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    Et te voici permise à tout homme – Eliette Abécassis

    Cover Et te voici permise à tout homme.jpgAlors qu’elle est civilement divorcée de Simon depuis plusieurs années, Anna se voit malgré tout encore liée à lui par le mariage religieux. Selon le judaïsme, Anna est "agouna", c’est-à-dire enchainée à son mari tant qu’il ne lui accorde pas le guet, qui lui permettrait de s’affranchir définitivement. En conséquence, Anna ne peut espérer se remarier et avoir un enfant reconnu par la communauté.

    Et te voici permise à tout homme est le combat d’une femme pour la reconquête de sa liberté. À travers son regard, nous découvrons des aspects peu connus du judaïsme. J’ai été étonnée de constater à quel point la Torah préconise le respect mutuel dans la vie conjugale tout en plaçant dans un même temps la femme sous l’emprise totale de son mari.

    En tant que femme, je me suis sentie révoltée par la situation d’Anna dont le seul tort a été d’épouser un homme qui n’avait aucun sentiment pour elle. Le fait que toute la narration repose sur ses émotions ajoute à ce sentiment identification car, en tant que lecteur, on partage sa colère, son impuissance et son incompréhension face au chantage de son ex-mari et au manque de soutien des autorités religieuses.

    Un livre fort, émouvant, poignant mais triste, qui se lit d’une traite. Hymne à la vie et à l’amour, il pose aussi question et nous pousse à nous interroger sur la domination qu’exerce le monde religieux sur les individus. Car Anna, pratiquante depuis son enfance, n’envisage pas un seul instant de tourner le dos au judaïsme pour vivre pleinement son amour.

    Malheureusement, ce n’est pas un roman qui se termine bien, l’auteur laissant une porte grande ouverte, permettant à Anna de recommencer une nouvelle vie sans nous en dire davantage. Pour moi, cette chute a été une surprise et on reconnait bien là le talent d’un grand auteur, qui arrive à nous étonner jusqu’à la dernière ligne.

    Très bien écrit, Et te voici permise à tout homme est le premier roman que je lis d’Eliette Abecassis. Véritable coup de cœur malgré le sujet difficile, il sera sans aucun doute suivi d’autres romans de l’auteure.

     

    Et te voici permise à tout homme – Eliette Abecassis – Editions Albin Michel – 2011

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    Insondables mystères – Sempé

    Cover Insondables mystères.jpgTant que l’on n’a pas ouvert ce petit livre, son contenu reste un mystère. Du titre à la couverture, en passant par l’absence de résumé, rien n’indique au lecteur ce qui l’attend. Pourtant, j’ai tout de suite été attirée par ce livre. Était-ce la bibliothèque bien fournie ou la présence du chat qui semble observer la foule par la fenêtre ? Cette immersion dans les mystères de Sempé a en tout cas été une bouffée d’air frais dans mes lectures estivales.

    Dans ce recueil, Jean-Jacques Sempé adopte la posture du chat de la couverture et observe le monde qui l’entoure, réalisant pour nous des instantanés de la vie de personnes ordinaires. En une succession de petits dessins, parfois agrémentés d’un texte, il nous immerge dans le monde de ses personnages avec humour et pertinence.

    Témoignant de la place privilégiée des livres dans la vie de l’auteur et en référence à la couverture, plusieurs dessins comportent des rayonnages d’ouvrages à faire rêver plus d’un lecteur. Il est aussi plusieurs fois question d’écriture, du sens donné aux mots et de l’avenir du livre.

    Evidemment, on reconnait sans mal le trait fin et précis de l’illustrateur de la série Le Petit Nicolas qui nous livre ici un très joli recueil de dessins en noir et blanc, entre détente et réflexion sur le monde qui nous entoure.

     

    Logo Challenge été 2014.jpgInsondables mystères – Sempé – Editions Denoël – 1993

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    Un employé modèle – Paul Cleave

    Cover Un employe modele.jpgJoe Middleton est homme d’entretien au commissariat central de Christchurch. Il peut donc suivre de près l’avancement de l’enquête sur le Boucher de Christchurch, un tueur en série qui met la police en échec. Et ça l’intéresse au plus haut point puisqu’il est lui-même le Boucher ! Alors, quand la police lui attribue un meurtre qu’il n’a pas commis, il va mener sa propre enquête pour trouver celui qui l’imite.

    La particularité de ce roman est donc de faire du tueur le narrateur principal, tout l’enjeu étant de suivre ses tergiversations pour ne pas se faire prendre. Il nous plonge dans cet esprit forcément dérangé, qui prend plaisir à manipuler son entourage pour arriver à ses fins, se faisant passer pour handicapé mental pour accéder à certaines confidences.

    On a beaucoup parlé de ce livre à sa sortie et j’étais curieuse de le découvrir. Je m’attendais à de l’action, des mystères et des énigmes à résoudre. Mais malgré les quelques rebondissements et surprises que l’auteur aménage dans le roman, le mode de narration très descriptif a créé une distance et m’a empêché de me sentir impliquée dans l’histoire. Jusqu’au final, qui m’a laissée dubitative malgré l’humour noir bien présent.

    Un premier roman encensé par la critique mais qui ne m’a pas convaincu.

     

    Un employé modèle – Paul Cleave – Editions Sonatine – 2010

    Du même auteur:

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    Dieu est un pote à moi – Cyril Massarotto

    Cover Dieu est un pote à moi.jpgAlors que sa vie n’est qu’une suite d’habitudes et qu’il n’a pas d’objectif de vie, le narrateur rencontre Dieu. Non pas comme ces personnes qui découvrent la foi mais comme on rencontrerait une personne avec qui des affinités se créent et qui devient un ami et un confident. Et cette rencontre va inévitablement changer sa vie.

    Habituellement, j’évite les romans qui évoquent trop lourdement la religion car j’ai toujours l’impression que l’on essaie de convertir de façon détournée, ce qui me dérange profondément. Mais Dieu est un pote à moi ne tombe pas dans ce travers. Le ton est humoristique et le tout-puissant se montre sous un visage humain, accessible et un brin espiègle.

    Un roman qui évoque la vie et ses difficultés, la question du libre arbitre et de l’amour mais que j’oublierai malheureusement bien vite. Peu fouillé, trop superficiel et emplit de bons sentiments, c’est une lecture idéale pour se détendre en été mais à éviter si l’on cherche de l’émotion et de la profondeur dans le discours. Le seul passage à m’avoir réellement marqué est le moment où Dieu évoque les souffrances que les êtres humains peuvent ressentir, des situations insoutenables, qui font froid dans le dos et témoignent de la cruauté des hommes envers leurs pairs.

    Dieu est un pote à moi, Cyril Massarotto, XO Editions, critique, carnet de lecture, livre, littérature, blog littéraire, couple, amour, pages blanches, pocket, dieu, religion, enfant, vie, libre arbitreDieu est un pote à moi – Cyril Massarotto – XO Editions – 2008

    Du même auteur :

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    Quai d’Orsay – Blain & Lanzac

    Cover Quai d'orsay tôme 1.jpgCes chroniques diplomatiques nous plongent au cœur d’un monde peu connu du grand public, le Ministère français des affaires étrangères, dirigé par une main de fer par Alexandre Taillard de Vorms. C’est à travers l’œil d’Arthur Vlaminck, chargé de rédiger les discours du ministre, que nous découvrons cet univers marqué par le stress et les nuits blanches.

    Le premier tome nous présente les différents protagonistes, des secrétaires aux conseillers, en passant par les diplomates et le ministre évidemment. Hyperactif, celui-ci attend de ces collaborateurs qu’ils se rendent disponibles à toute heure du jour ou de la nuit, leur faisant perdre la tête en raison de ses opinions changeantes et de son humeur exécrable. Le pauvre Arthur Vlaminck en prend d’ailleurs pour son grade, obligé de recommencer plusieurs fois des discours qui ne seront même pas lus par le ministre qui le tyrannise et lui assène ses théories à grand coups d’éclats de voix.

    Personnellement, j’ai préféré le second tome de cette série qui se centre davantage sur laCover Quai d'Orsay tôme 2.jpg préparation d’une intervention du ministre à New York lors d’une réunion de l’ONU (en référence au discours prononcé par Dominique de Villepin à l’ONU en 2003). On y suit les discussions houleuses entre la France et les autres grandes puissances mondiales sur des sujets sensibles tels que la guerre éventuelle en Lousdem, soupçonné de détenir des armes de destructions massives. Les références à l’actualité de ces dernières années sont bien présentes et donnent à cette bande dessinée un caractère vivant intéressant. On y reconnait d’ailleurs plusieurs présidents et secrétaires d’état bien connus, qui s’affrontent à coups de discours tous plus grandiloquents les uns que les autres.

    Quai d’Orsay montre la diplomatie au travail à travers les négociations complexes sur des questions liées à l’OTAN, à l’Europe ou au soutien de la France aux pays africains. J’ai été marquée par le personnage d’Alexandre Taillard de Vorms qui, certes est extrêmement dispersé, mais qui fait montre d’une très grande implication dans l’action politique, défendant sans relâche les intérêts du pays face aux autres puissances. Une bande dessinée qui aborde donc un thème sérieux mais qui fait aussi preuve d’humour notamment lorsqu’il s’agit de montrer les excès de ce ministre hors norme, adepte du Stabillo et d’Héraclite.

    Notons que derrière Abel Lanzac se cache en réalité le diplomate Antonin Baudry, qui s’est inspiré de son expérience au sein du ministère français des affaires étrangères (entre 2002 et 2004) pour réaliser cette bande dessinée très réussie. Quai d’Orsay a également été adapté au cinéma par Bertrand Tavernier en 2003 avec Thierry Lhermitte dans le rôle principal.

     

    Quai d’Orsay – Blain & Lanzac – Editions Dargaud – 2010 (tome 1) et 2011 (tome2)

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