Carnet de lecture

  • Plume fantôme - Isabel Wolff

    livre, roman, blog littéraire, littérature, carnet de lecture, avis lecture, Isabel Wolff, plume fantôme, famille, guerreNègre littéraire, Jenni écrit les autobiographies de ses clients, satisfaite par ce travail de l'ombre qui l'empêche de se confronter à ses propres blessures. Lorsqu'elle rencontre Klara, survivante d'un camp d'internement à Java durant la Seconde Guerre mondiale, l'écriture de ses mémoires prend l'allure d'un échange, et les deux femmes s'aident mutuellement à trouver l'apaisement.

    Je suis tombée sur ce roman totalement par hasard, en parcourant les allées de ma bibliothèque préférée à la recherche d'une perle. Et quelle surprise!

    On y découvre l'histoire de Klara Tregear, 79 ans, qui désire écrire ses mémoires à l'attention de ses enfants. Elle raconte son enfance heureuse dans les Indes néerlandaises, où travaillaient ses parents, jusqu'à l'invasion japonaise et les déportations dans des camps de prisonniers. Très rapidement, on s'identifie à la petite fille qu'elle était et on est touché par ce qu'elle vit. Car Isabel Wolff ne nous épargne aucun détail : la faim, la soif, la maladie, les privations, les coups, le travail forcé et les massacres des japonais. Klara raconte aussi le choix difficile qui fut le sien et qui a mené à la mort de son petit frère, quelque jour avant la libération des camps.

    Au fil des confidences de Klara, le personnage de Jenni se dévoile également, laissant apparaître une importante fêlure. L'histoire de l'une faisant écho à celle de l'autre, elles se rejoignent dans la peine qui les habite au quotidien.

    J'ai été touchée par cette histoire poignante et particulièrement émouvante, servie par une très belle écriture. Isabel Wolff nous permet aussi de découvrir un aspect peu connu de la Seconde Guerre mondiale, ce qui est un plus non négligeable. Une très bonne expérience de lecture. 

    Plume fantôme - Isabel Wolff - Editions JC Lattès - 2015

  • Avant que naisse la forêt - Jérôme Chantreau

    avant que naisse la forêt,jérôme chantreau,les escales,livre,roman,blog littéraire,littérature,carnet de lecture,avis lecture,forêt,rentrée littéraire 2016Albert vit à Paris avec son épouse et leur petite fille. Lorsqu'il apprend le décès de sa mère, il décide de faire le point et s'enferme seul avec l'urne maternelle dans la propriété familiale de Mayenne, une grande maison cerclée d'une forêt sauvage. Une idée l'obsède : trouver une chanson pour la cérémonie funèbre, une chanson qui dira à elle seule qui était cette femme sensible et indépendante. Mais la maison est habitée de bruits étranges, laissant affluer les souvenirs. 

    Jérôme Chantreau place le lecteur dans les pas d'Albert, à qui l'on s'identifie d'autant plus qu'il est le narrateur unique de ce roman et qu'il semble nous parler directement.

    Il raconte les liens particuliers qui unissent sa famille à cette forêt, qui attire autant qu'elle effraie, à la fois source d'inquiétude et lieu d'apaisement. Finalement, cette forêt s'impose comme un personnage à part entière, avec ses règles propres. Et alors qu'il devrait s'occuper des obsèques de sa mère, Albert se laisse envahir par les souvenirs de cette femme hors norme, de son enfance et des légendes que l'on racontait aux enfants.

    Avant que naisse la forêt est presque un monologue tant les dialogues sont peu nombreux. Complètement isolé, glissant lentement vers la folie, Albert est accablé par une langueur qui atteint jusqu'au lecteur. Malheureusement, j'ai eu beaucoup de mal à maintenir mon rythme de lecture, face à cette lenteur et à l'absence de dynamisme dans le ton et dans les faits évoqués.

    Un roman atypique, qui plaira sans aucun doute aux amateurs de grands espaces, d'histoires familiales et d'introspection. 

    Je remercie néanmoins les Editions Les Escales pour cette lecture.

    Avant que naisse la forêt - Jérôme Chantreau - Editions Les Escales - 2016

  • Ainsi fleurit le mal - Julia Heaberlin

    livre, roman, blog littéraire, littérature, carnet de lecture, avis lecture, ainsi fleurit le mal, Julia Heaberlin, rentrée littéraire 2016À seize ans, Tessa est retrouvée agonisante sur un tas d'ossements humains et au côté d'un cadavre, dans une fosse jonchée de milliers de marguerites jaunes aux yeux noirs. Seule survivante des « Marguerite » – surnom que les journalistes ont donné aux victimes du tueur en série –, elle a contribué à envoyer un homme dans le couloir de la mort. Aujourd'hui, Tessa est une artiste et mère célibataire épanouie. Si elle entend parfois des voix, elle est toutefois parvenue à retrouver une vie à peu près normale. Alors, le jour où elle découvre un parterre de marguerites jaunes aux yeux noirs planté devant sa fenêtre, le doute l'assaille... Son « monstre » serait-il toujours en cavale ?

    Grâce à une astucieuse alternance de chapitres portant sur le passé et le présent, l'auteure nous fait découvrir les événements de 1995 selon des points de vue différents. Les séances de la jeune Tessa avec un psychiatre qui la prépare au procès à venir nous éclairent sur son ressenti peu de temps après sa découverte. Tandis que l'adulte qu'elle est devenue prend conscience qu'elle a probablement envoyé un innocent dans le couloir de la mort. Les techniques modernes et des soutiens vont l'aider à revenir sur son passé pour, enfin, se libérer de "son" monstre.

    Les personnalités sont bien rendues et réalistes, notamment celle de la jeune Tessa qui se protège derrière une attitude provocante et cynique. Le personnage énigmatique de Lydia, la meilleure amie d'enfance de Tessa, m'a particulièrement intrigué. Omniprésente dans les propos de la jeune fille mais totalement invisible, au comportement oscillant entre loyauté et haine, je me suis longtemps interrogée sur son implication dans les événements qui ont touchés Tessa.

    Autant j'ai trouvé que le démarrage était plutôt lent et très centré sur les pensées de Tessa, avec peu de dialogues, autant le dernier tiers du roman m'a emporté. Dévoré en quelques heures de lecture, cette dernière partie m'a réconcilié avec Julia Heaberlin grâce ses chapitres courts et au suspense palpable. Une accélération qui s'accompagne de nombreuses révélations qui éclairent le passé, jusqu'au final, auquel je ne m'attendais pas.

    Un roman qui s'aborde avec patience et dans lequel on entre sur la pointe des pieds mais qui promet de vous étonner. 

    Remerciement aux Presses de la Cité pour cette lecture.

    Ainsi fleurit le mal - Julia Heaberlin - Presses de la Cité - 2016

    livre, roman, blog littéraire, littérature, carnet de lecture, avis lecture, ainsi fleurit le mal, Julia Heaberlin, rentrée littéraire 2016

  • Ce qu'elle ne m'a pas dit – Isabelle Bary

    Ce qu'elle ne m'a pas dit, Isabelle Bary, Luce Wilquin, livre, roman, blog littéraire, littérature, carnet de lecture, avis lecture, Belgique, Canada, Amérindiens, histoire, origines, Le cadeau de Léa, Zebraska, rentrée littéraire 2016, littérature belgeTandis que ses parents sont décédés dans un accident de voiture, Marie a été élevée par sa grand-mère. À la mort de celle-ci, Marie reçoit un dossier bleu mais refuse de l'ouvrir, de peur d'être confrontée à la réalité de son histoire familiale, que Mamysusy a toujours refusé de lui raconter. Sa fille Nola l'incitera pourtant à faire la lumière sur ses origines, pour le meilleur ou pour le pire...

    Ce qu'elle ne m'a pas dit est un roman très agréable à lire. Il nous plonge dans l'histoire de Marie qui découvre ses véritables origines par la lecture d'un dossier apparu à la mort de sa grand-mère. Un roman intéressant sur les secrets de famille que l'on choisi de ne pas divulguer pour ne pas faire souffrir et sur l'importance de connaitre son ascendance pour se construire.

    Chaque chapitre donne la parole à un protagoniste, ce qui permet au lecteur de faire connaissance avec chacun d'eux individuellement et de l'apprécier. Les personnages sont sympathiques et on ne peut que se retrouver dans la vie de famille moderne de Marie, d'Alex et de leur fille adolescente Nola, entre engueulades et réconciliations.

    Sur la trace des parents de Marie, Isabelle Bary nous entraîne au cœur des forêts canadiennes, au plus proche des loups sauvages. On découvre avec ravissement les coutumes et légendes innues tandis que le génocide culturel dont ont été victimes les amérindiens nous incite à poser un regard différent sur ce beau pays.

    J'aime l'écriture d'Isabelle Bary, que j'avais déja découverte dans Le cadeau de Léa. Délicate et sans artifice, elle nous emporte sans difficulté dans l'histoire de Marie. Mais que l'on ne s'y trompe pas : l'auteure belge sait aussi manier le suspense avec efficacité pour garder le lecteur en attente.

    Ce qu'elle ne m'a pas dit est un très beau roman qui interroge les secrets de famille et leurs incidences sur la vie de ses membres. Beaucoup de délicatesse et un peu d'humour en font une lecture que je n'oublierai pas.

    Remerciement aux Editions Luce Wilquin pour cette lecture.

    Ce qu'elle ne m'a pas dit – Isabelle Bary – Editions Luce Wilquin – 2016

    Du même auteur:

     

  • Une fille et un flingue – Ollivier Pourriol

     Une fille et un flingue, Olivier Pourriol, Editions Stock, livre, roman, blog littéraire, littérature, carnet de lecture, avis lecture, cinéma, film, acteur, Catherine Deneuve, Gérard Depardieu, rentrée littéraire 2016, #rl2016Aliocha, Dimitri, deux frères, un désir : faire un film.  Étudiants en cinéma, très fauchés, un peu voyous, ils sortent de nulle part et ne comptent pas y retourner. Armés d’un  téléphone portable et de leur seul culot, ils racontent leur  coup de poker, joué en plein festival de Cannes, avec la complicité  involontaire de deux stars internationales, Catherine  D. et Gérard D. et du mythique Jean-Luc G. Imposteurs ou petits génies ? L’histoire jugera...

    Aliocha et Dimitri Koulechov sont passionnés de cinéma. Sans moyens, ils décident pourtant de faire un film avec la complicité de grands acteurs français et avec un téléphone portable.

    Une fille et un flingue est un récit qui file à toute vitesse et nous emporte dans son sillage. Cette impression est accentuée par les nombreux dialogues, les phrases courtes et percutantes et un rythme rapide. Ce roman est émaillé de références dans le domaine du cinéma ou de la littérature, Ollivier Pourriol ayant à cœur de partager avec ses lecteurs des extraits de poèmes et des citations d’écrivains ou de réalisateurs.

    Les personnages, tous issus du milieu du cinéma, sont très bien rendus. Gérard Depardieu affiche l'exubérance qu'on lui connait, Catherine Deneuve a envie de nouveauté et accepte de jouer pour les frères Koulechov alors qu'ils n'ont pas l'ombre d'un scénario. On assiste à un diner où l'on découvre les dessous de l'industrie du cinéma, le pouvoir de l'argent au détriment de la qualité des films, les salaires exorbitants des stars, les petits arrangements et grosses faillites. Finalement, le lecteur découvre les ficelles du monde du cinéma en même temps que ces jeunes cinéastes plein d'ambition et plutôt futés. Parce que, l'air de rien, ils vont tout de même embarquer les plus grands acteurs dans une aventure dont on ne sait pas vraiment s'il s'agit d'un jeu ou d'un véritable braquage.

    A la lecture de la quatrième de couverture, je ne m'attendais pas du tout à ce roman, qui m’a étonné autant sur le fond que sur la forme. Mais l’expérience, si elle est déconcertante, n’en est pas moins divertissante et intéressante. Une fille et un flingue est un roman étonnant, qui sort véritablement des sentiers battus.

    Remerciement aux Editions Stock pour cette lecture.

    Une fille et un flingue – Ollivier Pourriol – Editions Stock – 2016