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    Lettre d'une inconnue – Stefan Zweig

    Cover Lettre d'une inconnue.jpgAu soir de sa mort, une femme envoie une lettre à un romancier à succès. Elle y raconte l’amour inconditionnel qu’elle lui voue depuis qu’elle est âgée de 13 ans et que l’écrivain a emménagé dans son immeuble. Depuis sa rencontre avec cet homme, chaque minute de la vie de la jeune fille lui a été consacrée. Sans qu’il s’en aperçoive, elle l’a poursuivi de ses ardeurs jusqu’à l’âge adulte.

    Lettre d’une inconnue est un échange épistolaire unique.

    Le lecteur assiste à l’évolution progressive de l’admiration d’une enfant pure et sans arrière pensée à l’amour sexualisé mais idéalisé qu’elle éprouve pour cet homme, élevé au rang de dieu.

    La particularité de ce roman est qu’il est basé sur des éléments qui se répètent sans cesse et donnent du rythme au récit. Comme ces expressions, qui reviennent comme un leitmotiv « Toi qui ne m’as jamais connue », « Mon bien-aimé », « Mon enfant est mort hier »…

    Mais cela se marque aussi dans le va et vient constant entre le rêve de l’amour partagé dans lequel la narratrice se complait, elle est alors convaincue que l’écrivain pense à elle et se languit de la revoir, et le retour à la réalité qui lui fait répéter sans cesse « Tu m’as oubliée ».

    Cette lettre questionne nos relations aux autres. Est-on plutôt comme cet écrivain, tellement imbu de lui-même et si peu intéressé par les autres qu’il ne voit pas la jeune fille qui l’admire ou comme cette femme qui reste sans cesse en retrait, oubliant même de vivre pour elle-même ?

    La lettre émouvante et déchirante d’un amour absolu qui n’a même jamais été remarqué. Pour moi, cette lecture a aussi été l’occasion de découvrir l’écriture magnifique de Stefan Zweig, capable de sublimer le moindre objet ou sentiment.

    La première parution francophone de cette Lettre d’une inconnue date de 1927 aux Editions Stock. La version lue ici est celle du Livre de poche, qui a réédité l’ouvrage avec une couverture imaginée par le styliste Christian Lacroix : magnifique !

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    Lecture commune avec Vivi Potter, Alcyone et Walpurgis.

     

    Lettre d’une inconnue – Stefan Zweig – Le livre de poche – 2010

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    L’invité – André Joseph Néras

    Cover L'Invité.jpgNé d’un père français, administrateur de la France d’Outre-Mer, et d’une mère africaine issue de la noblesse, Louis-Michel Séran est métis. À une époque où le mariage d’un blanc et d’une « négresse » est mal vu, l’intégration de l’enfant est parfois difficile, n’étant considéré ni comme un blanc ni comme un noir. L’Invité narre le parcours de Louis-Michel entre l’Afrique et la France, lui qui s’est donné pour mission d’être l’ambassadeur de sa différence, espérant ainsi faire comprendre et accepter cette différence qui est source de richesse.

    Dès les premières pages, une question s’est imposée à moi : est-ce un roman ou une biographie ? La couverture annonce un roman tiré de faits réels alors que le préambule présente clairement une biographie, dont l’authenticité est telle que certains noms ont été modifiés. Biffer la mention inutile…

    L’autre question qui découle de cette découverte est celle de l’objectif poursuivi par ce récit. Des pages et des pages nous racontent les allers-retours de Louis-Michel entre les continents africain et européen. Et s’il est indéniable que l’auteur manie bien la langue française, on se demande sans cesse où il veut en venir. Selon moi, raconter la vie d’un personnage, qu’il soit réel ou fictif, n’est intéressant que si cette personne a une vie trépidante ou si l’approche de l’auteur est originale (humoristique, philosophique…).

    Or, ce n’est pas le cas ici. Le récit est lent et très descriptif, marqué par une succession de non-évènements. Bien sûr, on s’attache rapidement à ce petit garçon farceur, curieux et émerveillé face au monde qu’il découvre mais je n’ai réussi ni à m’y identifier ni à tirer des enseignements de son vécu.

    La religion occupe une place très importante dans la vie de Louis-Michel. Catholique convaincu, c’est sa foi en Dieu et son amour pour la Sainte Vierge qui l’aide à surmonter les humiliations liées à son métissage. Athée convaincue, j’avoue que cet aspect du récit m’a dérangé.

    Un récit qui aurait pu me toucher mais qui n’y est pas arrivé et qui m’a perdu en route. Je remercie néanmoins Mon petit éditeur pour cette découverte. Découvrez-en un extrait ici!

    L’Invité – Tome 1 : L’ambassadeur de sa différence – André Joseph Néras – Mon petit éditeur – 2012 

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    Deux garçons bien sous tous rapports – William Corlett

    Deux garçons bien sous tous rapports, William Corlett, Robert Laffont, critique, carnet de lecture, livre, littérature, blog littéraire, roman, Angleterre, humour, homosexualité, poche, gayLe petit village de Bellingford est en effervescence ! Richard, riche producteur de théâtre de 70 ans, et son jeune amant Bless, viennent d’acquérir le château, véritable joyau architectural du lieu. Dans un village où tout le monde se connait, le téléphone arabe fonctionne à plein régime et il suffit de quelques heures pour que tout le comté soit au courant de l’arrivé de gays à Bellingford. Et les rumeurs les plus folles de se propager comme une trainée de poudre, provoquant la curiosité des habitants.

    Si vous cherchez un roman léger, bourré d’humour et qui accumule les situations cocasses, je vous conseille celui-ci !

    Deux garçons bien sous tous rapports explore la vie à la campagne et ses mœurs particulières. Entre l’épicière revêche, la femme de ménage trop curieuse, une danseuse sur le retour, des voisins coincés et quelques autres illuminés de passage, notre couple de gays n’aura pas l’occasion de gouter au calme campagnard.

    L’auteur joue sur l’opposition entre la vie à la ville, qui serait dépourvue de valeurs morales, et la vie à la campagne, marquée par le poids des traditions d’une Angleterre conservatrice. Les habitants de Bellingford voient donc d’un très mauvais œil ces « folles londoniennes » aux mœurs douteuses s’installer dans leur village, où les bonnes manières et le quand dira-t-on déterminent la réputation d’une personne.

    Ce roman est aussi l’occasion d’une réflexion sur la peur de l’étranger, à qui l’on attribue à priori de mauvaises intentions, mais qui peut être l’occasion d’ouvrir son esprit à plus de diversité et d’échanges.

    Si Deux garçons bien sous tous rapports est parfois un peu caricatural et exagéré, ce roman reste une lecture plaisante qui nous permet de passer un bon moment. Je remercie d’ailleurs les Editions Robert Laffont pour cette lecture désopilante.

    Deux garçons bien sous tous rapports – William Corlett – Robert Laffont – 2012 

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    Adieu – Jacques Expert

    Cover Adieu.jpgEn 2001, deux familles apparemment sans histoires sont assassinées. Le mode opératoire est à chaque fois le même : les mères et les enfants sont tués tandis que les pères sont portés disparus. Le commissaire Hervé Langelier est chargé de l’enquête. Persuadé que les pères sont responsables de ces tueries, il concentre ses recherches sur cette piste, négligeant celle du tueur en série qui fait l’unanimité auprès de ses collègues et des médias. Rapidement, en raison de son obstination et de son manque de résultats, l’enquête lui est retirée et confiée à son ami et collègue, le commissaire Ferracci. Commence alors une lutte sans merci avec entre les deux hommes qui ne se terminera que 10 ans plus tard, avec la révélation de la vérité.

    Peut-être attendais-je trop de ce roman… L’idée de départ m’a plu et m’a donné envie de découvrir qui était l’auteur de ces massacres à priori sans mobiles. Mais j’avoue que ma lecture a été plutôt laborieuse et mon avancement s’est fait par à-coups.

    La raison ? Une façon d’amener l’information à laquelle je n’ai pas accroché. Plutôt que de nous faire vivre l’enquête sur le terrain, au fur et à mesure de son avancement, l’auteur a choisi de passer par le commissaire Langelier. A quelques heures de la retraite, ce dernier nous raconte l’enquête clandestine qu’il a menée pendant dix ans. Cette présentation met automatiquement les évènements à distance, j’ai eu l’impression de lire un compte rendu d’enquête et je n’ai pas du tout ressenti la tension, la pression et les difficultés de terrain. Or, ce qui me plait, dans la lecture d’un roman policier, c’est justement de ressentir le stress et l’urgence de la situation. Pour le coup, c’est raté…

    En plus, certains éléments coupent l’élan de la lecture : les pensées de Langelier « polluent » l’avancement de l’enquête, les numéros des pièces à conviction et des procès verbaux n’apportent aucune information puisqu’ils ne sont pas présentés dans le livre, les personnages n’ont rien de sympathique…

    Et si la chute pourrait étonner certains, elle reste néanmoins banale dans la mesure où elle a déjà été écrite et lue par ailleurs. Mon bilan de cette lecture ? Vous l’aurez compris, je suis plutôt déçue…

    Logo Challenge Thrillers et polars Liliba.jpgLecture réalisée dans le cadre du challenge Thrillers et polars de Liliba.

     

    Adieu – Jacques Expert – Sonatine – 2011 

     

    Du même auteur:

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    Les minutes célibataires – Valérie Nimal

    Cover Les minutes celibataires.jpgMa première rencontre avec Les minutes célibataires – ou plutôt avec le marque page du recueil – a eu lieu lors d’une soirée littéraire avec l’éditrice belge Luce Wilquin. J’ai tout de suite été attirée par la couverture tout autant que par le résumé.

    Mais trouver ce recueil de nouvelles n’a pas été simple et il a fallu attendre quelques années pour qu’enfin ma route croise à nouveau la sienne lors d’une brocante de quartier.

    Pendant toutes ces années d’attente, mon imagination a fonctionné à plein régime et j’attendais beaucoup de ce recueil…

    Mais, après lecture, mon bilan est plutôt mitigé, ce recueil me laisse à la fois un gout de trop et de trop peu. Un mélange d’excès et de manque.

    C’est la première fois que je lis un recueil comportant autant d’histoires courtes (39 nouvelles !), ce qui introduit une certaine confusion. A la dixième nouvelle, je devais me triturer les méninges pour me souvenir de la première…

    Le fait que les histoires soient très courtes (une moyenne de deux pages) n’aide pas. On a tout juste le temps de s’immerger dans le décor, de faire connaissance avec les personnages et tout est déjà fini ! J’ai vraiment été frustrée de ne pas connaitre la suite des relations qui se nouaient sous mes yeux…

    Les minutes célibataires compile des histoires tendres, parfois étranges, allant des premiers émois d’adolescents à des étreintes torrides en passant par des homicides en bonne et due forme. Un  cocktail surprenant…

    Mais, à chaque fois, l’auteure a réussi à capter les premières minutes de la rencontre, si décisives dans la poursuite ou non de la relation. Un évènement qui rapproche, des regards qui se croisent, un parfum qui fait se retourner… et peut-être au bout, une histoire d’amour ? En tout cas une reconnaissance mutuelle.

    Ma nouvelle préférée ? Le lavoir ou la rencontre d’une femme et d’un homme qui sèchent leur linge dans le même tambour et mélangent ainsi leurs sous-vêtements, ce qui crée un rapprochement inattendu. Poétique et amusant…

    Le format très court de ces nouvelles s’explique par le fait qu’elles ont été écrites pour une diffusion radiophonique, entre 2005 et 2008, pour ensuite être publiées sous forme de recueil en 2009.

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    Ma deuxième lecture pour le challenge Luce Wilquin de Minou.

    Pour celles et ceux qui le souhaitent, Les minutes célibataires voyagera quelques temps. Offre réservée aux personnes que je connais et/ou qui participent au Challenge Luce Wilquin. Toutes les infos ici.

    Ce recueil a fait une halte chez Minou, Je me livre et est actuellement chez Une Comète

    Les minutes célibataires – Valérie Nimal – Editions Luce Wilquin – 2009