespeare est vraiment intéressant et, si on ne voit pas le lien au premier abord, il prend tout son sens à la fin du livre. Le final est d’ailleurs étonnant, presque choquant, tellement on s’y attend peu mais c’est là aussi tout le talent de l’auteur que de nous faire passer de la légèreté au drame en quelques pages.

    Un roman vraiment plaisant à lire, que j’ai préféré au premier tome, où Eric-Emmanuel Schmitt renoue avec le théâtre à travers de nombreuses références et citations issues des grandes œuvres classiques.

    Je remercie Gilles Paris pour cette lecture. 

    Le poison d’amour – Eric-Emmanuel Schmitt – Editions Albin Michel – 2014

    Du même auteur :

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    L’élixir d'amour – Eric-Emmanuel Schmitt

    Cover L'élixir d'amour.jpg

    Il y a peu, Adam et Louise étaient encore amants mais l’infidélité d’Adam a conduit la jeune femme à la séparation. Tandis que lui vit toujours à Paris et qu’elle s’est expatriée à Montréal, c’est par courriers électroniques interposés qu’ils tentent de transformer leur passion en amitié, dénuée de tout désir charnel. A travers ces mails, ils s’interrogent sur l’origine de la passion et l’existence éventuelle d’un philtre qui pourrait déclencher l’amour.

    Voilà un roman qui me laisse perplexe. Les critiques parues dans les journaux et magazines divers sont toutes plus élogieuses les unes que les autres, présentant L’élixir d’amour comme LE roman de l’année.

    Eh bien, moi, j’ai été déçue.

    Le seul intérêt que je trouve à ce roman épistolaire se trouve dans le renvoi de balle permanent entre Adam et Louise, qui donne un certain dynamisme au récit. Mais, malheureusement, la forme ne fait pas tout et l’absence de réelle histoire m’a ennuyé au plus haut point.

    Je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages, que l’on prend finalement peu le temps de connaître et dont le portrait est dressé à grands traits peu flatteurs. Adam et Louise ne sont d’ailleurs que des prétextes tant le texte est centré sur la réflexion quasi philosophique sur l’amour et non sur leurs histoires personnelles.

    Eric-Emmanuel Schmitt explore le mystère qui poussent certaines personnes à être attirées l’une vers l’autre et à développer des sentiments amoureux. A travers les réflexions des personnages principaux, l’auteur nous pousse à nous interroger sur l’amour, la jalousie et le désir mais le final, qui dévoile un plan machiavélique, détruit en quelques mots toute la poésie que revêt le sentiment amoureux.

    Plus proche de la nouvelle que du roman, L’élixir d’amour aura été vite lu mais je n’en garderai aucun souvenir agréable.

    Lecture réalisée avec Florence, qui est aussi mitigée. Découvrez son avis ici.

    L’élixir d’amour – Eric-Emmanuel Schmitt – Editions Albin Michel – 2014

    Du même auteur :

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    Une heure dans un supermarché – Christine Jeanney

    Une heure dans un supermarché, Christine Jeanney, Editions Quadrature, critique, carnet de lecture, livre, littérature, blog littéraire, nouvelle, supermarché, quotidien, solitude, rayonLundi matin, 9h30. Un supermarché comme tant d’autres, avec ses clients pressés et ceux qui le sont moins. Christine Jeanney, elle, a tout son temps. Elle observe les clients et c’est toute leur vie qu’elle imagine à partir d’un détail. Quinze nouvelles pour autant de rayons explorés sur un mode original.

    Du rayon magazines à celui des produits ménagers en passant par les chaussettes, Christine Jeanney a arpenté tout un magasin, à la rencontre de ses clients. Cette femme avec son grand sac, cet homme qui hésite devant les paquets de café, quel est leur quotidien ? L’auteure y répond par l’imagination, créant une histoire autour de chacun d’eux, leur inventant un nom, une personnalité et une vie.

    Les histoires sont souvent tristes car le passé s’invite douloureusement dans le présent, elles sont faites de solitude mais aussi d’amour. Des portraits d’hommes et de femmes qui m’ont étonné par leur justesse. L’auteure n’est jamais dans le jugement ou le voyeurisme et c’est au contraire, une grande humanité qui transparaît dans son discours. J’ai été particulièrement touchée par l’histoire de ce vieil homme seul, au rayon animalerie. Sculpteur à la retraite, il marche précautionneusement, attentif à ce corps qui ne répond plus toujours comme il le voudrait.

    Finalement, le supermarché et ses rayonnages ne sont qu’un prétexte, une porte d’entrée pour explorer des quotidiens ordinaires, la vie des protagonistes se déroulant principalement en dehors de ce centre commercial. L’idée est vraiment bonne et fournit un fil rouge original à ce recueil de nouvelles. J’ai aussi apprécié le fait que l’auteure fasse un lien entre les différents personnages de ses récits, créant par là aussi un continuum intéressant.

    Une belle lecture, un moment de détente qui nous pousse à poser un autre regard sur les personnes qui nous entourent.

    quadrature.jpgUne heure dans un supermarché – Christine Jeanney – Editions Quadrature – 2010

    Une nouvelle lecture pour le challenge Quadrature de Mina.

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    Ohan – Chiyo Uno

    Cover Ohan.jpegOhan est la confession d’un bon à rien, d’un homme qui a le diable au corps, prisonnier de ses attachements, hors d’état de choisir entre son amour pour sa femme et sa passion pour une geisha. Un homme au cœur indéchiffrable, qui s’abandonne à ses désirs comme si sa vie n’avait pas plus de consistance qu’un rêve. 

    Sur le thème du triangle amoureux, Chiyo Uno nous conte l’histoire d’un homme dont le cœur balance sans cesse entre son épouse légitime et sa maitresse geisha. Mais le talent de l’auteure japonaise tient davantage dans l’écriture de ce texte empli de gravité et de poésie que dans l’histoire en elle-même. En effet, la simplicité du récit met en exergue la complexité des tourments qui habitent le narrateur. En quelques mots et comme seuls les auteurs japonais savent le faire, Chiyo Uno nous plonge dans le cœur de Kanô que l’on a tantôt envie de plaindre tantôt envie de secouer tant il peut nous irriter par son manque de courage et son indécision.

    Ohan est le récit à la première personne de Kanô, qui nous raconte les évènements qui ont bouleversé sa vie, n’hésitant pas à interpeler directement le lecteur « Oui, vous pouvez vous moquer de moi, ne vous gênez pas ! » et à le prendre à témoin de son embarras. Se justifiant sans cesse de sa lâcheté et de son manque de courage, cet homme se laisse porter par les décisions d’autres personnes et nous prouve, si cela était encore nécessaire, son égoïsme à travers ce monologue.

    Peu d’informations nous permettent de situer le récit dans le temps et dans l’espace bien que l’on y fasse référence au quartier des geishas, Gion, déjà découvert dans le roman d’Arthur Golden. L’histoire se déroule sur une année et c’est au rythme des fêtes traditionnelles japonaises que les saisons se déploient devant nos yeux.

     

    Je souligne également le travail des traducteurs qui ont réussi le pari de nous transmettre toutes les subtilités du texte original et qui nous permettent de lire ce très beau texte, considéré comme le chef d’œuvre de Chiyo Uno et initialement paru en 1957, après dix longues années d’écriture. Découvrez en les premières pages.

    Ohan – Chiyo Uno – Editions Philippe Picquier – 2014