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    Apologie du livre – Robert Darnton

    Cover Apologie du livre.jpgCommençons par une petite présentation de l’auteur : Robert Darnton est historien du livre et directeur de la bibliothèque universitaire de Harvard (Etats-Unis). À travers cet essai, il interroge la place du livre imprimé dans l’environnement numérique dans lequel nous évoluons aujourd’hui.

    Grand défenseur du livre papier et des bibliothèques, l’auteur nous immerge dans le passé pour mieux appréhender le présent et le futur. 

    L’exposé de Robert Darnton porte en grande partie sur le projet de numérisation des ouvrages imprimés, initié par le géant Google pour son application Google Book Search.

    D’une part, il minimise l’impact qu’aura Google Book Search en pointant ses défauts : impossibilité de numériser l’ensemble des livres existants et publiés chaque année, problème lié à la conservation des données sous format numérique, perte de qualité, absence de résistance des données au temps et à l’évolution des technologies, critères de recherche faussés, etc.

    D’autre part, il s’enflamme lorsqu’il parle du monopole que Google est en train de créer autour de lui en raison des accords qu’il a signé avec les éditeurs et auteurs américains (l’accès aux livres sous copyright sera soumis à la souscription d’une licence payante, l’absence de concurrent sérieux ayant la puissance technologique et financière suffisante pour contrer le géant…), tendant ainsi à dire que le monde entier n’aura bientôt plus le choix et se trouvera face au fait accompli.

    Il est vrai qu’imaginer le fait qu’une seule entité, en l’occurrence une entreprise commerciale, contrôlera à elle seule l’accès à l’information pose question et ouvre la porte à toutes les dérives possibles…

    Pour l’auteur, qui considère les bibliothèques comme des centres du savoir et des diffuseurs d’information au grand public, ces institutions pourraient tout à fait servir d’intermédiaires entre les modes de communication imprimés et numériques. Les bibliothèques l’ont d’ailleurs bien compris puisqu’elles sont de plus en plus nombreuses à proposer des livres numériques et audio à leurs lecteurs, manifestant ainsi leur volonté de pérenniser leurs actions dans la durée et de s’inscrire dans les nouvelles habitudes de lecture.

    Si l’essai de Robert Darnton se centre principalement sur les bibliothèques universitaires (son domaine de compétence), son discours peut tout à fait être extrapolé aux bibliothèques provinciales et communales que nous fréquentons plus régulièrement. Car elles aussi renferment une partie du savoir et ont pour objectif de le rendre accessible au plus grand nombre.

    Un essai intéressant car il nous confronte à notre quotidien de lecteur, en faisant référence aux pratiques passées, tout en ouvrant les possibilités que laisse présager le livre numérique. Très critique envers le projet de numérisation de Google, il nous confronte également à notre impuissance face à des décisions prises en hauts lieux (où les enjeux économiques ont plus de poids que les recommandations des spécialistes du livre). J’ai trouvé cette lecture intéressante sur bien des points même si je déplore l’aspect « mémoire de fin d’études » qui s’en dégage, le style étant très académique et lourd, avec un pan théorique légèrement soporifique.

    « […] je dis : consolidez les bibliothèques, approvisionnez-les en imprimés, renforcez leurs salles de lecture, mais ne les considérez pas comme de simples entrepôts ou des musées. »

     

    Apologie du livre – Robert Darnton – Editions Gallimard – 2012 

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    Le caveau de famille – Katarina Mazetti

    Cover Le caveau de famille.jpgLe mec de la tombe d’à côté, vous vous souvenez ? Retrouvons-en les héros où nous les avions laissées… Désirée et son désir d’enfant qui lui fait faire n’importe quoi, jusqu’à demander à Benny de jouer le rôle de père, sans pour autant vivre avec elle. Mais Benny vit avec Anita… Attention, scènes de ménage en vue !

    Lire la suite d’un livre que l’on a beaucoup aimé est toujours délicat. On ne peut s’empêcher de s’interroger : et si l’auteur ne réussissait pas à recréer la magie ?

    J’avais adoré les échanges truculents entre Désirée et Benny et même si ces deux-là ne se comprennent toujours pas, les répliques cocasses sont moins présentes. Le fait de perdre un peu de la légèreté du Mec de la tombe d’à côté a permis à ce second roman de s’enrichir d’une plus grande profondeur.

    La vie de famille prend le pas sur l’élan fougueux des débuts et même si les soucis quotidiens fragilisent le lien amoureux, l’amour parental renforce les sentiments des personnages principaux, les incitants à s’adapter à leur nouvelle condition de parents. Ce roman met également le doigt sur la situation particulière de la femme dans la société rurale ainsi que sur les conditions de travail des agriculteurs et éleveurs (couts élevés, rentrées financières aléatoires...). Le charme du premier roman s’est certes envolé avec ces contingences matérielles mais il s’ancre davantage dans la réalité.

    La structure est également un peu différente puisque le précédent tome détaillait le vécu de Benny et Désirée sur une courte période tandis qu’ici, l’histoire s’étale sur sept années dont nous ne connaitrons que quelques épisodes choisis. Avec un narrateur qui s’ajoute au duo initial en la personne d’Anita.

    Un roman différent du premier mais qui a gagné en maturité, à l’instar de ses personnages principaux et dans lequel beaucoup de femmes se reconnaîtront.

    Le caveau de famille – Katarina Mazetti – Gaïa Editions – 2011 

    Du même auteur:

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    Elle savait – Lee Child

    Elle savait, Lee Child, Editions Calmann-Levy, critique, carnet de lecture, livre, littérature, blog littéraire, livre de poche, prix des lecteurs 2013, mort, policier, polar, pentagone, guerre, Afghanistan, ben laden, police militaire, attentat suicide, film, Tom CruiseAncien de la police militaire, Jack Reacher se trouve mêlé à une sombre histoire de secrets d’Etat. Alors qu’il est dans le métro de New York, une femme se tue devant lui. Mais Susan Mark n’était pas n’importe qui. Employée au Pentagone, elle détenait des informations ultra confidentielles capables de faire tomber plus d’un homme politique… Une fois décédée, c’est sur Jack Reacher que se porte toute l’attention, plusieurs groupuscules semblant penser que la jeune femme lui aurait transmis des informations secrètes.

    J’aime ce genre de roman où l’auteur va plus loin que la simple fiction et insère des éléments réels qui nous font découvrir des aspects peu connus de l’Histoire.

    Dans ce cas-ci, les informations détenues par Susan Mark sont en lien avec la première guerre d’Afghanistan, qui a eu lieu entre 1979 et 1989. A l’origine, elle opposait l’URSS aux moudjahidines mais les Etats-Unis se sont immiscés dans la bataille en alimentant la résistance antisoviétique, notamment par le biais d’Oussama Ben Laden, qu’ils fournissaient en armes de guerre et en présents divers. Quand on connait ce qu’il est advenu de cette belle union, on comprend que certains hauts gradés de l’armée américaine n’apprécieraient pas que des détails de leur mission soient rendus publics…

    Elle savait nous fait donc voyager entre les Etats-Unis actuels et l’Afghanistan de 1983, dévoilant peu à peu les dessous d’une guerre effroyable.

    Bien documenté, ce roman n’en reste pas moins captivant avec ses coups qui pleuvent de partout, sa tension permanente et ses courses poursuites incessantes. Le récit connait aussi de belles accélérations qui relancent la machine et donnent un peu de piment à l’histoire. La seule chose que je déplore et qui a freiné ma lecture est la profusion de détails techniques. Si ce comportement analytique correspond bien au personnage d’ex-militaire qu’est Jack Reacher, je pense que l’on aurait tout aussi bien compris l’histoire sans ces précisions qui cassent un peu le rythme de la lecture.

    Elle savait ne m’a pas tenue éveillée la nuit mais cela reste un bon roman pour qui aime l’action, l’Histoire et les secrets d’état.

     

    Elle savait, Lee Child, Editions Calmann-Levy, critique, carnet de lecture, livre, littérature, blog littéraire, livre de poche, prix des lecteurs 2013, mort, policier, polar, pentagone, guerre, Afghanistan, ben laden, police militaire, attentat suicide, film, Tom CruiseElle savait – Lee Child – Editions Calmann-Levy – 2012 

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    Où on va papa ? – Jean-Louis Fournier

    Où on va papa ?, Jean-Louis Fournier, Editions Stock, critique, carnet de lecture, livre, littérature, blog littéraire, enfant, handicap, roman, maman, controverseOù on va papa ? est un livre très particulier. Il nous raconte le quotidien de Jean-Louis Fournier avec ses deux enfants handicapés moteurs et mentaux. L’humoriste et réalisateur de télévision nous dit toute la culpabilité qu’il ressent d’avoir donné cette vie-là à ses enfants, une vie de souffrance physique et morale : « Quand je pense que je suis l’auteur de ses jours, des jours terribles qu’il a passé sur Terre, que c’est moi qui l’ai fait venir, j’ai envie de lui demander pardon ».

    Pour l’auteur, la naissance de Thomas et Mathieu est « la fin du monde », le début d’un long calvaire. Parce qu’il s’agit bien d’un calvaire. Tout le livre n’est que plainte : jamais il ne pourra leur faire découvrir la littérature ou la musique classique, partager avec eux la beauté de la nature, les emmener visiter des musées. Thomas et Mathieu n’évolueront pas (ou si peu) que l’auteur en est désespéré d’avance. A aucun moment, il ne parle de ses tentatives pour les élever et les éveiller au monde qui les entoure.

    Ce qui peut aussi étonner, c’est le ton employé par Jean-Louis Fournier pour parler de son vécu. Cet auteur, qui revendique la liberté de rire de tout, emploie l’humour noir et la dérision à profusion. Mais, en filigrane, on sent bien qu’il s’agit là d’une protection qui lui permet de faire face à la situation, de surmonter la douleur, le sentiment de culpabilité et le regard des autres. Parfois, n’y tenant plus, il a des envies de meurtre : « J’ai pensé que, quand ils seraient grands, j’allais leur offrir à chacun un grand rasoir coupe-chou. On les enfermerait dans la salle de bains et on les laisserait se débrouiller avec leur rasoir. Quand on entendrait plus rien, on irait avec une serpillière nettoyer la salle de bains ». Ce type de discours, qui traverse tout le récit, rend celui-ci dérangeant et a provoqué un profond malaise chez moi.

    Ce qui fait aussi la particularité de ce livre, c’est la controverse qui l’a entouré. Présenté par les médias comme le témoignage d’un père, il s’agirait en fait d’une œuvre de fiction, d’une réalité largement romancée, comme en témoigne la maman, qui s’est autorisée un droit de réponse public. Par le biais de son blog, elle entend ainsi ramener la vérité à propos de ses enfants. Non, ils ne sont pas des désastres, des êtres inutiles avec qui aucune relation ne peut être établie. Elle nous prouve, par mille exemples, que ses enfants ont été heureux, qu’ils ont fait le bonheur de leur entourage et qu’ils étaient beaucoup plus autonomes que ce que le livre ne laisse penser.

    Même s’il s’agit d’un roman, Où on va papa ? est un livre qui dérange. Non pas parce qu’il pose des questions essentielles mais par le malaise qu’il provoque. Bien au-delà de la caricature, il fait passer les enfants handicapés pour des moins que rien et des inutiles, là où le vécu des personnes qui les côtoient est bien différent. Car ces « petits oiseaux cabossés », par leur innocence, font généralement preuve d’une grande clairvoyance et nous ramènent bien souvent aux valeurs essentielles.

    Où on va papa ? – Jean-Louis Fournier – Editions Stock – 2008 

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    Les souvenirs – David Foenkinos

    Cover Les souvenirs.jpgLe narrateur, dont nous ne connaîtrons pas le nom, nous fait vivre son quotidien de jeune homme confronté aux épreuves de la vie. La mort de son grand-père, l’entrée de sa grand-mère en maison de retraite, la proximité de la folie, la séparation de ses parents, sans parler de sa propre incapacité à aborder les filles et à écrire (le comble pour quelqu’un qui rêve d’être écrivain).

    Dès les premières pages, j’ai été séduite par l’écriture fluide et sensible de David Foenkinos. Il arrive à aborder des sujets délicats avec humour et simplicité, avec cette capacité rare à nous renvoyer à nos propres sentiments ou comportements. Car, qui ne s’est jamais senti désemparé en visitant un parent âgé dans une maison de retraite, ne sachant quoi lui dire ni quoi faire pour occuper le temps ?

    Les souvenirs questionne les relations familiales et intergénérationnelles, avec des personnages maladroits qui ont du mal à exprimer leurs sentiments et qui s’interrogent sur la définition du bonheur. Comment l’atteindre ? La réponse est peut-être dans la prise de conscience du caractère éphémère de la vie et de la nécessité de profiter de chaque moment… C’est ce que fait la grand-mère du narrateur en choisissant de fuguer de sa maison de retraite pour revivre ses souvenirs d’enfance.

    Le roman est ponctué de souvenirs de personnes inconnues ou célèbres (Fitzgerald, Gainsbourg, Kawabata, Nietzsche, Van Gogh…) comme autant de petites parenthèses.

    En lisant Les souvenirs, je n’ai pas pu m’empêcher de faire le rapprochement avec Sur la pointe des mots, un autre roman qui aborde également la question de la vieillesse et des souvenirs mais sous l’angle de la personne âgée elle-même.

    Une lecture qui m’a donné envie de découvrir les autres romans de David Foenkinos, à commencer par La délicatesse qui est dans ma PAL.

    Edit: Les souvenirs a été adapté pour le cinéma en 2015 par Jean-Paul Rouve.

    Les souvenirs – David Foenkinos – Editions Gallimard – 2011

     

     

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