• 0 commentaire

    Acompte d'auteur – Marc Spaccesi

    Acompte d’auteur, Marc Spaccesi, Editions Bookstory, critique, carnet de lecture, livre, littérature, blog littéraire, écriture, écrivain, roman, édition, maison, éditeur, compte, métierMarc Spaccesi n’en est pas à son premier essai d’écriture. Auteur de plusieurs romans et d’autant de nouvelles, il choisit de s’exprimer sur ce désir étrange d’être publié, en revenant sur son parcours d’écrivain, jalonné de nombreuses difficultés.

    Tout commence par une rencontre sur un parking, deux voitures, coffres ouverts, dont on transfère le contenu. Comme une transaction illicite, un éditeur livre les 500 exemplaires du roman Marseille-Cassis à son auteur. Parce que son texte a été refusé par les maisons d’édition traditionnelles, il s’est tourné vers l’édition à compte d’auteur.

    Qui n’a jamais rêvé de vivre de sa plume ? C’était aussi le souhait de Marc Spaccesi. Et les choses s’annonçaient plutôt bien pour lui puisque plusieurs de ses nouvelles ont été récompensées et publiées sous forme de recueils. Mais lorsqu’il a voulu sortir un roman, les choses se sont corsées.

    Les maisons d’édition, saturées de manuscrits, opèrent une sélection impitoyable. Évidemment, on savait la publication à compte d’éditeur difficile d’accès, mais ce livre nous en dévoile toute l’ampleur. Pour l’auteur en herbe, qui a rarement le recul nécessaire sur ses propres écrits, l’envoi de son manuscrit à une maison d’édition est souvent la première confrontation avec le regard d’un professionnel. Et quelle déception quand celui-ci rejette un texte alors que tout l’entourage de l’auteur l’avait trouvé génial !

    Quelle solution reste-t-il à l’auteur qui croit en son texte si les éditeurs traditionnels n’en veulent pas ? L’édition à compte d’auteur pardi ! Et, malgré les multiples avertissements, ils sont de plus en plus nombreux à se laisser tenter. Marc Spaccesi n’a pas fait exception, mais il nous livre ici les dessous de ces entreprises sans aucun scrupule, ces marchands de sommeil qui profitent de la détresse des auteurs en mal de publication. Car, une fois le livre imprimé, encore faut-il le faire connaitre… Comment s’y prendre pour faire la promotion d’un livre ? A qui s’adresser ? Le marché du livre est une jungle et il y a peu (voire pas du tout) de place pour l’édition à compte d’auteur sur les étagères des librairies.

    Et puis, il y a la mauvaise réputation que traînent ces maisons d’édition, accusées de publier n’importe quoi. Pour Marc Spaccesi, malgré le succès qui arrive doucement et les signes encourageants qui se multiplient, il doit aussi faire face au regard condescendant des autres auteurs.

    Le titre, à lui seul, résume parfaitement ce texte. On y retrouve évidemment la référence à la publication à compte d’auteur mais aussi l’idée que l’écrivain place une part importante de lui-même dans son texte, en terme d’espoir, de travail mais aussi financièrement. Sans parler de l’impact que cette publication engendre sur la vie familiale, sociale et professionnelle, tendant à isoler l’écrivain.

    Un texte poignant qui inspire le respect pour ces auteurs qui ne manquent pas de motivation, d’idées et de talent.

    Remerciement à Bookstory, qui aide les auteurs à promouvoir leurs productions sur la toile avant de les proposer aux grandes maisons d’édition.

    Acompte d’auteur – Marc Spaccesi – Editions Bookstory – 2014

    Du même auteur:

    Lien permanent Catégories : Essais
  • 2 commentaires

    Barbe bleue – Amélie Nothomb

    Cover Barbe bleue.jpgSaturnine, jeune belge de 25 ans, cherche une colocation à Paris, où elle travaille. Alors qu’elle est intéressée par la chambre proposée par Don Elimirio, elle apprend que les huit précédentes colocataires ont toutes disparu sans laisser de trace. Mais rien ne fait peur à Saturnine qui s’installe malgré tout, bien décidée à déjouer les plans de ce propriétaire extravagant.

    Avant de lire ce roman d’Amélie Nothomb, j’ai pris le temps de me replonger dans le conte original de Perrault, de façon à pouvoir confronter les deux récits en connaissance de cause. Et ma conclusion est plutôt mitigée.

    Dans les points positifs, je pointe l’habileté avec laquelle l’auteure belge a réussi à transposer ce conte à l’époque actuelle, mettant l’accent sur le rôle de la femme, plus indépendante et affirmée. J’ai aussi beaucoup apprécié le personnage de Saturnine pour son sens de la répartie, son intelligence et son caractère fort. Car cela est bien nécessaire pour vivre avec Don Elimirio au quotidien, ce membre de la noblesse espagnole étant plutôt original.

    Par contre, bien que le roman ne soit pas bien épais, 170 pages où il ne se passe rien ont fait de cette lecture une expérience décevante. Tout n’est que palabres interminables entre Saturnine et son propriétaire à l’occasion de diners en tête-à-tête. Et ce ne sont ni les effluves agréables de nourriture ni l’or des champagnes millésimés qui changeront l’affaire. Là où le texte original va droit à l’essentiel en quelques pages, le Barbe bleue d’Amélie Nothomb s’étire exagérément.

    Alors que j’avais adoré Acide sulfurique, je suis complètement passée à coté de cet huis clos étouffant. Faites-vous votre propre opinion ici.

     

    Barbe bleue – Amélie Nothomb – Editions Albin Michel – 2012

    Du même auteur:

  • 0 commentaire

    Une saison à Longbourn – Jo Baker

    Cover Une saison à Longbourn.jpgSur le domaine de Longbourn, le couple Bennet vit avec ses filles, en âge de convoler. La préoccupation principale du moment est donc de leur trouver un bon parti à coups de robes, de sorties et de diners. Et pendant que les jeunes filles de la maison rêvent au prince charmant, l’amour rôde aussi à l’étage des domestiques, pourtant bien occupés par tous ces préparatifs.

    Je ne sais si cela a déjà été réalisé auparavant mais je trouve que l’idée de revoir un classique de la littérature en mettant les personnages secondaires au premier plan est intéressante et originale. Dans ce cas, Jo Baker a choisi de réécrire le roman de Jane Austen Orgueil et préjugés selon le point de vue des domestiques, de leur donner une vie bien réelle alors qu’ils n’apparaissent que de façon épisodiques dans le roman original. Le tout sans dénaturer complètement l’histoire authentique puisque les deux récits se chevauchent en permanence, un évènement dans le monde de la bourgeoisie correspondant à une situation donnée pour les domestiques de la maisonnée.

    Grâce à cette auteure qui met en avant des personnages habituellement cachés, on entrevoit le dévouement dont les domestiques font preuve, la difficulté de leur quotidien, entre la cuisine, le blanchissage des vêtements, le raccommodage et les corvées diverses. Les loisirs sont quasi inexistants mais quel plaisir lorsque l’une des jeunes maitresses offre une de ses robes à sa femme de chambre ! Car si les temps sont durs, n’oublions pas que la guerre d’Espagne bat son plein et réquisitionne les jeunes hommes du pays, le sentiment général qui se dégage de ce roman est un sentiment d’humanité, on perçoit l’attachement profond qui unit ces personnes, qui les fait se comporter comme une famille, celle qu’ils n’ont jamais connus par ailleurs.

    C’est en un dimanche gris et venteux que j’ai lu Une saison à Longbourn, j’ai été emportée par cette histoire d’un autre temps, qui nous fait découvrir les coulisses d’un roman mythique et qui m’a donné envie de lire Orgueil et préjugés, présent dans ma PAL depuis trop longtemps. Une vraie lecture-plaisir.

    Remerciement à Libfly et aux Editions Stock pour cette lecture.

    Une saison à Longbourn – Jo Baker – Editions Stock – 2014

  • 2 commentaires

    Bonjour tristesse – Françoise Sagan

    Cover Bonjour tristesse.gifQu’on se le dise, 2014 sera l’année Françoise Sagan. En effet, on fêtera à la fois le 10e anniversaire de sa mort et les 60 ans du roman Bonjour tristesse, qui l’a révélée au grand public.

    Ce premier roman nous transporte sur les plages de Méditerranée, par un été brûlant, où nous accompagnons Cécile, 17 ans, son père Raymond et sa petite amie du moment Elsa. Des vacances qui devaient rimer avec détente, farniente et premiers amours. Mais les choses ne vont pas se passer comme prévu car l’arrivée d’Anne, une femme élégante et intelligente, va tout bouleverser. Jusqu’à pousser Cécile à la faute.

    C’est par ce roman que la célèbre auteure française se fait connaitre alors qu’elle a tout juste 18 ans. Et il faut reconnaître que la maturité qui se dégage de cette écriture est plutôt remarquable pour une jeune fille de cet âge qui publie là son premier texte.

    Mais la maturité ne se limite pas au style car l’auteure analyse aussi sans détour la vie dissolue, irresponsable et immature de la bourgeoisie parisienne des années 50 qui ne s’intéresse qu’aux fêtes et aux belles voitures. C’est dans ce contexte que grandit la narratrice du roman, Cécile, habituée à la vie libre et facile, sans contrainte. Confrontée à une personne dont elle pense qu’elle nuit à son bonheur, elle va se transformer en une adolescente manipulatrice et effrontée, allant jusqu’à mettre en place un plan machiavélique pour évincer sa concurrente. Pour ensuite être tiraillée entre les remords pour le mal qu’elle a fait et la joie d’être arrivée à ses fins.

    Françoise Sagan a admirablement bien croqué le portrait de ces jeunes désœuvrés qui n’ont d’autre occupation que de dépenser leur fortune, comme Cécile et son père. Personnellement, je n’ai pas réussi à m’attacher à cette jeune fille trop gâtée, qui prend plaisir à faire souffrir les autres et à jouer avec leurs sentiments, sans aucun respect pour ce qu’ils ressentent.

    À la lecture de tant de critiques élogieuses sur Bonjour tristesse, je m’attendais à un roman "coup de poing" et je suis un peu déçue parce que ce n’est pas l’effet qu’il m’a fait.

    Bonjour tristesse – Françoise Sagan – Editions Julliard – 1954

    Du même auteur: 

  • 4 commentaires

    L’arbre à songes – Aurélia Jane Lee

    Cover L'arbre à songes.jpgL’arbre à songes est un vieil hêtre rouge dressé au milieu d’une vaste propriété retournée à l’état sauvage. Dans ce domaine vivent Abel, écrivain misanthrope, et sa compagne Sauvane, au sujet de laquelle les rumeurs les plus extravagantes courent dans le village voisin. On y croise aussi des visiteurs clandestins : Thomas, jeune garçon passionné par la nature, et Madelon,  adolescente férue de lecture.

    Les premiers mots qui me viennent à l’esprit en refermant ce roman d’Aurélia Jane Lee sont : douceur, tendresse et poésie. Une ode à la nature, à la féminité et à l’amour pour un livre qui donne envie d’observer davantage la nature pour s’en imprégner et s’inspirer de sa sagesse.

    La beauté du texte tient aussi au grand nombre de jolies phrases qui l’émaillent et que l’on voudrait garder en mémoire ou recopier dans un carnet. Par le biais de la plume d’Abel, Aurélia Jane Lee suscite la réflexion sur des sujets universels tels que les sentiments, l’absence, la solitude, le rapport à la différence.

    Un texte lent, qui se livre petit à petit, tout comme les personnages qui ne sont pas décrits froidement comme dans d’autres romans mais que l’on découvre en s’immisçant dans leur quotidien. J’ai pris beaucoup de plaisir à évoluer avec les personnages dans cet univers luxuriant et poétique qu’est le jardin.

    L’arbre à songes est une invitation à stopper pour un temps nos vies mouvementées pour se poser les questions fondamentales. Un livre que j’ai envie de relire, plus tard, pour en saisir pleinement l’essence, comme si une seule lecture ne permettait pas d’en cerner tous les aspects.

    L’arbre à songes – Aurélia Jane Lee – Editions Luce Wilquin – 2013

    Du même auteur :