Carnet de lecture

  • 96 – La sixième corde – Benjamin & Caroline Karo

    96, La sixième corde, Benjamin & Caroline Karo, livre, roman, blog littéraire, littérature, carnet de lecture, avis lecture, very bad trip, copains, amitié, humourAlors qu'il s'apprête à se marier avec la belle Emma, Arnaud se lance un défi fou : revoir cinq ex-petites amies. Accompagné de ses trois meilleurs potes et d'un stock de Doliprane, la semaine s'annonce mémorable !

    Ce n'est pas vraiment le genre de roman vers lequel je me tourne naturellement mais je dois bien avouer que 96 m'a fait passer un super moment de lecture.

    En tant que lecteur, on a un peu l'impression d'être le cinquième ami de la bande, tant on est pris dans l'ambiance. Ce road trip à travers la France va être l'occasion pour nous de découvrir les personnalités qui se cachent sous les façades. Amis depuis l'adolescence, Vincent, Eni, Arnaud et Romain rient, chantent, se chambrent sans cesse jusqu'à se quereller mais l'amitié qui les lie est tellement forte qu'ils restent soudés dans les épreuves. Et finalement, on se prend d'affection pour ces quatre-là, particulièrement peu doués avec les femmes.

    Alors, évidemment, le vocabulaire est un peu vulgaire par moments et les femmes sont considérées comme de simples objets sexuels... Mais que pouvait-on attendre d'une bande de potes, tous bien alcoolisés et majoritairement célibataires ?

    Pour Arnaud, cette virée entre copains sera l'occasion de revoir les femmes qui ont marqués sa vie et de clôturer définitivement ces histoires d'amour pour aimer pleinement Emma et affronter le futur avec sérénité. Mais, rien n'est aussi simple et il va lui falloir une bonne dose de courage pour ne pas succomber à la tentation.

    Le style d'écriture est très visuel et met l'accent sur les dialogues plutôt que sur les descriptions. Les auteurs utilisent le langage parlé dans tout le roman, ce qui lui donne un rythme rapide. Certes, ils se sont laissés aller à certaines facilités et on pourrait déplorer les quelques coquilles restantes mais, 96 reste un premier roman très bien construit, écrit à quatre mains par un frère et une sœur et qui nous fait passer un très bon moment. Lecture estivale idéale !

    Un very bad trip bourré d'humour, au rythme endiablé et qui offre une agréable bulle de fraîcheur. Des auteurs à suivre, d'autant plus qu'un tome 2 semble se préparer...

    Remerciement aux auteurs pour cette lecture.

    96 – La sixième corde – Benjamin & Caroline Karo – Auto-édition – 2016

     

     

  • Vous aimer – Caroline Bongrand

    vous aimer,caroline bongrand,robert laffont,livre,roman,blog littéraire,littérature,carnet de lecture,avis lecture,trois définitions de l'amour,amourUn homme et une femme se rencontrent lors d'un déjeuner professionnel. Objet des critiques continuelles d'un mari insatisfait, la femme se voit belle dans les yeux de cet homme subjugué par elle et qu'elle adore déjà. Pour préserver, croient-ils, leurs familles respectives, ils établissent un pacte : ils ne feront jamais, jamais l'amour. Seulement, la retenue a l'effet inverse de celui escompté.

    A 45 ans, la narratrice connait le quotidien de nombreuses femmes, accaparées par leur travail et la vie de famille. A tel point qu'elle en oublie de s'interroger sur son bonheur. Pourtant, son amie Gabriella ne cesse de lui parler du grand amour, celui qui chamboule le coeur et l'esprit. Mais la narratrice ne veut pas en entendre parler, les chavirements du coeur, ce n'est pas pour elle. Pourtant, un jour, il a suffit d'une rencontre et son coeur s'est mis à battre plus fort. Une certaine légèreté s'empare d'elle; sous le regard de cet homme, elle se sent plus féminine et accepte ses formes.

    Cette histoire d'amour naissante est le prétexte qu'a choisi Caroline Bongrand pour nous emporter dans ce tourbillon émotionnel où les moments d'attente et de tension côtoient l'enchantement lié à la présence de l'être aimé. Sans jamais tomber dans la mièvrerie, elle nous place face à des sentiments éblouissants et positifs.

    A travers les paroles de la narratrice, le lecteur découvre ses pensées les plus secrètes alors qu'il ne connait ni son nom ni son métier. C'est une relation étrange qui se met donc en place car on entre en résonance avec la narratrice sans vraiment la connaitre. Le tumulte intérieur qu'elle ressent est très bien rendu par les phrases hachées du roman, qui témoignent du trouble que ces sentiments inattendus provoquent chez la narratrice.

    Au-delà de l'histoire d'amour, Vous aimer invite à la réflexion et à la mise en perspective de nos vies. Inévitablement, on pense à ces personnes qui ont fait le choix du coeur là où tous leur enjoignaient de suivre la raison, on pense à nos propres choix amoureux. Le bonheur, ce grand mot à la mode et objectif ultime à atteindre n'a-t-il pas une définition propre à chacun plutôt qu'un sens commun?

    Je pense que vous l'aurez compris, j'ai adoré ce court roman. Vous aimer va immanquablement plaire aux femmes, qui vont se retrouver dans les comportements et tourments de la narratrice. Les hommes apprécieront-ils ce roman de la même manière? Difficile à dire...

    Remerciement aux Editions Robert Laffont pour cette lecture.

    Vous aimer – Caroline Bongrand – Editions Robert Laffont – 2016

    Du même auteur:

     

  • L'échappée belle du bibliobus – David Whitehouse

     L'échappée belle du bibliobus, David Whitehouse, Presses de la Cité, livre, roman, blog littéraire, littérature, carnet de lecture, avis lecture, bibliobus, aventure, enfant, lire, lecture, familleÀ douze ans, Bobby passe ses nuits à répertorier cheveux, vêtements et autres traces de la vie de sa mère en attendant son retour... qui ne viendra pas. Cette dernière est morte brutalement, et le jeune garçon n'est pas prêt à l'accepter. Battu par son père, Bobby se croit seul au monde jusqu'au jour où il rencontre Valérie et sa fille handicapée, Rosa. Tous trois nouent des liens très forts et passent un été magique parmi les livres du bibliobus où Val est femme de ménage. Mais, bientôt, une rumeur sur la nature de la relation entre la mère célibataire et l'adolescent se propage dans la ville. Contraints de s'enfuir à bord de la bibliothèque ambulante, ces êtres égratignés par la vie vont s'embarquer dans une aventure pleine de rebondissements, digne des « classiques » qu'ils ont pris l'habitude de dévorer...

    Je me suis rapidement attachée à Bobby, ce petit bout d'homme que la vie n'épargne pas. Livré à lui-même depuis le décès de sa mère, il est le souffre-douleur de sa classe et n'a qu'un seul ami. Rêveur et ingénieux, il vit dans un monde imaginaire, peuplé de cyborgs et d'autres créatures fantastiques. La rencontre avec Valérie et Rosa va lui permettre de découvrir le monde merveilleux des livres et des histoires qu'ils renferment. Loin des coups de son père alcoolique et des remarques cinglantes de sa belle-mère, Bobby va se trouver une nouvelle famille aimante.

    Par contre, j'ai eu plus de mal avec le personnage de Valérie. D'une part en raison de son comportement peu responsable mais aussi parce qu'elle noue une relation étrange avec Bobby, qui m'a dérangée.

    En dehors de cet aspect, David Whitehouse a une écriture tellement fluide qu'il nous emporte sans difficulté dans cette expédition à bord d'un semi-remorque rempli de bouquins. L'échappée belle du bibliobus est une lecture agréable et divertissante, idéale pour l'été. Les livres y occupent une grande place et nourrissent l'imagination de Bobby, que cette grande aventure fera gagner en maturité.

    Remerciement aux Presses de la Cité pour cette lecture.

    L'échappée belle du bibliobus – David Whitehouse – Editions Presses de la Cité – 2016

     

  • Aux petits mots les grands remèdes – Michaël Uras

     Aux petits mots les grands remèdes, Michaël Uras, Editions Préludes, livre, roman, blog littéraire, littérature, carnet de lecture, avis lecture, rentrée littéraire 2016, bibliothérapie, développement personnel, thérapieAlex a choisi d'exercer un métier peu commun : bibliothérapeute. Il tente de soulager les maux de ses patients grâce à la littérature. Mais si Alex se montre doué dans sa profession, il doit bien reconnaître que sa vie privée laisse à désirer... La littérature pourra-t-elle aider le bibliothérapeute lui-même ? La clef du bonheur se trouve-t-elle entre les lignes des ouvrages qu'il a tant aimés ?

    Depuis quelques temps, la bibliothérapie est sur toutes les lèvres. Le terme, qui ne fait pas encore consensus, désigne à la fois les livres de développement personnel et la thérapie par la lecture d’œuvres de fiction. Aux petits mots les grands remèdes aborde cette seconde approche. Si le livre ne permet pas réellement de soigner les patients d'Alex, il les pousse à adopter un autre point de vue sur leur problème. En s'identifiant à un personnage de roman, ils peuvent établir un parallèle avec leur propre situation et trouver une solution originale.

    L'idée de départ est plutôt innovante. Malheureusement, la thématique ne fait pas tout et, dans ce cas, le style d'écriture manquait un peu d'énergie à mon goût. Entre les séances avec ses patients, ses états d'âme et le quotidien banal d'Alex, on tombe rapidement dans un rythme linéaire et lent.

    Le personnage lui-même est difficile à cerner. Son addiction à la lecture l’isole à un point tel que ses relations sociales deviennent très limitées. La littérature est toute sa vie et il lie chaque élément de son existence à un texte. Pourtant, les extraits qu'il lit ne l'aident ni à accepter sa situation ni à entamer un changement. Les cordonniers sont les plus mal chaussés dit-on, ce doit être pareil pour les bibliothérapeutes... Je n'ai pas du tout réussi à m'identifier à lui, que ce soit en tant qu'être humain ou dans son rôle de thérapeute aux pratiques peu professionnelles.

    Dans un premier temps, j'ai apprécié les nombreuses références littéraires et j'ai eu envie de découvrir les auteurs cités. Puis, à un moment donné, je me suis sentie dépassée par toutes ces notes de bas de pages qui alourdissent le texte et par ces extraits qui coupent le rythme du roman sans forcément apporter de supplément d'information.

    Rendons à Michaël Uras ce qui lui appartient, il a une culture littéraire absolument phénoménale. Bien que je m'interroge sur le choix des livres prescrits. Pourquoi Alex propose-t-il presque toujours les grands noms de la littérature classique (Cocteau, Salinger, Homère...) et peu d'auteurs contemporains ? N'y a-t-il que les classiques pour véhiculer des messages pertinents ?

    Un bel hommage à la littérature mais un style d'écriture auquel je n'ai pas accroché. Dommage.

    Remerciement aux Editions Préludes pour cette lecture.

    Aux petits mots les grands remèdes – Michaël Uras – Editions Préludes – 2016 

  • Voici venir les rêveurs – Imbolo Mbue

     Voici venir les rêveurs, Imbolo Mbue, Editions Belfond, livre, roman, blog littéraire, littérature, carnet de lecture, avis lecture, rentrée littéraire 2016, coup de coeur, Etats-Unis, Amérique, économie, immigrationNous sommes à l’automne 2007 à New York et Jende Jonga, un immigrant illégal d’origine camerounaise, est en passe de réaliser son rêve : il vient de décrocher un emploi de chauffeur pour Clark Edwards, riche banquier à la Lehman Brothers. Pour Jende, tout est désormais possible : il va enfin pouvoir offrir à Neni, son amoureuse, les études de pharmacienne dont elle rêve. Et surtout, pour les Jonga, le Graal est en vue : obtenir leur carte verte et devenir enfin des Américains. Mais rien n’est simple au pays de l’American Dream et malgré la complicité qui unit Jende et son patron Clark, l’épée de Damoclès de l’expulsion pèse sur la famille Jonga.

    Les personnages de Jende et de sa femme Neni sont particulièrement attachants. Ce sont des gens simples, sensibles, serviables, ouverts et fidèles. Débarqués aux Etats-Unis, ils découvrent avec une naïveté touchante le monde de l'entreprise et de Wall Street en particulier. Venus d'un village pauvre du Cameroun, ils espèrent avoir une petite part du rêve américain. Non pas pour faire fortune mais, simplement, pour pouvoir vivre dignement et donner un meilleur avenir à leur jeune fils.

    Mais dans cette Amérique de tous les possibles, il y a peu de place pour Jende et sa famille. Entre la discrimination raciale, les emplois précaires et la lutte acharnée pour obtenir la Green Card qui donnera le statut de résident permanent, la vie quotidienne est bien difficile. La famille vit dans le stress et la peur permanente d'être expulsée sans préavis.

    À travers le regard de Jende, le lecteur assiste en direct à l'effondrement de Lehman Brothers, à la faillite et aux pertes d'emplois qui s'ensuivront. J'ai trouvé qu'il s'agissait d'une façon originale de revenir sur ces événements qui ont touchés l'économie mondiale, tout en leur donnant un visage humain à travers le personnage de Clarck Edwards. En abordant les choses de cette façon, Imbolo Mbue nous invite à porter un regard différent sur notre société et à s'interroger sur les valeurs qu'elle véhicule.

    Voici venir les rêveurs est un roman profondément humain et qui met en scène des personnages touchants et bouleversants. Il traite à la fois des traditions (les valeurs familiales, du travail, de l'honneur) et de l'actualité, en nous montrant deux univers qui tentent de se rapprocher mais qui ne font que se croiser.

    L'écriture est agréable et nous place au plus près de ce que vivent les personnages. Malgré une réalité crue et difficile, ça reste un roman positif et rempli d'espoir. Un très beau roman à lire absolument !

    Remerciement aux Editions Belfond pour cette lecture coup de cœur.

    Voici venir les rêveurs – Imbolo Mbue – Editions Belfond – 2016